Les sé­ro­po­si­tifs res­tent in­ter­dits de soins fu­né­raires

En deux mois, OmarSy, John­ny Hal­ly­day, Ni­kos Alia­gas et près de80 000per­sonnes ont si­gné une pé­ti­tion pour le­ver cette dis­cri­mi­na­tion qui rend le deuil des fa­milles en­core plus dif­fi­cile.

Le Parisien (Paris) - - Société - CH­RIS­TINE MATEUS

Le suc­cès de la pé­ti­tion sur­prend jus­qu’à son ini­tia­teur, Jean- Luc Ro­me­ro, pré­si­dent­fon­da­teur d’ELCS ( Elus lo­caux contre le si­da). « Je pen­sais que nous ré­col­te­rions au mieux 10 000 si­gna­tures » avec ce texte qui ré­clame la le­vée de l’in­ter­dic­tion des soins fu­né­raires pour les per­sonnes at­teintes du si­da et d’hé­pa­tites vi­rales.

Mais, se­lon le dé­compte éta­bli hier, deux mois jour pour jour après son lan­ce­ment sur le site Change. org, 79 227 per­sonnes s’étaient ral­liées à son com­bat. Par­mi elles, Omar Sy, John­ny et Lae­ti­tia Hal­ly­day ou Ni­kos Alia­gas. C’est peu connu, mais les fa­milles des dé­funts at­teints de ces pa­tho­lo­gies ne peuvent pas faire pré­ser­ver le corps de leur proche. nRisque Cette in­ter­dic­tion, da­tant de 1986, puis re­ma­niée en 1998, a été prise au nom du risque de conta­mi­na­tion des tha­na­to­prac­teurs, qui pra­tiquent les soins de conser­va­tion et de pré­sen­ta­tion des corps de per-

d’ex­po­si­tion au sang

sonnes dé­cé­dées. « C’est une dis­cri­mi­na­tion post- mor­tem que rien ne jus­ti­fie scien­ti­fi­que­ment » , tem­pête Jean- Luc Ro­me­ro.

Le Con­seil na­tio­nal du si­da s’était, le pre­mier, en 2009, pro­non­cé pour la le­vée de ces res­tric­tions. Fin 2012, c’est au tour du dé­fen­seur des droits. Le Haut Con­seil à la san­té pu­blique ( HCSP) y est éga­le­ment favorable mais à condi­tion de ga­ran­tir la sé­cu­ri­té des pro­fes­sion­nels, puis­qu’il y a un risque d’ex­po­si­tion au sang.

Même les ac­teurs du monde fu- né­raire n’y sont pas for­mel­le­ment op­po­sés, comme l’in­dique Ri­chard Fe­ret, di­rec­teur dé­lé­gué de leur con­fé­dé­ra­tion : « Ma­jo­ri­tai­re­ment, les tha­na­to­prac­teurs sui­vront l’évolution de la ré­gle­men­ta­tion si elle doit chan­ger, même si cer­tains évoquent la pos­si­bi­li­té de faire va­loir un droit de re­trait. »

« Ce­la fait plus de sept ans que je me bats là- des­sus. J’ai vu trois mi­nistres de la San­té : Ro­se­lyne Ba­che­lot, Xa­vier Ber­trand et Ma­ri­sol Tou­raine. Tous al­laient ré­gler le pro­blème, sauf que rien ne bouge. Le corps d’un mort du si­da n’est pas plus dan­ge­reux qu’un autre, il suf­fit juste de prendre des pré­cau­tions uni­ver­selles » , ful­mine Jean- Luc Ro­me­ro. Pas si simple. « Le gou­ver­ne­ment est favorable à la le­vée des res­tric­tions. Mais nous de­vons ga­ran­tir aux pro­fes­sion­nels que leur sé­cu­ri­té se­ra res­pec­tée. Il faut donc dé­fi­nir les condi­tions. Un rap­port va être ren­du pu­blic dans les pro­chaines se­maines » , in­siste le mi­nis­tère des Af­faires so­ciales et de la San­té.

( LP/ Yann Fo­reix.)

Pa­ris, le 7 jan­vier. Jo­na­than a dé­cou­vert « cette dis­cri­mi­na­tion hon­teuse » le jour où son père est mort, en 2010, d’un can­cer gé­né­ra­li­sé. Les tha­na­to­prac­teurs avaient pré­ve­nu qu’ils ne fe­raient pas les soins fu­né­raires si les soup­çons sur la sé­ro­po­si­ti­vi­té du dé­funt étaient fon­dés.

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