Filled’un­prê­treetd’une­re­li­gieuse

Dan­sun­livre qui pa­raît au­jourd’hui, Anne- Ma­rie ra­conte le se­cret qu’elle n’a dé­cou­vert qu’à 16ans alors que ses­pa­rents avaient quit­té l’Eglise. Elle se­bat main­te­nant pour que les prêtres puissent convo­ler.

Le Parisien (Paris) - - Société - VOIRON ( ISÈRE) De nos en­voyés spé­ciaux HÉ­LÈNE HAUS

« Vous me dites si je m’égare, je veux que ça soit bien. » En nous ou­vrant les portes de son ap­par­te­ment de Voiron, au nord de Gre­noble ( Isère), Anne- Ma­rie Ma­ria­ni s’in­quiète un peu. Ra­con­ter son his­toire ? Il y a quelques an­nées, cette femme de 63 ans, an­cienne ani­ma­trice dans une mai­son de re­traite, n’y au­rait ja­mais pen­sé. Mais dans « le Droit d’ai­mer » * , pu­blié au­jourd’hui, cette mère de fa­mille livre en­fin son se­cret. Ce­lui d’une his­toire d’amour qui n’avait pas le droit d’exis­ter. De ses pa­rents, Pros­per et Pau­lette, qui se sont ai­més du­rant l’été 1950 dans un village des pla­teaux dé­ser­tiques de l’Al­gé­rie fran­çaise, alors qu’ils étaient prêtre et re­li­gieuse.

As­sise dans son ca­na­pé, An­neMa­rie ra­conte, puis confie en­fin, sous le re­gard bien­veillant de son ma­ri, Ro­bert, qua­rante ans de vie com­mune cette an­née, com­ment ses pa­rents ont quit­té les ordres pour fon­der une fa­mille qui vi­vra long­temps dans la clan­des­ti­ni­té.

fuient en­semble dans le sud de la France

nIls D’un cô­té, il y a Pros­per, fils de pay­sans du Doubs, pous­sé à la prê­trise par ses proches. De l’autre, il y a Pau­lette, en­trée dans les ordres après avoir été re­cueillie par des re­li­gieuses à l’âge de 15 ans, à la mort de ses pa­rents. « Ces soeurs étaient sa se­conde fa­mille, elle se sen­tait re­de­vable » , ex­plique An­neMa­rie, qui porte en­core au­tour du cou la croix de sa mère.

Le couple se ren­contre en 1948 à Oran, en Al­gé­rie fran­çaise, où ils ont été mu­tés. Pau­lette a 33 ans, Pros­per, 28. Ils tombent vite amou­reux. La jeune femme en­tame un in­dult d’ex­claus­tra­tion, pre­mière étape pour quit­ter les ordres. Pour Pros­per, c’est plus com­pli­qué. « L’Eglise ne vou­lait pas le lais­ser par­tir » , s’in­digne sa fille. Pau­lette tombe en­ceinte. Son com­pa­gnon in­siste au­près du cler­gé pour par­tir de ma­nière of­fi­cielle et ne pas faire honte à ses pa­rents. Sans suc­cès. S’en­suivent trois an­nées de ga­lère où la jeune mère de fa­mille tombe ma­lade. Anne- Ma­rie part alors en pen­sion chez un couple qui rêve de l’adop­ter, sou­te­nu par l’Eglise qui veut étouf­fer le scan­dale. Voyant qu’il n’ar­ri­ve­ra pas à par­tir, Pros­per re­joint clan­des­ti­ne­ment sa com­pagne et sa fille, qui ont fui dans le sud de la France.

« Il n’a quit­té l’Eglise qu’en 1965, après le concile Va­ti­can II. Il a tou­jours dit que si les prêtres avaient pu se ma­rier il au­rait conti­nué sa prê­trise » , ra­conte Anne- Ma­rie, en sor­tant une pho­to de son père prise à leurs retrouvailles, en 1954, dans le Var. Cos­tume gris, cra­vate sombre, il tient par la main une fillette aux che­veux bruns. Anne- Ma­rie a 3 ans. Treize ans plus tard, son oncle, fâ­ché avec ses pa­rents, lâche un pa­vé dans la mare. « Il m’a dit qu’ils n’étaient pas ceux que je pen­sais. J’ai cru que j’avais été adop­tée » , ra­conte cette grand- mère de six en­fants qui a tou­jours la foi. Pau­lette et Pros­per ré­vèlent la vé­ri­té à leur fille unique.

« Ça a été un choc, pour­suit- elle. Après, on n’en a plus trop re­par­lé. Ils ont es­sayé, mais j’es­qui­vais le su­jet. Je sen­tais que c’était trop dou­lou­reux. C’est en 1999, plu­sieurs an­nées après leur mort, que j’ai dé­ci­dé d’en­quê­ter sur leur his­toire. » Elle part alors sur leurs traces en France et en Al­gé­rie. Elle s’in­té­resse en­suite au cé­li­bat des prêtres. « Quand j’ai com­pris que ce n’était pas une loi di­vine mais ec­clé­sias­tique, j’ai dé­ci­dé d’en faire un livre. Trente- sept papes ont eu des en­fants. C’est Gré­goire VII qui a ins­tau­ré cette règle en 1074. L’Eglise vou­lait gar­der l’ar­gent de ses prêtres en les em­pê­chant d’avoir des des­cen­dants. Au­jourd’hui, il y a en­core des tas d’en­fants non re­con­nus. Lais­sons aux re­li­gieux le choix ! » lance Anne- Ma­rie qui, pour ap­puyer son com­bat, a créé l’as­so­cia­tion les En­fants du si­lence, qui re­groupe une ving­taine de des­cen­dants de prêtres.

« Le Droit d’ai­mer » , d’Anne- Ma­rie Ma­ria­ni, 160 pages, 17 €.

Edi­tions Ke­ro.

( LP/ Olivier Aran­del.)

Voiron ( Isère), jeu­di. Anne- Ma­rie Ma­ria­ni porte tou­jours la croix de sa mère dé­funte.

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