« So­nex­pé­rien­ceenSy­rie aé­té­plu­tôt­trau­ma­ti­sante »

Me Ete­lin, avo­cat­duTou­lou­sain de 15 ans­par­ti faire le ji­had, es­time que son­client a conscien­ced’avoir com­mi­sune « er­reur d’in­ter­pré­ta­tion mo­nu­men­tale » .

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - TOU­LOUSE ( HAUTE- GA­RONNE) De notre cor­res­pon­dante JU­LIE RIMBERT

Au len­de­main de la mise en exa­men des deux ado­les­cents de 15 et 16 ans, can­di­dats au ji­had en Sy­rie, Me Ch­ris­tian Ete­lin, l’avo­cat tou­lou­sain de Y., le plus jeune, a ac­cep­té de par­ler de son client au par­cours dé­con­cer­tant. Il brosse le por­trait d’un gar­çon, presque en­fant, qui était bien dans sa fa­mille mal­gré un père au­to­ri­taire. Dé­lé­gué de classe, Y. était bien in­té­gré so­cia­le­ment. « Il in­ter­ve­nait au­près du maire à Por­tet- sur- Ga­ronne et à Pin­sa­guel, sa com­mune, pour les as­so­cia­tions de jeunes, ra­conte l’avo­cat. A l’école, ce­la se pas­sait très bien. »

Com­ment ce gar­çon est- il ar­ri­vé à prendre une telle dé­ci­sion de ral­lier la Sy­rie ? « Il n’ar­rive pas trop à bien ex­pli­quer mais pour lui c’était l’oc­ca­sion, à par­tir d’un dis­cours re­li­gieux de son co­pain, de se rap­pro­cher un peu du drame sy­rien. C’est un en­fant cour­tois, avec beau­coup de ten­dresse et de fra­gi­li­té psy­cho­lo­gique, ce qui peut ex­pli­quer ce dé­sir ab­so­lu de don­ner un sens à son exis­tence » , avance Me Ete­lin.

A., son ami, est ori­gi­naire du quar­tier po­pu­laire de la Rey­ne­rie, à Tou­louse. Sa fa­mille est dé­crite comme étant plus re­li­gieuse que celle de Y. Pen­dant leur garde à vue, les deux ado­les­cents ont ra­con­té qu’un troi­sième jeune Tou­lou­sain était par­tant pour le voyage en Sy­rie, mais qu’il s’était dé­sis­té au der­nier mo­ment. Ori­gi­naire lui aus­si de la Rey­ne­rie, ce der­nier de­vrait être en­ten­du pro­chai­ne­ment par la jus­tice.

Les deux gar­çons au­raient été ap­pâ­tés par l’idée qu’ils pour­raient com­battre un ty­ran en oeu­vrant de fa­çon hu­ma­ni­taire pour sau­ver des en­fants qui étaient bom­bar­dés par Ba­char el- As­sad. « Pour cet ado­les­cent fra­gile, ce­la avait une si­gni­fi­ca­tion his­to­rique qui le va­lo­rise, ex­plique en­core Ch­ris­tian Ete­lin. Y. dit que l’at­trait pour la re­li­gion est ve­nu as­sez su­bi­te­ment et que son co­pain A., plus âgé, l’a for­ma­té. Une fois là­bas, il s’est ren­du compte que les condi­tions d’exis­tence et d’hy­giène étaient épou­van­tables. » Les deux amis se sont, se­lon leur dire, trou­vés pe­tit à pe­tit pris en main idéo­lo­gi­que­ment. « Ils étaient em­bar­qués dans une édu­ca­tion fa­na­tique et ce­la les a re­froi­dis, tous les deux. A. a d’ailleurs vou­lu par­tir le pre­mier, et Y. a sou­hai­té at­tendre de voir si son co­pain ar­ri­ve­rait à ren­trer vi­vant » , confie Me Ete­lin.

Y. avait son pe­tit or­di­na­teur et cor­res­pon­dait avec son père sur Internet, en al­lant dans un cy­ber­ca­fé dans un vil­lage à proxi­mi­té du camp.

Mal­gré le poids de la mise en exa­men, Ch­ris­tian Ete­lin pense que le jeune Y., en­tou­ré so­cia­le­ment et bien in­té­gré, va re­prendre une vie nor­male. « L’ex­pé­rience qu’il a vé­cue en Sy­rie a été plu­tôt trau­ma­ti­sante mais

Ils étaient em­bar­qués dans une édu­ca­tion fa­na­tique et ce­la

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Me Ete­lin, avo­cat du jeune Y. il est conscient d’avoir com­mis une er­reur d’ap­pré­cia­tion mo­nu­men­tale, as­sure le pé­na­liste. Il a été per­du par cette in­ter­pré­ta­tion du Co­ran et a tout fait pour re­ve­nir. Ce­la dit, cette mise en exa­men le stig­ma­tise : c’est une éti­quette qui peut lui po­ser des pro­blèmes. » Pour l’avo­cat, qui a bien connu Mo­ha­med Me­rah, dont il a été le conseil, Y. a une tra­jec­toire ri­gou­reu­se­ment contraire à celle du tueur au scoo­ter, un fa­na­tique so­li­taire. « Y. a vou­lu se sou­mettre à une or­ga­ni­sa­tion et n’a pas réa­li­sé ses pro­jets tout seul comme Me­rah, sou­ligne- til. Il n’a pas du tout sa per­son­na­li­té de voyou, type rigide, sans struc­ture fa­mi­liale. Ils n’ont au­cun point com­mun. Y. peut se re­cons­truire, d’ailleurs il veut de­ve­nir doua­nier ou gen­darme. »

Y. va chan­ger d’école afin de ne pas être en contact avec A. au ly­cée des Arènes. Les me­sures édu­ca­tives de son contrôle ju­di­ciaire l’em­pêchent de sor­tir de chez lui sans au­to­ri­sa­tion pa­ter­nelle et de quit­ter le ter­ri­toire na­tio­nal.

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