Woo­dyAl­len dans­son­plus­mau­vais­rôle

Le ci­néaste amé­ri­cain est ac­cu­séd’abus sexuels­par sa fille adop­tive Dy­lan Far­row. Pour la pre­mière fois, dans une longue confes­sion écrite, elle re­late les faits qui se se­raient pas­sés­quan­delle avait 7 ans.

Le Parisien (Paris) - - Faits­di­vers - NEW YORK ( ÉTATS- UNIS) De notre cor­res­pon­dante GÉ­RAL­DINE WOESS­NER

Pu­bliée sa­me­di sur le blog d’un jour­na­liste du pres­ti­gieux « New York Times » , la lettre a fait l’ef­fet d’une bombe. Dy­lan, la fille que Woo­dy Al­len avait adop­tée avec l’ac­trice Mia Far­row lors­qu’ils étaient en couple, l’ac­cuse de l’avoir agres­sée sexuel­le­ment quand elle avait 7 ans. Elle a li­vré, pour la pre­mière fois, les dé­tails très crus d’une af­faire évo­quée de­puis plus de vingt ans.

Le soir même, le réa­li­sa­teur, qui a une mai­son dans l’Up­per East Side, ap­pa­rais­sait, la mine fer­mée, à un match de bas­ket- ball entre le Heat de Mia­mi et les Knicks de New York. « M. Al­len a lu l’ar­ticle et le consi­dère com­me­faux et hon­teux » , a dé­cla­ré la nuit der­nière son agent, Les­lee Dart. Alors que la cri­tique en­cense son der­nier film « Blue Jas­mine » , nom­mé trois fois aux Gol­den Globes, l e scan­dale jette sur sa car­rière une odeur de soufre.

« Quel est votre film de Woo­dy Al­len pré­fé­ré ? » de­mande Dy­lan Far­row dans une lettre ou­verte re­layée par le jour­na­liste du « New York Times » , ami de sa mère. « Avant de ré­pondre, vous de­vez sa­voir… » Confes­sion in­édite, la jeune femme de 28 ans, qui vit en Flo­ride sous un nom d’em­prunt, dé­crit en mots gla­çants l’agres­sion dont elle af­firme avoir été vic­time en 1992, dans la ré­si­dence fa­mi­liale du Con­nec­ti­cut, et qui conti­nue de la « han­ter » .

« Quand j’avais 7 ans, Woo­dy Al­len m’a prise par la main et m’a conduite dans un pe­tit gre­nier sombre au 2 étage de notre mai­son. Il m’a dit de m’al­lon­ger sur le ventre et de jouer avec le train élec­trique de mon frère. Et il m’a agres­sée sexuel­le­ment […] Il me par­lait en le fai­sant, me mur­mu­rant que j’étais une gen­tille pe­tite fille, que c’était notre se­cret. »

Dans son long ré­cit, la jeune femme dé­taille en termes bruts, dé­ran- geants, une sé­rie de com­por­te­ments dé­viants. « Il m’en­traî­nait dans le lit avec lui, pla­çait sa tête sur mes cuisses nues et ins­pi­rait et ex­pi­rait » , af­firme- t- elle. L’en­fant ter­ro­ri­sée se ca­chait sous les lits ou dans les salles de bains, « mais il me trou­vait tou­jours. […] D’aus­si loin que je me sou­vienne, mon père m’a fait des choses que je n’ai­mais pas. Ces choses se pro­dui­saient si sou­vent, de fa­çon si rou­ti­nière et si soi­gneu­se­ment ca­chée à ma mère — qui m’au­rait pro­té­gée si elle avait su —, que je pen­sais que c’était nor­mal » . Puis Dy­lan ra­conte son trau­ma­tisme, les troubles ali­men­taires, les crises d’au­to­mu­ti­la­tion, le sen­ti­ment de « culpa­bi­li­té de sa­voir que je l’ai lais­sé s’ap­pro­cher d’autres pe­tites filles […] Le fait qu’il ait pu échap­per à ce qu’il a fait m’a han­tée » .

En 1992 pour­tant, la jus­tice s’était pen­chée sur l’af­faire. A l’époque, Woo­dy Al­len et Mia Far­row se dé­chirent pour la garde de leurs trois en­fants après que l’ac­trice a dé­cou­vert la liai­son du réa­li­sa­teur avec une autre de ses filles adop­tives, Soon- Yi, 19 ans alors ( que Woo­dy Al­len épou­se­ra en 1997 et avec la­quelle il vit en­core au­jourd’hui).

La jeune Dy­lan rap­porte l’agres­sion à sa mère, mais les exa­mens mé­di­caux ne la confirment pas. En l’ab­sence de preuves concluantes, le pro­cu­reur dé­cide de ne pas pour­suivre la star, qui dé­nonce à grands cris une ma­ni­pu­la­tion de l’en­fant. Mais le doute de­meure : les notes des mé­de­cins ont été dé­truites et, en 1994, un ju­ge­ment de la Cour su­prême d’Etat in­ter­dit à Woo­dy Al­len tout droit de vi­site sur Dy­lan, le réa­li­sa­teur ayant mon­tré pour elle un in­té­rêt « anor­mal » . La jeune femme, ma­riée, s’ap­pelle au­jourd’hui Ma­lone. Mais elle a échoué à tour­ner la page. Quand la car­rière de Woo­dy Al­len a été ré­com­pen­sée le 13 jan­vier par un Gol­den Globe, elle rap­porte s’être ef­fon­drée.

Ces choses se pro­dui­saient si sou­vent […] que je pen­sais que c’était nor­mal”

Dy­lan Far­row, sa fille adop­tive

( Gam­ma/ Fer­rei­ra/ DMI/ Stills.)

Woo­dy Al­len, Dy­lan et Mia Far­row en 1992. Dans une lettre ou­verte dif­fu­sée sa­me­di sur le blog d’un jour­na­liste du « New York Times » , la fille adop­tive du ci­néaste l’ac­cuse d’agres­sion sexuelle.

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