9 h 31, les­ter­ro­ristes at­taquent l’As­sem­blée…

Hier­ma­tin, unas­saut­du GIG Na­mis­fin àu­ne­prise d’ ota­ges­contre les dé­pu­tés. Pour­de­faux heu­reu­se­ment. Ré­cit de­cet exer­cic egran­deur­na­ture.

Le Parisien (Paris) - - Politique - ÉRIC HACQUEMAND

« C’est bien la pre­mière fois que je serre la main d’un ter­ro­riste… » Il est 11 heures quand Claude Bar­to­lone, le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, quitte, tout sou­rire, l’hé­mi­cycle en sa­luant les fi­gu­rants. L’as­saut du GIGN, l’élite de la gen­dar­me­rie, vient de se ter­mi­ner. Un peu plus d’une heure plus tôt, de faux ter­ro­ristes avaient fait ir­rup­tion au Pa­lais- Bour­bon, his­toire de tes­ter la pré­pa­ra­tion des mi­li­taires. Bi­lan : deux pre­neurs d’otages tués, tous les dé­pu­tés li­bé­rés… et un exer­cice réus­si. nG­lock et pain de plas­tique Il est 9 heures, l’As­sem­blée s’éveille dou­ce­ment. A la bu­vette, c’est ba­guettes beur­rées et pe­tits ca­fés entre agents. L’ex- dé­pu­té UMP Re­naud Mu­se­lier dé­boule dans un cou­loir, mais il est bien le seul : au­cun par­le­men­taire à l’ho­ri­zon, nor­mal pour un lun­di ma­tin. Sauf que le por­tique de sé­cu­ri­té, à l’en­trée, se met à bi­per : on a es­sayé d’in­tro­duire dans les lieux un pistolet Glock en pièces dé­ta­chées ain­si qu’un pain de plas­tique… Les « ter­ro­ristes » , en re­vanche, ont réus­si à pas­ser une corde.

Dans l’hé­mi­cycle, une qua­ran­taine de dé­pu­tés ( en fait, des gen­darmes) ont pris place pour s’échar­per sur… le bud­get. Le faux Pierre Mos­co­vi­ci a vingt ans de moins. JeanF­ran­çois Co­pé porte un jean. Hen­ri Em­ma­nuel­li a le crâne ra­sé. Les prises de pa­role ont l’air très réelles : « Le rap­port est ca­tas­tro­phique pour 2012, on est en pleine ré­ces­sion ! » lance ain­si le faux Gilles Car­rez ( pré­sident UMP de la com­mis­sion des Fi­nances) quand, su­bi­te­ment, cinq ter­ro­ristes pé­nètrent dans l’hé­mi­cycle. Il est 9 h 31. « La ferme ! » lancent- ils aux par­le­men­taires en plein échange. « On a connu pire ici » , ri­cane un huis­sier, ha­bi­tué aux noms d’oiseau et aux hur­le­ments en séance. Un agent s’in­ter­pose, le voi­là à terre, bles­sé au tho­rax… d’un coup de cou­teau en plas­tique. « Le mi­nistre de l’In­té­rieur ou rien ! » La qua­ran­taine d’otages est ras­sem­blée sur les trois pre­miers bancs de l’hé­mi­cycle. Co­rinne Lu­quiens, fausse pré­si­dente mais vraie se­cré­taire gé­né­rale de l’As­sem­blée, tente une mé­dia­tion. Elle est vite rem­bar­rée : « Tai­sez­vous ! » lui or­donne un des cinq ter­ro­ristes. Un huis­sier de­mande une « sor­tie toi­lettes » . Sauf à fi­nir mis en joue, à ge­noux au pied du per­choir, c’est peine per­due. Le col­lec­tif sur­nom­mé avec hu­mour An­ti- tout a vi­si­ble­ment du mal à sup­por­ter la ré­cente hausse de la TVA. « Nous vou­lons stop­per l’aug­men­ta­tion du prix des den­rées de pre­mière né­ces­si­té » , ra­conte le scé­na­rio du jour. « Je veux par­ler au mi­nistre de l’In­té­rieur, per­sonne d’autre ! » s’énerve le chef des pre­neurs d’otages. Il n’y en a dé­ci­dé­ment que pour Ma­nuel Valls… « Ten­tez rien, si­non, j’en bute un ! » me­nace- t- il. Mais l’alerte a été don­née. En cou­lisses, l’as­saut se met en place… n10 h 40, l’as­saut fi­nal L’exa­men de la pro­po­si­tion de loi sur les comptes ban­caires, pré­vu dans la salle de la com­mis­sion des Fi­nances, a été re­por­té sine die. C’est dans cette pièce que le gé­né­ral Thier­ry Oros­co a ins­tal­lé son PC de crise. Dis­crè­te­ment, les ex­perts du GIGN ont pla­cé des mi­ni­ca­mé­ras dans les lam­pa­daires. La prise d’otages est re­trans­mise en di­rect. A l’écart, deux né­go­cia­teurs ont en­ta­mé les dis­cus­sions sous l’oeil at­ten­tif du pré­sident de l’As­sem­blée, Claude Bar­to­lone, ve­nu as­sis­ter à l’exer­cice du GIGN. « Bar­to aus­si, il sait né­go­cier… » glisse un par­ti­ci­pant, go­gue­nard.

Le troi­sième per­son­nage de l’Etat est le seul au­to­ri­sé à don­ner le feu vert pour l’as­saut. Par la gauche, la droite et le haut de l’hé­mi­cycle, une ving­taine d’hommes ca­gou­lés sur­gissent avec leur Fa­mas. Un coup de feu re­ten­tit, étouf­fé. Ac­ti­va­tion de la ma­chine à fu­mée et si­mu­lacre d’éli­mi­na­tion des ter­ro­ristes… l’ac­tion, qui fait deux morts vir­tuels, ne dure pas plus de trois mi­nutes. « Ça peut ar­ri­ver, af­firme Claude Bar­to­lone. Les sym­boles de la Ré­pu­blique at­tirent. Ja­mais je n’ai bais­sé les moyens al­loués à la sé­cu­ri­té des dé­pu­tés. »

La pré­fec­ture de po­lice vient d’ailleurs d’ap­pe­ler : les mi­li­tants de Greenpeace s’ap­prê­te­raient à me­ner une ac­tion. Sauf que, cette fois, l’alerte n’est pas une blague. « Ils ont bien choi­si leur jour » , sou­rit un gen­darme.

( LP/ Mat­thieu de Mar­ti­gnac.)

Pa­lais- Bour­bon, Pa­ris ( VIIe), hier ma­tin. Une cen­taine de gen­darmes ont réa­li­sé une si­mu­la­tion de prise d’otages à l’As­sem­blée na­tio­nale. Bi­lan de l’opé­ra­tion : deux ter­ro­ristes tués, tous les dé­pu­tés li­bé­rés… et un exer­cice réus­si.

( LP/ Mat­thieu de Mar­ti­gnac.)

Pa­lais- Bour­bon, pa­ris ( VIIe), hier ma­tin. Claude Bar­to­lone, le pré­sident de l’As­sem­blée, ici avec le gé­né­ral Oros­co, chef du GIGN, suit l’évo­lu­tion de la si­tua­tion de­puis le poste de com­man­de­ment des opé­ra­tions.

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