Vieet­mortd’un­ji­ha­diste

Con­ver­tiàl’is­lamà16ans, Mat­thieus’es­tra­di­ca­li­séau­pointd’al­ler­se­bat­treenAf­gha­nis­tan, oùi­laé­té­tué­par­lesA­mé­ri­cain­sen2011. Sa­mè­re­cher­cheen­co­reà­com­pren­dre­cet­te­dé­rive.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - Pro­pos recueillis par TIMOTHÉE BOUTRY

Mat­thieu Du­chaus­soir est mort le 9 mai 2011 en Af­gha­nis­tan lors d’une in­ter­ven­tion de l’ar­mée amé­ri­caine dans le dis­trict de Qa­lat. Sept mois plus tôt, ce jeune Fran­çais de 25 ans conver­ti était par­ti pour faire le ji­had à l’in­su de ses proches. Alors que le pro­cès d’une fi­lière ji­ha­diste, fruit d’une ins­truc­tion qui a ré­vé­lé le par­cours de Du­chaus­soir, s’ouvre de­main à Pa­ris, sa mère s’ex­prime pour la pre­mière fois. Com­ment avez- vous ap­pris le dé­cès de votre fils unique ? NA­DINE DU­CHAUS­SOIR. Par un ap­pel té­lé­pho­nique, le 19 juillet 2011 à 17 h 30. Ce mo­ment est gra­vé à ja­mais dans notre vie à mon ma­ri et à moi. Nous avons été aba­sour­dis, car nous n’étions ab­so­lu­ment pas au cou­rant de ce qu’il fai­sait. Sa­vez- vous ce qui s’est pas­sé ? Pas exac­te­ment. Les au­to­ri­tés fran­çaises ont été ado­rables, mais on n’au­ra ja­mais toutes les ré­ponses. On nous a dit que Mat­thieu a été bles­sé dans une at­taque de drone, qu’il n’est pas mort sur le coup mais dans une am­bu­lance. Il a été en­ter­ré sur place. Il pa­raît qu’il n’y a pas de nom­sur sa tombe, mais sim­ple­ment l’évo­ca­tion d’un mar­tyr. On a vou­lu ra­pa­trier le corps, mais c’était trop com­pli­qué. On nous a dé­con­seillé d’al­ler sur place, car c’est une zone trop dan­ge­reuse. On ne se re­cueille­ra ja­mais sur la tombe de notre fils unique. C’est dur à ac­cep­ter.

Pour­quoi nous se­rions- nous in­quié­tés ? Nous res­pec­tons toutes les re­li­gions.”

Mat­thieu s’était conver­ti… C’est juste. Il était dans un ly­cée fré­quen­té par de nom­breux mu­sul­mans et, à leur contact, il a adop­té leur religion. Ça nous a éton­nés, mais pas plus que ça. Et puis, pour­quoi nous se­rions- nous in­quié­tés ? Nous res­pec­tons toutes les re­li­gions. Vous n’avez pas re­mar­qué sa ra­di­ca­li­sa­tion pro­gres­sive ? Non. On a peut- être été aveugles. Ou naïfs. Evi­dem­ment, on se pose des ques­tions. On se dit qu’on est pas­sés à cô­té de quelque chose, mais il pa­raît que ce n’est pas ex­cep­tion­nel. J’avais de très bons rap­ports avec lui, mais c’était aus­si quel­qu’un de très se­cret. D’une cer­taine ma­nière, il a tra­hi ma confiance. En juin 2009, il est par­ti près d’un an en Egypte… Il nous avait dit que c’était pour per­fec­tion­ner son ap­pren­tis­sage de l’arabe. On l’a cru. Au fi­nal, on ne sait rien de ce qu’il a fait là- bas. A son re­tour en avril 2010, il est re­ve­nu à la mai­son. Il ne por­tait pas la barbe. Il re­gar­dait beau­coup de vi­déos de prêches en arabe sur son or­di­na­teur, mais ja­mais rien de violent. Puis il est re­par­ti et n’a pas don­né de nou­velles pen­dant plu­sieurs mois. Quel a été votre der­nier contact ? I l a ap­pe­lé à l a mai­son l e 23 avril 2011. Il a fi­ni par me dire qu’il se trou­vait au Pakistan. Ça m’a fait un choc. Il a dit de ne pas s’in­quié­ter pour lui. Je lui ai de­man­dé quand il ren­trait, mais il n’a pas ré­pon­du. Deux se­maines plus tard, mon fils était mort. Connais­siez- vous Weir­dal Sit­ta, qui est mort en même temps que votre fils ? Je n’avais ja­mais en­ten­du par­ler de ce gar­çon. En fait, Mat­thieu avait deux vies. A votre avis, com­ment a- t- il bas­cu­lé ? Il avait eu des pro­blèmes à l’ado­les­cence, mais c’était un gar­çon in­tel­li­gent. On ne com­prend pas com­ment notre fils a pu se faire en­rô­ler. On nous a ex­pli­qué qu’il avait dû tom­ber sur des gens très forts, qui ont su lui la­ver le cer­veau. J’es­père qu’ils se­ront lour­de­ment condam­nés. Com­ment avez- vous ré­agi au

On nous a ex­pli­qué qu’il avait dû tom­ber sur des gens très forts, qui ont su lui

la­ver le cer­veau”

pé­riple de ces deux ado­les­cents tou­lou­sains par­tis en Sy­rie ? On ne peut que pen­ser aux pa­rents. Heu­reu­se­ment, ils ont pu ré­cu­pé­rer leurs fils. Nous n’avons pas eu cette chance- là. Com­ment sur­mon­tez- vous un tel drame ? La dou­leur est tou­jours aus­si pré­sente, elle ne s’ef­fa­ce­ra ja­mais. On a dé­mé­na­gé. Je ne pou­vais plus res­ter dans la mai­son où Mat­thieu a gran­di, je le voyais par­tout. On a em­me­né tous nos sou­ve­nirs avec nous en es­sayant de ne se rap­pe­ler que des bons.

Qa­lat, au sud de l’Af­gha­nis­tan. C’est dans les en­vi­rons de cette ville af­ghane que Mat­thieu Du­chaus­soir se­rait mort après avoir été bles­sé dans une at­taque de drone.

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