Clay­der­man, comme un roi en Chine

Disque. Star des an­nées 1980, Ri­chard Clay­der­ma­na re­trou­vé à l’étran­ger la po­pu­la­ri­té dont il ne jouit plus en France.

Le Parisien (Paris) - - La Une - Pro­pos re­cueillis par ÉRIC BU­REAU

Il re­vient de Chine, où il a don­né dix- neuf concerts et rem­pli des salles de 3 000 à 10 000 places. Et re­par­ti­ra en mars en Eu­rope de l’Est, en avril pour le Viêt Nam, puis le Li­ban, avant une tour­née d’été en Amé­rique du Sud… Ri­chard Clay­der­man n’est ni re­trai­té ni re­ti­ré des pia­nos. A 60 ans, il sort même un nou­vel al­bum de re­prises, for­cé­ment « Ro­man­tique » et re­la­ti­ve­ment in­at­ten­du après dix ans de si­lence dis­co­gra­phique et trente- deux ans sans concert en France.

Mo­qué, voire rayé de la carte mu­si­cale hexa­go­nale, ce­lui qui ven­dait des mil­lions d’exem­plaires de « Bal­lade pour Ade­line » en 1977, rem­plis­sait 17 soirs d’af­fi­lée la salle Pleyel et pro­me­nait sa blon­deur et son sou­rire char­meur sur les pla­teaux té­lé dans les an­nées 1980 a pour­sui­vi sa car­rière à l’étran­ger. Il y fait une cen­taine de concerts par an, et se­lon son ma­na­geur y a ven­du 53 mil­lions de disques. Vous avez cé­lé­bré il y a deux ans le 20e an­ni­ver­saire de votre pre­mière tour­née en Chine. Vous y êtes une star ? RI­CHARD CLAY­DER­MAN. Je n’aime pas trop en par­ler en France, car je me de­mande tou­jours si on va me croire. Mais c’est vrai que je suis ac­cueilli comme un roi en Chine, avec pa­laces, ta­pis rouges, li­mou­sine, ré­cep­tions avec tous les of­fi­ciels… C’est im­pres­sion­nant, presque too much ! Je suis étu­dié dans les écoles de pia­no et mes al­bums de re­prises de thèmes chi­nois sont lar­ge­ment dis­tri­bués. Ce­la me per­met d’y tour­ner tous les deux ans. On voit beau­coup d’en­fants à vos concerts… Ils viennent en fa­mille. L’am­biance est très chaude, les en­fants crient et se battent par­fois pour ré­cu­pé­rer mes par­ti­tions, c’est fou. Pour évi­ter la co­hue, je dois me sau­ver en voi­ture dès la fin du concert. Et dans la rue, à l’hô­tel, c’est pa­reil. Pour­quoi cet en­goue­ment ? Dans ce pays, le pia­no ins­tru­men­tal et po­pu­laire est par­ti­cu­liè­re­ment ap­pré­cié. Les gens ne se posent pas, comme en France, la ques­tion de savoir si c’est à la mode ou pas. La va­rié­té ne leur fait pas peur. Mais en Chine, le fait que je sois fran­çais im­porte peu. J’y vois d’ailleurs de plus en plus de chan­teurs amé­ri­cains mais au­cun autre ar­tiste fran­çais. Ils pré­fèrent le Ja­pon… Oui, car les Fran­çais y sont tou­jours très ap­pré­ciés, sur­tout, en ce mo­ment, les chefs cui­si­niers et les pro­fes­sion­nels du vin. En Amé­rique du Sud aus­si. Au Mexique, ima­gi­nez, ils sont res­tés fi­dèles à mes toutes pre­mières chan­sons ro­man­tiques, il y a presque qua­rante ans. Dans les pays de l’Est aus­si, la culture fran­çaise garde une belle image. A- t- elle tou­jours la même au­ra dans le monde ? Je ne crois pas, comme je peux l’en­tendre par­fois, que notre culture dé­cline à l’étran­ger. La France reste le pays de la culture, Pa­ris fait en­co-

Les en­fants crient et se battent par­fois pour ré­cu­pé­rer mes par­ti­tions”

re rê­ver. Le pia­no me per­met de dé­pas­ser les bar­rières de la langue. Quelle chance pour le ga­min de Seine- Saint- De­nis que je suis de par­cou­rir le monde de­puis vingt- cinq ans ! Je suis tel­le­ment bien ac­cueilli à l’étran­ger que ce­la ne me donne pas en­vie de re­ve­nir en France. Vous n’y avez pas joué de­puis trente- deux ans ! On ne me le pro­pose même pas. Beau­coup de gens fi­nissent par croire que je ne joue plus. J’ai tou­jours des fi­dèles, qui viennent me voir en Bel­gique. Mais dans les mé­dias, ce­la ne passe plus. D’un seul coup, après avoir ven­du 7 mil­lions de disques en France, je suis pas­sé de mode. Au­jourd’hui, dès qu’on parle, dans une émis­sion de mu­sique, d’as­cen­seur et qu’un chro­ni­queur veut faire un bon mot, je suis sûr que ce se­ra pour moi. Pour ce nou­vel al­bum, vous al­lez bien faire de la pro­mo ? Oui, mais j’ap­pré­hende. En France, les mé­dias n’aiment pas trop ce qui est po­pu­laire, ils sont as­sez éli­tistes. A chaque in­ter­view, je dois me dé­cul­pa­bi­li­ser d’avoir ven­du des disques, m’ex­cu­ser de ne faire ni de la pop ni du clas­sique, mais de la va­rié­té ins­tru­men­tale. Et ce n’est pas moi qui vais créer le buzz en ren­trant ivre chez moi. Je ne bois pas.

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