Re­tra­vailler aprè­sun cancer,

C’est unen­jeu­du plan Cancer, dé­voi­lé ce ma­tin : un­re­tour au tra­vail fa­ci­li­té pour les pa­tients.

Le Parisien (Paris) - - Société - CH­RIS­TINE MATEUS

Le plan Cancer ne se ré­sume plus à la seule prise en charge de la ma­la­die. La ré­in­té­gra­tion dans le monde pro­fes­sion­nel après le trai­te­ment est aus­si l’un de ses prin­ci­paux en­jeux. Un re­tour chez les ac­tifs sou­vent dif­fi­cile alors qu’il concerne de plus en plus de per­sonnes puisque le taux de gué­ri­son est en constante pro­gres­sion. Les chiffres parlent d’eux- mêmes : 67 % des ma­lades tou­chés par un cancer sont à leur poste deux ans après le diag­nos­tic et 8 sa­la­riés sur 10 re­tra­vaillent après la ma­la­die. Ni­ché dans la mai­son des pa­tients de l’Ins­ti­tut Cu­rie à SaintC­loud ( Hauts- deSeine), un ate­lier de coa­ching pro­fes­sion­nel pré­pare des femmes en ré­mis­sion à cette ren­trée au­tant at­ten­due que crainte. Une ex­pé­rience que les pro­fes­sion­nels de san­té ai­me­raient voir se dé­ve­lop­per grâce au plan Cancer.

Ce jour- là, elles sont six au­tour de Gé­ral­dine De­blaye, leur coach. Pen­dant quatre heures, elles vont se par­ler et an­ti­ci­per les dif­fi­cul­tés qu’elles se­ront ame­nées à ren­con­trer. Après huit mois d’ar­rêt pour lut­ter contre son cancer du sein, Lau­rence, cadre dans les res­sources hu­maines, s’ap­prête à re­trou­ver son bu­reau. « La cou­pure avec le tra­vail a été dure, souffle- telle, mais main­te­nant que la date de re­tour ap­proche, la ten­sion monte un peu. Je vais re­prendre à temps par­tiel, en dou­ceur. Ce mi­temps thé­ra­peu­tique est pré­vu pour au moins trois mois. Ce qui est cer­tain, c’est que je ne veux plus avoir la tête dans le gui­don… ou dans mon PC plu­tôt. Les contraintes fi­nan­cières existent, bien sûr, mais le tra­vail n’est plus toute ma vie » , té­moigne cette femme.

Ni­cole, tom­bée ma­lade en no­vembre 2012, la ras­sure. Elle qui a été la pre­mière du groupe à re­prendre son em­ploi, il y a quelques se­maines. « Tu es bien or­ga­ni­sée. Je pense que tu es prête » , lui sou­rit cette char­gée de re­la­tions clien­tèles. « Le pre­mier jour est ce­lui des re­trou­vailles, c’est après qu’il faut te­nir, pour­suit la coach. Vous toutes al­lez se­mer des pe­tits cailloux dans le monde de l’en­tre­prise. Et n’ou­bliez pas le ca­mem­bert ! » . Le ca­mem­bert ? Une as­tuce pour lais­ser une juste place à la vie pro­fes­sion­nelle, la vie per­son­nelle et au sa­cro- saint « temps pour soi » . « Le cancer est une ex­pé­rience vio­lente » , at­teste Mo­nique Sé­vel­lec, la psy­cho­so­cio­logue, à l’ini­tia­tive de cet ate­lier et chez qui passent d’abord les pa­tients avant le sui­vi d’un éven­tuel coa­ching. Car tous n’en ont pas be­soin. « Ils s’in­ter­rogent beau­coup : je ne suis plus celle ou ce­lui que j’étais avant mais qui suis- je au­jourd’hui ? Il y a beau­coup d’échec de la re­prise lorsque celle- ci n’est pas pré­pa­rée, s’en­suit par­fois une dé­pres­sion et c’est la double peine. »

Dans cet ate­lier, seules des femmes sont pré­sentes. Quid des hommes ? « Ils de­mandent peu à être sou­te­nus, constate Mo­nique Sé­vel­lec. Mais s’il y a des de­mandes, nous les ac­cueille­rons… »

Saint- Cloud ( Hauts- de- Seine). Un groupe de pa­tient as­siste à une séance de coa­ching pro­fes­sion­nel à l’Ins­ti­tut Cu­rie.

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