« Çaaé­té un­choc »

Jo­na­than, aper­du son­pè­reen2010

Le Parisien (Paris) - - Société - C. M.

Pour les fa­milles concer­nées, comme Jo­na­than, qui a per­du son père en 2008, at­teint d’un can­cer gé­né­ra­li­sé, la mort d’un des leurs a été l’oc­ca­sion dou­lou­reuse de dé­cou­vrir cette ré­gle­men­ta­tion. « J’avais l’im­pres­sion de vivre dans les an­nées 1980 où il était cou­rant d’en­tendre qu’il ne fal­lait pas ser­rer la main d’un sé­ro­po­si­tif. Mon pa­pa était gay et lorsque son com­pa­gnon est ve­nu à son che­vet, d’après moi, le per­son­nel mé­di­cal a fait un amal­game entre ho­mo­sexua­li­té et sé­ro­po­si­ti­vi­té, avance ce Pa­ri­sien de 30 ans. Lors­qu’il est dé­cé­dé, je me suis pré­sen­té aux pompes fu­nèbres avec le bon de sor­tie de l’hô­pi­tal. Il y était no­té « en at­tente de ré­sul­tats des tests sé­ro­lo­giques » . Les tha­na­to­prac­teurs m’ont dit qu’ils ne pour­raient pas faire tout de suite les soins de conser­va­tion du corps, et sur­tout qu’ils ne pour­raient pas le faire du tout si les tests étaient po­si­tifs. Ça a été un choc ! C’est comme ça que j’ai dé­cou­vert cette dis­cri­mi­na­tion hon­teuse. Fi­na­le­ment, mon père était sé­ro­né­ga­tif, mais mon deuil est aus­si as­so­cié à ce sou­ve­nir. »

Va­nes­sa, qui ha­bite dans le sud de la France, ra­conte, elle, que son père a contrac­té le vi­rus du si­da après une trans­fu­sion san­guine, en 1984. « C’était peu après ma nais­sance. Ma fa­mille a tou­jours vé­cu dans le se­cret, dans la honte de ce mal. Moi, je ne l’ai su qu’à l’âge de 16 ans. Lorsque mon père est dé­cé­dé en 2010 d’une mé­nin­gite fou­droyante, le mé­de­cin est ve­nu nous dire qu’on pou­vait le ra­me­ner à la mai­son pour pou­voir faire notre deuil. Mais quelques heures plus tard, il est re­ve­nu nous dire le contraire, qu’avec son vi­rus il n’au­rait pas le droit aux soins fu­né­raires et qu’on ne pour­rait donc pas or­ga­ni­ser de veillée pour nous re­cueillir. L’en­ter­re­ment a dû se faire dans la fou­lée. Ce sont des choses que l’on n’ou­blie pas et qui ré­voltent. »

« Cette in­ter­dic­tion, je la connais­sais, re­con­naît Fred Navarro, an­cien pré­sident d’Act Up, as­so­cia­tion de lutte contre le si­da, mais lorsque Ch­ris­tian, mon com­pa­gnon avec qui j’ai vé­cu pen­dant dix- huit ans, est mort des suites du si­da, j’ai pris une claque. Comme il est mort à la mai­son, son corps a été trans­fé­ré à l’Ins­ti­tut mé­di­co- lé­gal pour une en­quête. C’était en juillet 2010 et il est res­té treize jours dans un fri­go, sans les soins fu­né­raires, c’était atroce. C’est une in­sulte qui lui a été faite, lui qui te­nait à être tou­jours bien pré­sen­table. Pour moi, ça a été d’une vio­lence in­ouïe. »

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