Le­dea­leu­ren­doc­tri­né­pa­run­gué­ris­seur

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - T. B.

C’est en en­quê­tant sur une tout autre fi­lière ji­ha­diste que deux juges an­ti­ter­ro­ristes pa­ri­siens ont re­mon­té la trace de Mat­thieu Du­chaus­soir, 25 ans, et de son ami Weir­dal Sit­ta, 27 ans, morts le 9 mai 2011 dans la pro­vince de Za­boul ( Af­gha­nis­tan). Une en­quête à plu­sieurs fa­cettes qui a abou­ti au ren­voi de huit per­sonnes, ju­gées à par­tir de de­main de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel.

Les in­ves­ti­ga­tions dé­butent en sep­tembre 2010 et s’in­té­ressent d’abord à Ibra­him Ouat­ta­ra. Agé de 25 ans, ce na­tif d’Au­ber­vil­liers ( Seine- Saint- De­nis) est un globe- trot­teur de la guerre sainte qui a de­frayé la chro­nique l’an der­nier en se fai­sant ar­rê­ter dans le Nord- Ma­li. En oc­tobre 2010, il se rend en Egypte avec un ami qui par­tage ses convic­tions ji­ha­distes. Sur place, les deux hommes qui veulent re­joindre la So­ma­lie sont ar­rê­tés. Les en­quê­teurs se rendent alors compte qu’ils fré­quentent ré­gu­liè­re­ment Ni­co­las Riol­let, un conver­ti de 24 ans, qui a long­temps vé­cu au Caire.

Pen­dant un temps, les juges ont même pen­sé que les membres de cette mi­cro­cel­lule avaient en­vi­sa­gé d’as­sas­si­ner Da­lil Bou­ba­keur, le rec­teur de la mos­quée de Pa­ris. L’ins­truc­tion dé­mon­tre­ra que cette pers­pec­tive n’a ja­mais dé­pas­sé le stade de vague pro­jet.

Les in­ves­ti­ga­tions sur Riol­let vont mettre les ma­gis­trats sur la piste de Mat­thieu Du­chaus­soir et Weir­dal Sit­ta. En Egypte, c’est lui qui leur au­rait per­mis de trou­ver les bons contacts pour re­joindre l’Af­gha­nis­tan. Riol­let, Ouat­ta­ra et son ami se­ront sur le banc des pré­ve­nus de­main.

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dé­rive dé­bute der­rière les bar­reaux

En dé­cou­vrant le sort des deux dé­funts, les juges s’ef­forcent de re­tra­cer leurs par­cours. Né dans une fa­mille chré­tienne d’ori­gine congo­laise, Weir­dal Sit­ta était connu sous le nom d’Ab­del­ma­lik. Sa dé­rive dé­bute der­rière les bar­reaux. In­car­cé- ré pour tra­fic de stu­pé­fiants, il se se­rait ra­di­ca­li­sé au contact de Me­nad Ben­chel­la­li, lour­de­ment condam­né dans le cadre du pro­cès des fi­lières tchét­chènes. Ren­voyé de la lé­gion pour in­su­bor­di­na­tion, le na­tif d’Ivry- sur- Seine ( Val- deMarne) fe­ra en­suite la connais­sance d’un gué­ris­seur de la rue My­rha ( Pa­ris XVIIIe) qui va soi­gner ses maux de ventre et jouer un rôle dans son en­ga­ge­ment re­li­gieux.

Voyant dans sa gué­ri­son un signe di­vin, il dé­clare « pré­fé­rer mou­rir en mar­tyr ( que) comme un con » . Se­lon son épouse, son ma­ri voyait dans le ji­had une « ma­nière de se ra­che­ter » après avoir « fait plein de bê­tises » .

A l’été 2010, il achète des sacs de mon­tagne, des bous­soles et des vestes po­laires pour se pré­pa­rer à af­fron­ter les mon­tagnes af­gha­no­pa­kis­ta­naises. Il ac­quiert tout en double, pour lui et Mat­thieu, dont il a fait la connais­sance en 2009 à la mos­quée de la rue My­rha par le biais de son gué­ris­seur. Le 1er oc­tobre 2010, les deux hommes quittent la France. Pour pas­ser in­aper­çus, Mat­thieu s’est ra­sé la barbe et Weir­dal porte une cas­quette à l’en­vers. Le frère de Weir­dal, qui fait par­tie des cinq proches des deux gar­çons ren­voyés de­vant le tri­bu­nal, les ac­com­pagne à l’aé­ro­port. Se­lon lui, « ils pa­rais­saient heu­reux » .

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