Le­fran­çais, un­must dans­le­sé­co­les­deNewYork

Dé­mo­dée, la langue de Mo­lière ? De­nom­breux Amé­ri­cains choi­sissent de faire ap­prendre le fran­çais à leurs en­fants.

Le Parisien (Paris) - - Société - NEW YORK ( ÉTATS- UNIS) De notre cor­res­pon­dante GÉ­RAL­DINE WOESSNER

« Je vais écrire oiseau, re­garde. » En un clin d’oeil, la pe­tite Vic­to­ria dis­pose sur la table ses cartes- al­pha­bet : o- i- s- e- a- u, puis s’em­pare de la pile et recommence en an­glais. B- i- r- d. Sur un grand ta­pis dis­po­sé de­vant la fe­nêtre, un autre groupe d’élèves s’en­traîne à la lec­ture. « Nous fai­sons de la pho­né­tique, ap­pre­nons des poèmes, ex­plique Va­lé­rie de Lhomme, maî­tresse ( fran­çaise) de cette classe de grande ma­ter­nelle. Ils connaissent dé­jà tous les sons et lisent dans les deux langues. Leur cer­veau marche tel­le­ment vite, c’est ex­tra­or­di­naire ! »

En­ta­mé en 2008, le pro­gramme bi­lingue de cette école pu­blique de l’ouest de Man­hat­tan ras­semble au­jourd’hui 170 élèves, as­treints à un pro­gramme ri­gou­reux : les cours sont dis­pen­sés à part égale en an­glais et en fran­çais. « C’est un dé­fi pour les fa­milles, sur­tout pour les pa­rents qui ne sont pas fran­co­phones, mais les élèves y ex­cellent et ce sont de très bonnes classes » , constate Ro­bin Sun­dick, di­rec­trice de l’éta­blis­se­ment. A New York, l’en­sei­gne­ment bi­lingue est de­ve­nu un must. Lan­cé en 2007 avec 24 élèves, le pro­gramme bi­lingue an­glais- fran­çais des écoles pu­bliques de New York at­teint dé­sor­mais plus de 1 000 éco­liers. Et la de­mande ex­plose.

troi­sième langue la plus po­pu­laire

nLa « De nom­breuses re­cherches montrent que les en­fants bi­lingues sont ca­pables d’ap­prendre des choses plus com­plexes. Ils pensent dif­fé­rem­ment, uti­lisent d’autres connexions… » Si les classes d’es­pa­gnol et de man­da­rin res­tent les plus po­pu­laires, le fran­çais ar­rive dé­sor­mais en troi­sième po­si­tion. « Parce que c’est la langue de l’élite, plai­sante — à peine — Adrienne Ber­man, jeune mère amé­ri­caine qui rêve de lan­cer, dans son quar­tier, un nou­veau pro­gramme.

« Dans les écoles pu­bliques où le ni­veau est moyen et qui sont sous­do­tées, l’en­sei­gne­ment du fran­çais per­met d’at­ti­rer une nou­velle po­pu­la­tion » , plus ai­sée, très in­ves­tie dans l’édu­ca­tion de ses en­fants. « Tout le monde y gagne. L’école a de meilleurs ré­sul­tats aux tests na­tio­naux et da­van­tage de fi­nan­ce­ments. Les fa­milles ob­tiennent le même ni­veau d’ex­cel­lence que dans des éta­blis­se­ments pri­vés qui coûtent 30 000 $ par an. » Le pro­gramme est of­fert au­jourd’hui dans huit écoles pu­bliques, deux autres le pro­po­se­ront à la ren­trée pro­chaine, et plu­sieurs groupes de pa­rents se sont for­més dans dif­fé­rents quar­tiers, à l’image de ce­lui d’Adrienne.

Ro­bin Sun­dick per­çoit un mou­ve­ment de fond, grâce à la com­mu­nau­té fran­çaise qui im­pulse le mou­ve­ment : « Le re­gard des New- Yor­kais sur l’école pu­blique est en train de chan­ger. De plus en plus de pa­rents ai­sés aban­donnent les écoles pri­vées pour re­joindre notre pro­gramme. » Car le prix n’est pas le seul fac­teur : les classes bi­lingues sont aus­si in­ter­na­tio­nales. « Nous avons des en­fants ori­gi­naires d’Afrique, des Ca­raïbes, d’Eu­rope, du Ca­na­da… Il se crée une com­mu­nau­té sti­mu­lante où cha­cun peut ap­prendre des autres. » Adrienne rêve de ce­la pour sa fille : « En s’ou­vrant à la culture fran­çaise, elle s’ou­vri­ra au monde. »

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