Fa­mille: Hol­lande ba­ten­re­traite

Entre la mo­bi­li­sa­tion­de­la rue qui ne fai­blit pas et les me­naces de­su­ren­chère à gauche, le pou­voir apré­fé­ré re­por­ter son­pro­jet­de­loi.

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - RO­SA­LIE LU­CAS ET NA­THA­LIE SCHUCK

Quel gâ­chis ! Voi­là le gou­ver­ne­ment qui re­tire en ca­tas­trophe un pro­jet de loi sur la fa­mille pas en­core ré­di­gé et qui ne conte­nait même pas la me­sure la plus contro­ver­sée sur la pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée ( PMA), don­nant l’im­pres­sion de ca­pi­tu­ler en rase cam­pagne de­vant la Ma­nif pour tous ! « C’est une vic­toire » , clai­ron­nait hier la pré­si­dente du col­lec­tif, Lu­do­vine de la Ro­chère. Faux, ré­torque l’Ely­sée : Fran­çois Hol­lande, dé­ter­mi­né à mettre le pa­quet contre le chô­mage avec son pacte de res­pon­sa­bi­li­té, éri­gé en prio­ri­té ab­so­lue, ne vou­lait pas d’ab­cès de fixa­tion sur un su­jet de so­cié­té ju­gé pé­ri­phé­rique.

Ses fi­dèles l’avouent aus­si, le pré­sident ne vou­lait pas re­vivre les dé­fi­lés monstres contre le ma­riage gay : « Il a hor­reur des ma­ni­fes­ta­tions. » Et la PMA n’a ja­mais été sa tasse de thé. « La rue étant ce qu’elle est, la PMA peut de­ve­nir un chif­fon rouge. On peut avoir 1 mil­lion de per­sonnes. C’est le scé­na­rio de l’école libre en 1984 ! » s’alarme un ami.

nLe « mau­vais gé­nie » Ma­nuel Valls

De­puis le mi­lieu de la semaine pas­sée, la dé­ci­sion a donc été prise par le pré­sident, le Pre­mier mi­nistre et le pa­tron des dé­pu­tés PS, Bru­no Le Roux, d’apai­ser les choses en re­ti- rant la loi fa­mille du ca­len­drier par­le­men­taire de 2014. Fa­çon pu­dique de dire qu’elle est en­ter­rée.

Mais l’idée était d’at­tendre une quin­zaine de jours pour l’an­non­cer en dou­ceur. Pa­ta­tras…

Com­ment en est- on ar­ri­vé là ? A gauche, les re­gards cour­rou­cés se tournent vers le « mau­vais gé­nie » Ma­nuel Valls. En dé­cla­rant à grands coups de men­ton, hier ma­tin, que le gou­ver­ne­ment « s’op­po­se­rait » à tout amen­de­ment sur la GPA ( ges­ta­tion pour au­trui) et la PMA, il a certes dit le fond de la pen­sée pré­si­den­tielle. Mais l’homme, qui se voit dé­jà à Ma­ti­gnon, a aus­si grillé la po­li­tesse à Jean- Marc Ay­rault. « C’était as­sez cash » , eu­phé­misme un ami du Pre­mier mi­nistre, qui a dû jouer les pom­piers au­près des dé­pu­tés PS et Verts, ou­trés de l’ou­kase du « pre­mier flic de France » . « Il se prend pour qui ? » ful­mine un élu. Car cer­tains éco­lo­gistes et so­cia­listes comp­taient bien dé­po­ser un amen­de­ment PMA, même voué à l’échec.

Crai­gnant une sur­en­chère lors de la réunion des dé­pu­tés PS ce ma­tin, Hol­lande et Ay­rault ont donc pa­ré au plus pres­sé. Lors de leur dé­jeu­ner hier à l’Ely­sée, ils ont dé­ci­dé d’an­non­cer sans plus at­tendre le re­trait du texte fa­mille. Un coup bru­tal pour la mi­nistre Do­mi­nique Ber­ti­not­ti, aver­tie in ex­tre­mis. Tout ça pour ça ?

Le gou­ver­ne­ment, qui ne vou­lait pas di­vi­ser la gauche sur la PMA après avoir pié­gé l’UMP avec son vi­rage so­cial- dé­mo­crate, se re­trouve avec une ma­jo­ri­té dé­çue et en co­lère à qua­rante- sept jours des mu­ni­ci­pales. « Avec le PS, la droite est ca­jo­lée, le Me­def ad­mi­ré, l’Eglise choyée » , tacle Jean- Luc Mé­len­chon. Quant à Valls, le voi­là qui offre mal­gré lui une vic­toire sur le ter­rain des va­leurs à une « droite conser­va­trice et ré­ac­tion­naire » qu’il com­bat­tait en­core ce week- end…

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