La­chu­te­duMa­doff­de­la­cre­vette

Mike Laya­ni pro­po­sai­tàses clients d’in­ves­tir dans­des­parcsà­cre­vet­te­sauB­ré­sil, avecdes ren­de­ments fa­ra­mi­neux. Ecroué, l’hom­med’af­faires au­rait fait au­moins150 vic­times pou­run­pré­ju­di­cede plusde16M€.

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - JEAN- MARC DUCOS

Des bu­reaux sur les ChampsE­ly­sées, un somp­tueux ap­par­te­ment dé­co­ré d’oeuvres d’art rue Clé­ment- Ma­rot, au coeur du car­ré d’or du pres­ti­gieux VIIIe ar­ron­dis­se­ment, et une force de per­sua­sion sans pa­reille. Mike Laya­ni, un Fran­co- Amé­ri­cain de 45 ans, gé­rant d’une hol­ding au nom évo­ca­teur, Ci­ti­zen K., ins­tal­lée à Tou­louse ( Haute- Ga­ronne), pro­met­tait des ren­de­ments fi­nan­ciers entre 20 et même 200 % par an ! Mais, pour y par­ve­nir, il fal­lait confier son ca­pi­tal à cet homme d’af­faires qui pré­tend avoir mis en place une fi­lière in­dus­trielle de la cre­vette d’éle­vage au Bré­sil.

Au­jourd’hui, la po­lice ju­di­ciaire re­cense dé­jà plus de 150 vic­times. Et le pré­ju­dice fi­nan­cier évo­lue au fil des jours, es­ti­mé entre 16 et 20 M€. Mike Laya­ni a été ar­rê­té et mis en exa­men par un ma­gis­trat de la ju­ri­dic­tion in­ter­ré­gio­nale spé­cia­li­sée de Bor­deaux pour « es­cro­que­rie en bande or­ga­ni­sée » , « as­so­cia­tion de mal­fai­teurs en vue de l’or­ga­ni­sa­tion d’es­cro­que­rie » et « blan­chi­ment d’ar­gent en bande or­ga­ni­sée » . Il a été pla­cé en dé­ten­tion pro­vi­soire.

Ce pla­ce­ment mi­ra­cu­leux n'était ré­ser­vé qu’à une élite triée sur le vo­let”

Une source ju­di­ciaire

Lors­qu’il a été in­ter­pel­lé à Tou­louse, avec sa com­pagne d’ori­gine ma­ro­caine, les po­li­ciers ont sai­si pour 300 000 € de bi­joux et de ma­ro­qui­ne­rie Vuit­ton et Her­mès dans sa Ja­guar, avec la­quelle le roi de la cre­vette pa­ra­dait dans la Ville rose. De­puis 2009, Mike Laya­ni a tis­sé au­tour de lui tout un réseau de clients « re­cru­tés le plus sou­vent par le bouche- à- oreille, sous cou­vert du se­cret le plus ab­so­lu » , se­lon un en­quê­teur. « Ce pla­ce­ment mi­ra­cu­leux n’était ré­ser­vé qu’à une élite triée sur le vo­let » , dé­crypte une source ju­di­ciaire qui évoque « une pré­sen­ta­tion cré­dible du pro­jet » pour at­ti­rer au­tant de cibles. Ce sceau de la confi­dence a fonc­tion­né. Laya­ni re- ce­vait ses clients dans de beaux hô­tels tou­lou­sains pour pré­sen­ter l’éco­no­mie des parcs à cre­vettes cen­sés rap­por­ter beau­coup plus que la mise ini­tiale.

Si, pen­dant les pre­mières an­nées, Mike Laya­ni a pu payer les in­té­rêts mi­ro­bo­lants des pre­miers in­ves­tis­seurs avec les mises des sui­vants, la crise en 2012 a ra­len­ti les flux fi­nan­ciers. Et les der­niers clients ac­cro­chés ont com­men­cé à se plaindre de ne pas tou­cher les royal­ties pro­mises. Les in­té­rêts n’étaient plus ver­sés tous les trois mois mais à l’an­née, en rai­son d’un chan­ge­ment de législation au Bré­sil, comme l’as­su­rait M. Laya­ni.

Ja­mais à court de res­sources, ce der­nier a alors pro­po­sé d’in­ves­tir dans une usine de… couches- cu­lottes au Ma­roc, dans la­quelle il avait des par­ti­ci­pa­tions par l’in­ter­mé­diaire de sa hol­ding Ci­ti­zen K., si­tuée à deux pas de la place Vic­tor- Hu­go, dans le centre- ville his­to­rique de Tou­louse. Là aus­si, il s’agis­sait de ras­su­rer des clients un peu plus mé­fiants. Mais le sys­tème py­ra­mi­dal s’est ef­fon­dré comme un châ­teau de cartes.

Le 20 jan­vier, de re­tour à Tou­louse après un week- end à Pa­ris, il est at­ten­du à la des­cente de l’avion par la po­lice ju­di­ciaire. De son cô­té, le mi­nis­tère des Fi­nances a dé­cor­ti­qué les comptes per­son­nels du bu­si­ness­man de la cre­vette ain­si que ceux de sa so­cié­té. Des flux d’éva­sion fis­cale vers le Ma­roc ont été iden­ti­fiés. « Un beau par­leur ta­len­tueux mais sans scru­pules » , ana­lyse une autre source ju­di­ciaire qui en­grange de­puis dé­but 2013 les dé­boires des clients s’es­ti­mant floués par le gé­rant de Ci­ti­zen K. Si cer­tains n’ont per­du que quelques mil­liers d’eu­ros, d’autres ont vu s’éva­nouir les éco­no­mies d’une vie.

Le train de vie de Mike Laya­ni était, lui, à la me­sure des sommes bras­sées : voyages, oeuvres d’art de grand prix, cou­pé Mer­cedes AM d’une va­leur es­ti­mée à 150 000 €. « Le pro­jet éco­no­mique de M. Laya­ni ne re­lève pas de la fic­tion, comme on tente de le faire croire. Il conteste point par point la pré­sen­ta­tion sommaire qui en est faite » , s’in­surgent Mes Eric Mou­ton et Alexandre Mar­tin, ses avo­cats, qui es­timent que « le taux de ren­de­ment an­non­cé ne re­lève pas d’un sché­ma frau­du­leux » et que « l’es­cro­que­rie est loin d’être consti­tuée » .

( DR.)

Laya­ni re­ce­vait ses clients for­tu­nés à Tou­louse pour pré­sen­ter l’éco­no­mie des parcs à cre­vettes cen­sés leur rap­por­ter beau­coup plus que la mise ini­tiale.

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