Pour­le­sé­co­lo­gistes, c’est­mas­sa­creà­la­tron­çon­neuse

Le Parisien (Paris) - - Sports -

omment or­ga­ni­ser des JO d’hi­ver au­tour d’une sta­tion bal­néaire de la mer Noire sans neige ni vraies pistes de ski ? La ques­tion pour­rait prê­ter à sou­rire. C’est pour­tant la dé­li­cate équa­tion qu’ont dû ré­soudre les Russes. En six ans, un nou­vel aé­ro­port, deux gares, 200 km de voies fer­rées, 400 km de routes, 77 ponts, 12 tun­nels, des sta­tions de ski, trois vil­lages olym­piques ou en­core cinq pa­ti­noires géantes et une flo­pée d’im­meubles ont vu le jour. Deux mille à 4 000 ha de fo­rêt ont été dé­truits. Un pan en­tier de la ville a été ra­sé et des cen­taines d’ha­bi­tants dé­pla­cés. Des vil­lages ont été pri­vés d’eau ou d’élec­tri­ci­té, d’autres ont dis­pa­ru de la carte. L’hi­ver d e r n i e r , 500 000 m3 de neige ont été sto­ckés sous de coû­teuses bâches iso­ther­miques pour as­su­rer un

Cen­nei­ge­ment ar­ti­fi­ciel vi­tal à… 600 m d’al­ti­tude. Se­lon un rap­port du co­mi­té russe, « les in­fra­struc­tures si­tuées au voi­si­nage d’une zone clas­sée au Pa­tri­moine mon­dial de l’Unesco ont été construites en har­mo­nie avec la na­ture dans le cadre d’un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment du­rable » . Pour les spé­cia­listes de l’en­vi­ron­ne­ment, en re­vanche, les tra­vaux ont cau­sé des dom­mages ir­ré­ver­sibles et mo­di­fié l’équi­libre de l’éco­sys­tème de la ri­vière Mzym­ta, qui passe par la ré­serve na­tu­relle du Cau­case et la sta­tion de ski de Rosa Khu­tor avant de se je­ter dans la mer Noire près de Sot­chi.

a été fait à la hâte sans étude to­po­gra­phique

nTout « Les sites ont été mal choi­sis, ex­plique- t- on à WWF, l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale de pro­tec­tion de la na­ture, qui a éta­bli un livre noir. Tout a été fait à la hâte, sans au­cune étude to­po­gra­phique. Ce­la a conduit à des si­tua­tions ri­di­cules où des do­cu­ments di­saient que des sites de mon­tagne étaient ha­bi­tés par les dau­phins et les pé­li­cans. Du­rant la construc­tion, les or­ga­ni­sa­teurs se sont à peine oc­cu­pés de l’im­pact sur les es­pèces ani­males, sur­tout les gros mam­mi­fères. »

Les mi­li­tants éco­lo­giques — dont les plus cri­tiques ont été ar­rê­tés ou in­quié­tés — mettent éga­le­ment en avant la des­truc­tion de la va­leur de pêche de la ri­vière Mzym­ta, qui était un lieu de re­pro­duc­tion pour 20 % du sau­mon de la mer Noire, ou de fo­rêt de la pé­riode ter­tiaire. Sans ou­blier les pro­blèmes que pose la ges­tion des dé­chets. « Sous le pré­texte de be­soins olym­piques, la loi sur la conser­va­tion de la na­ture a été af­fai­blie de ma­nière si­gni­fi­ca­tive, sur­tout les par­ties concer­nant les zones pro­té­gées et l’éva­lua­tion en­vi­ron­ne­men­tale des pro­jets de construc­tion, pour­suit WWF, dont les ob­ser­va­teurs ont dû quit­ter la zone. Et le gou­ver­ne­ment a re­fu­sé de fi­nan­cer le pro­gramme de ré­ha­bi­li­ta­tion en­vi­ron­ne­men­tale post- olym­pique ( NDLR : en­vi­ron 22 M€). »

Ce pro­gramme a pour­tant été éla­bo­ré en 2012 par d’émi­nents scien­ti­fiques russes et des ex­perts in­ter­na­tio­naux de l’Union in­ter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la na­ture et du pro­gramme des Na­tions unies pour l’en­vi­ron­ne­ment. Mais qui a donc pro­mis que les Jeux de Sot­chi se­raient les plus verts de l’his­toire ?

Kras­naya Po­lya­na ( Rus­sie), le 13 fé­vrier 2013. Outre un bé­ton­nage consé­quent, les tra­vaux d’in­fra­struc­tures ont cau­sé des dom­mages ir­ré­ver­sibles à l’en­vi­ron­ne­ment.

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