M. le­mai­re­veut­tout­pla­quer

Ré­gisMo­reau, mai­re­deNoyant- la- Plaine de­puis vingt- cinq ans, veut dé­mis­sion­ner : la fonc­tion, jus­ti­fie- t- il, est­de­ve­nue écra­sante et trop­com­plexe.

Le Parisien (Paris) - - Politique - VALÉRIE HACOT

C’est un scé­na­rio in­édit. A sept se­maines des mu­ni­ci­pales, le maire de Noyant­la- Plaine, un village de 330 âmes dans le Maine- et- Loire, fait des pieds et des mains pour mettre fin à ses fonc­tions. Ré­gis Moreau, 61 ans, n’est pas seul à vou­loir je­ter l’éponge : ses conseillers mu­ni­ci­paux ont dé­mis­sion­né en bloc jeu­di, à la veille d’une réunion dé­ci­sive à la sous- pré­fec­ture de Sau­mur, au cours de la­quelle le pre­mier ma­gis­trat du village est ve­nu an­non­cer sa dé­ci­sion. Le sous- pré­fet, Jean- Yves Lal­lart, a re­fu­sé sa dé­mis­sion au terme d’un dia­logue de sourds, qui risque de s’en­ve­ni­mer toute la se­maine.

Quelle mouche a donc pi­qué Ré­gis Moreau ? « L’Etat nous im­pose de plus en plus de normes. Entre la ré­forme des rythmes sco­laires, les amé­na­ge­ments pour les han­di­ca­pés… on doit ap­pli­quer des me­sures que nous n’avons pas choi­sies. Ce­la nous coûte une for­tune, et nous n’ar­ri­vons plus à faire face » , se dé­sole l’édile au bord de la crise de nerfs.

Cet agri­cul­teur à la re­traite est pour­tant un maire aguer­ri, élu de­puis vingt- cinq ans. « Mais ce­la de­vient vrai­ment pé­nible d’oc­cu­per cette fonc­tion. Les dos­siers que nous trai­tons sont de plus en plus com­plexes » , souffle- t- il en évo­quant le der­nier in­ci­dent en date : le plan lo­cal d’ur­ba­nisme, an­nu­lé par la jus­tice. En l’es­pace de dix ans, sa pe­tite com­mune a chan­gé : « Notre po­pu­la­tion a été mul­ti­pliée par deux. Beau­coup de fa­milles d’An­gers sont ve­nues s’ins­tal­ler ici, at­ti­rées par les prix de l’im­mo­bi­lier. Le pro­blème, c’est que ces nou­veaux ha­bi­tants sont ha­bi­tués à la vie ci­ta­dine et s’at­tendent à avoir les mêmes ser­vices chez nous. Mais c’est to­ta­le­ment im­pos­sible. » Avec ses 100000 € de bud­get, la com­mune est en ef­fet à la peine. « On ar­rive seule­ment à payer les frais de fonc­tion­ne­ment. Im­pos­sible de faire des in­ves­tis­se­ments ou même d’en­tre­te­nir cor­rec­te­ment la ville. Cette an­née, on a même dû re­non­cer à gou­dron­ner une route. » Le maire met ain­si ré­gu­liè­re­ment la main à la pâte. « J’uti­lise mon trac­teur pour dé­blayer les che­mins com­mu­naux, c’est moi qui fa­brique les dé­co­ra­tions de Noël dans mon ate­lier… » égrène- t- il.

me­nace de blo­quer la route avec du gra­vier

nIl A la sous- pré­fec­ture, cette dé­ci­sion, mû­rie par le maire et son con­seil de­puis de longs mois, sus­cite l’éton­ne­ment : « Cette com­mune n’a pas plus de dif­fi­cul­tés que les autres, et le maire ne nous de­mande rien de par­ti­cu­lier » , ex­plique le sous- pré­fet. Le bras de fer va donc se pour­suivre dans les pro­chains jours entre l’Etat qui re­fuse sa dé­mis­sion et un maire dé­ter­mi­né, qui me­nace dé­sor­mais de dé­ver­ser des pel­le­tées de gra­vier mu­ni­ci­pal sto­cké dans son propre han­gar pour blo­quer la route du village ! Si la dé­mis­sion de­vait en­fin être ac­tée par la pré­fec­ture, Noyant se­rait pla­cée sous sa tu­telle, trois « sages » — ré­mu­né­rés sur les de­niers de la com­mune — étant dé­si­gnés pour l’ad­mi­nis­trer. Et ce, jus­qu’à l’élec­tion d’une nou­velle équipe. En mars ? Pas sûr… Pour l’heure, per­sonne n’est can­di­dat à Noyant.

( « Le Cour­rier de l’Ouest » / Be­noît Ro­chard.)

Noyant- la- Plaine ( Maine- et- Loire), sa­me­di. « L’Etat nous im­pose de plus en plus de normes » , dé­nonce Ré­gis Moreau, qui se dit prêt à tout pour dé­mis­sion­ner de son man­dat de maire.

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