La té­lé prend l’ac­cent

Al’image du concours « Top Chef » ce­soir( 20 h 50) surM6, les in­to­na­tions ré­gio­nales ne sont plus pros­crites àl’an­tenne. Sauf pourles émis­sions dites « sé­rieuses » .

Le Parisien (Paris) - - Télévision Etmédias - H. B.

Ac­cents du Mi­di, du sudOuest, et même belge et qué­bé­cois. Cette an­née, dans les cui­sines de « Top Chef » ( 20 h 50 sur M 6), c’est un vrai dé­fi­lé d’in­to­na­tions du ter­roir. Sans comp­ter le phra­sé tou­lou­sain ro­cailleux du chef Ch­ris­tian Constant, l’un des ju­rés du concours gas­tro­no­mique ca­tho­dique. Ce soir, la pro­duc­tion a même sous- ti­tré les phrases d’un des can­di­dats : le Su­diste ré­ci­di­viste Pierre Au­gé. Il faut dire que le chef de Bé­ziers ( Hé­rault) n’a ab­so­lu­ment pas l’in­ten­tion d’émous­ser son ac­cent lan­gue­do­cien à cou­per au cou­teau pour « par­ler poin­tu » , comme disent les Su­distes au su­jet des Pa­ri­siens, sous pré­texte qu’il y a des ca­mé­ras. « L’ac­cent, c’est comme une religion : tu ne peux pas l’en­le­ver » , mar­tèle- t- il. « Je pré­fère en­core ne pas faire de té­lé que de re­non­cer au mien ! »

Les ac­cents font une per­cée à la té­lé. Mais par la pe­tite porte, celle de la té­lé­réa­li­té… Ce­lui du ter­roir de cer­tains agri­cul­teurs tombe à pic dans « L’amour est dans le pré » , éga­le­ment sur M 6. Et cer­tains pro­grammes re­posent presque ex­clu­si­ve­ment sur l’ac­cent ca­ri­ca­tu­ral des pro­ta­go­nistes comme « les Ch’tis » ou « les Mar­seillais » sur W9.

Du cô­té des pro­grammes « sé­rieux » , jour­na­lis­tiques, le mo­no­pole du par­ler pa­ri­sien de­meure. « Il est en­tré dans les moeurs que le seul digne de la té­lé­vi­sion fran­çaise, c’est l’ac­cent pa­ri­sien. Mais pour­quoi ? Qui a dé­cré­té ça ? C’est du ra­cisme, de la do­mi­na­tion cultu­relle qui n’a au­cune lé­gi­ti­mi­té » , s’in­surge le jour­na­liste po­li­tique de RTL Jean- Mi­chel Apha­tie. Lui n’a ja­mais ima­gi­né un seul ins­tant gom­mer son in­to­na­tion basque. D’ailleurs il ré­fute l’idée même qu’il puisse avoir un ac­cent ( lire ci- contre).

A la ra­dio, qui est un mé­dia sans image, un ac­cent peut être un atout”

Alain Weill le PDG de RMC

En re­vanche, le jour­na­liste et ani­ma­teur d’Eu­rope 1 Jean- Marc Morandini ( « le Grand Di­rect des mé­dias » à 9 heures) n’a pas échap­pé, en mon­tant à Pa­ris, à un toi­let­tage en règle de son phra­sé mar­seillais ( voir en­ca­dré). A quand la fin des ac­cents chan­tants gom­més, comme ja­dis on contra­riait les gau­chers ? Une ra­dio comme RMC re­fuse de­puis long­temps ce for­ma­tage, met­tant en avant des per­son­na­li­tés fortes, et tant pis — ou plu­tôt tant mieux ! — s’ils ont un ac­cent. Comme Vincent Mos­ca­to, ori­gi­naire de Gaillac dans le Tarn ( « Mos­ca­to Show » , de 18 heures à 20 heures). « Pen­dant des an­nées, le for­ma­tage ex­ces­sif a conduit à re­cher­cher des sté­réo­types qui fai­saient consen­sus, l’ac­cent étant de na­ture à dé­ran­ger. Nous avons fait le contraire sur RMC, et ça nous a réus­si » , ana­lyse le PDG de la sta­tion, qui af­fiche des ré­sul­tats en hausse. « A la ra­dio, qui est un mé­dia sans image, un ac­cent peut même être un atout, créer la dif­fé­rence » .

( W 9.)

Cer­tains pro­grammes re­posent presque ex­clu­si­ve­ment

sur le par­ler ca­ri­ca­tu­ral des pro­ta­go­nistes,

comme « les Ch’tis dé­barquent à My­ko­nos »

Ch­ris­tian Constant ( à gauche avec Thier­ry Marx) com­mente les plats avec son ac­cent tou­lou­sain dans l’émis­sion « Top Chef » . ( M 6.)

Le chef bi­ter­rois Pierre Au­ger

« pré­fère en­core ne pas faire de té­lé

que de re­non­cer » à son ac­cent.

( M 6.)

( LP/ Fré­dé­ric Du­git.)

La ra­dio RMC, pour la­quelle le Tar­nais Vincent Mos­ca­to anime une émis­sion, re­fuse de­puis long­temps le for­ma­tage.

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