LaPMEau­rai­tes­cro­qué ses­gé­né­reux­con­tri­bu­teurs

Lo­veMo­ney, as­so­cia­tion spé­cia­li­sée dans l’in­ves­tis­se­ment par­ti­ci­pa­tif, dit avoir été flouée­par une en­tre­prise qu’elle avait ai­dée à se­dé­ve­lop­per et à créer des emplois.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - THI­BAULT RAISSE

L’idée est belle : faire ap­pel à de pe­tits in­ves­tis­seurs lo­caux dé­ni­chés sur In­ter­net ou par le bouche- à- oreille pour dé­ve­lop­per un pro­jet com­mer­cial ou ar­tis­tique. Très en vogue, le concept de « crowd­fun­ding » , ou fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, n’est pour­tant pas à l’abri des es­crocs. Love Mo­ney, la plus an­cienne struc­ture fran­çaise du genre, qui prône un « in­ves­tis­se­ment res­pon­sable » , en a sans doute fait les frais. Le par­quet de Sa­verne ( Bas- Rhin) a ou­vert une en­quête pré­li­mi­naire dé­but jan­vier après la plainte de l’as­so­cia­tion aux 30 000 con­tri­bu­teurs et aux 90 M€ in­ves­tis. Elle craint d’avoir été vic­time d’une so­cié­té lo­cale soup­çon­née d’avoir uti­li­sé l’ar­gent ré­col­té pour ren­flouer ses pertes, avant de faire faillite et d’en­glou­tir au pas­sage les sommes in­ves­ties par ses adhé­rents, gé­né­reux con­tri­bu­teurs.

Au coeur de l’en­quête, ADS, une pe­tite PME de ser­ru­re­rie et de mé­tal­le­rie d’Oer­min­gen ( Bas- Rhin), un vil- lage proche de Sar­re­gue­mines ( Mo­selle). Créée en 2008, cette en­tre­prise compte une quin­zaine de sa­la­riés lors­qu’elle prend at­tache avec Love Mo­ney en 2011 pour une aug­men­ta­tion de ca­pi­tal des­ti­née à as­su­rer son dé­ve­lop­pe­ment. « Il s’agis­sait de re­cru­ter 6 per­sonnes à court terme, 50 sur cinq ans. Le pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment pa­rais­sait viable et créa­teur d’emplois, avec des bons de com­mande re­pré­sen­tant 1 M€ de chiffre d’af­fair e s » , i ndique Me Ma­rie- Laure In­gouf, l’avo­cate de Love Mo­ney. La so­cié­té four­nit des bi­lans comp­tables at­tes­tant de sa bonne san­té et s’en­gage à res­pec­ter les condi­tions po­sées par l’as­so­cia­tion.

Un ap­pel à sous­crip­tion est lan­cé dans la presse lo­cale, une pre­mière pour ce type de struc­ture. L’opé­ra- tion de le­vée de fonds, réa­li­sée en trois fois, per­met à la PMEde re­cueillir 300 000 € au­près de 47 pe­tits in­ves­tis­seurs par­ti­cu­liers. « C’était un suc­cès tel que la chambre de com­merce de Stras­bourg et le con­seil ré­gio­nal d’Al­sace se sont in­té­res­sés de près à cette ini­tia­tive dans le but de l’étendre et de fa­vo­ri­ser le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique de la ré­gion » , pour­suit le con­seil de l’as­so­cia­tion.

La belle ma­chine s’en­raye lorsque le pré­sident d’ADS dé­mis­sionne bru­ta­le­ment en no­vembre 2012, of­fi­ciel­le­ment pour rai­son de san­té. Quelques jours plus tard, Love Mo­ney est in­for­mé qu’une pro­cé­dure de re­dres­se­ment ju­di­ciaire vient d’être lan­cée à l’en­contre de son pou­lain. L’en­tre­prise af­fiche une dette de plus de 1 M€, bien loin de l’écla­tante san­té fi­nan­cière al­lé­guée.

Ces le­vées de fonds semblent

avoir ser­vi à ren­flouer des pertes dis­si­mu­lées”

Me Ma­rie- Laure In­gouf, avo­cate de Love Mo­ney Ques­tion­né sur sa su­bite ban­que­route, ADS four­nit d’étranges ex­pli­ca­tions, évo­quant du vol de ma­té­riel ou des mal­fa­çons d’ou­vriers l’ayant obli­gé à re­faire des chan­tiers.

Ces ar­gu­ments ne convainquent ni l’as­so­cia­tion ni les ac­tion­naires floués, qui dé­posent plainte pour es­cro­que­rie. « Au vu de l’état réel de la so­cié­té, ces le­vées de fonds semblent avoir ser­vi à ren­flouer des pertes dis­si­mu­lées lors de l’exa­men du pro­jet » , es­time Me In­gouf. Le par­quet de Sa­verne ouvre vite une en­quête : dé­jà soup­çon­né de mal­ver­sa­tions par le pas­sé, le pré­sident d’ADS avait in­ter­dic­tion de gé­rer une en­tre­prise.

Pour Love Mo­ney, cette af­faire « confirme ses craintes adres­sées à l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers lors de sa ré­cente consul­ta­tion pu­blique sur le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. L’as­so­cia­tion sou­haite que la sou­plesse de la ré­gle­men­ta­tion ne nuise pas à la sé­cu­ri­té des épar­gnants » , conclut l’avo­cate.

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