La­guer­re­des­ro­se­sest­dé­cla­rée

Ala Saint- Valentin, les roses s’of­fri­ront par mil­liers. Mais ces fleurs sont l’une des cibles des spé­cia­listes de la contre­fa­çon. Une­loi va bien­tôt per­mettre de lut­ter plus ef­fi­ca­ce­ment­contre ce phénomène.

Le Parisien (Paris) - - Economie - BO­RIS CAS­SEL

Rouge, blanche, jaune, à l’uni­té, en bou­quet, en bou­ton, avec ou sans épine… A quelques jours de la Saint- Valentin, les Fran­çais en achètent par mil­liers. La rose est la star de la se­maine. Pour­tant, en of­frant un bou­quet de fleurs à leur tendre, les amou­reux at­ten­tion­nés sont, sans le sa­voir, peut- être en train de sou­te­nir un ré­seau illé­gal de contre­fa­çons. « Sur une cen­taine de roses mises en vente, on es­time qu’un tiers sont illi­cites » , as­sure Alain Meilland, di­ri­geant de l’en­tre­prise épo­nyme, lea­der fran­çais de la créa­tion de va­rié­tés de rose.

en­jeu fi­nan­cier énorme pour l’en­tre­prise

nUn Com­ment une fleur peut- elle de­ve­nir illi­cite ? Cou­leur, forme, nom… Toutes les ca­rac­té­ris­tiques des va­rié­tés de rose sont dé­po­sées par leurs in­ven­teurs. Elles sont pro­té­gées par des cer­ti­fi­cats d’ob­ten­tion vé­gé­tale, l’équi­valent dans le do­maine des plantes des bre­vets in­dus­triels. In­ter­dic­tion donc de les culti­ver sans ver­ser une re­de­vance à leur in­ven­teur. « Les roses sont pro­té­gées au titre de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle, car il faut deux ou trois ans de re­cherche pour créer une nou­velle va­rié­té » , as­sure Alain Meilland.

L’en­jeu est énorme pour le di­ri­geant de cette so­cié­té ba­sée dans le Var. Son ca­ta­logue com­porte tout de même entre 300 et 400 va­rié­tés de fleurs. Le hic, c’est qu’il est as­sez simple de du­pli­quer une va­rié­té de fleur. « Les pro­duc­teurs fran­çais et les grandes chaînes de fleu­ristes ne s’y ris­que­raient pas. Mais cer­tains pays en sont de­ve­nus des spé­cia­listes. L’Inde et l’Equa­teur pro­duisent et ex­portent beau­coup, sans res­pect de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle. » Leurs roses se re­trouvent donc par­fois sur le mar­ché fran­çais. Chez des fleu­ristes ou en vente di­recte. « Un ven- deur de rue pa­ri­sien m’a pro­po­sé, il y a peu de temps, cinq roses, ra­conte Alain Meilland. Trois d’entre elles étaient des co­pies de nos fleurs. »

Pour tra­quer ces contre­fa­çons qui lui font tant perdre de re­cettes, il dé­pense chaque an­née 200000 €. Son en­tre­prise a mis sur pied une or­ga­ni­sa­tion proche d’un ré­seau d’es­pion­nage. Aux quatre coins de la pla­nète, des in­for­ma­teurs re­pèrent les lieux de pro­duc­tion, filent les ca­mions ame­nant les char­ge­ments illi­cites aux aé­ro­ports, notent les ré­fé­rences des mar­chan­dises et des vols à des­ti­na­tion de l’Eu­rope avant de pré­ve­nir les douanes eu­ro­péennes de l’ar­ri­vée de ces char­ge­ments. « Nous avons des tra­duc­teurs dans douze langues pour ré­pondre ra­pi­de­ment aux ques­tions des douanes sur cer­tains char­ge­ments. Et sur­tout, nous dis­po­sons d’une es­couade d’avo­cats » , dé­taille Alain Meilland. Qui s’y frotte, s’y pique !

Créer une nou­velle va­rié­té de rose par hy­bri­da­tion prend deux ou trois ans. La contre­fa­çon pé­na­lise les ro­sié­ristes in­no­vants qui peinent à amor­tir le coût de ces re­cherches.

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