Le bourreau d’ Os­car der­rière les bar­reaux

Le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel a condam­né­hier àu­nande pri­son ferme le­jeu­ne­homme quia­vait bles­sé un­cha­to­nen le je­tant­contre un­mur. Ce­tac­te­cruel, pos­té­sur­leNet, avait­sus­ci­tél ’in­di­gna­tion.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - MAR­SEILLE ( BOUCHES- DU- RHÔNE) De notre cor­res­pon­dant MARC LERAS

« On est là pour le lyn­cher, au moins ver­ba­le­ment ! » Très re­mon­tés, plu­sieurs di­zaines de dé­fen­seurs des ani­maux ré­cla­mant « une peine exem­plaire » at­ten­daient, hier en fin d’après- mi­di, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Mar­seille ( Bouches- du- Rhône) la sor­tie de Fa­rid Ghi­las. Ils ne le ver­ront pas. Le jeune homme vient d’être condam­né à un an de pri­son pour avoir pro­je­té le cha­ton Os­car en l’air puis contre un mur. La scène, fil­mée et pos­tée sur son compte Fa­ce­book Fa­rid de la Mo­re­lette, avait en­traî­né son ar­res­ta­tion et, sur­tout, une in­di­gna­tion bien au- de­là de Mar­seille et de la France.

Après qua­rante- huit heures de garde à vue et une pre­mière nuit aux Bau­mettes, le je une homme de 24 ans, brun et maigre, dé­jà condam­né à sept re­prises no­tam­ment pour des faits de vio­lence, ne sem­blait pas per­ce­voir de­vant le tri­bu­nal le buzz pla­né­taire qu’est de­ve­nu son dé­lit de « sé­vices graves ou acte de cruau­té sur un ani­mal do­mes­tique » qui a fait le tour du Web de­puis ven­dre­di.

Lon­gue­ment in­ter­ro­gé en com­pa­ru­tion im­mé­diate par le pré­sident Mo­ha­med Maoua­chi, le pré­ve­nu, très mal à l’aise dans son tee- shirt rouge et les yeux bais­sés vers le sol, n’a pas réus­si à ex­pli­quer pour­quoi il s’en était pris à ce cha­ton de 5 mois dans sa ci­té de la Mau­re­lette, dans le XVe ar­ron­dis­se­ment de Mar­seille.

« Ça m’a pris, je l’ai ba­lan­cé, j’ai fait le con, je re­grette, je ne re­com­men­ce­rai plus » , a ré­pé­té ce ser­veur- cui­si­nier au chô­mage qui a nié avoir pos­té les vi­déos, sou­te­nant ne pas connaître le nom de ce­lui qui avait fil­mé la scène avec son por­table.

Le pré­sident Maoua­chi a lu à l’au­dience plu­sieurs cour­riers de dé­non­cia­tion d’in­ter­nautes du monde en­tier et a dif­fu­sé à la salle rem­plie de re­pré­sen­tants d’as­so­cia­tion de dé­fense des ani­maux les deux vi­déos.

« Ces faits ont ému beau­coup de monde, heu­reu­se­ment que les po­li­ciers vous ont ar­rê­té avant que d’autres, moins lé­gi­times, ne le fassent » , a pré­ci­sé le ma­gis­trat, fai­sant ré­fé­rence aux ap­pels à une jus­tice ex­pé­di­tive qui ont fleu­ri sur Internet.

Une di­zaine d’as­so­cia­tions de dé­fense de la cause ani­male, de la Fon­da­tion 30 Mil­lions d’amis à la SPA, se sont consti­tuées par­tie ci­vile. « Le monde en­tier at­tend une sanc­tion exem­plaire » , a mar­te­lé Me Serge Pau­tot, l’un des six avo­cats des as­so­cia­tions.

Mal­gré l’ab­sence d’ex­per­tise psy­chia­trique, le sub­sti­tut du pro­cu­reur, Em­ma­nuel Mer­lin, a dé­non­cé une « per­ver­si­té sa­dique et gra­tuite qui a ré­vul­sé la terre en­tière » . Il a ré­cla­mé une peine d’un an ferme. Le ma­gis­trat a été sui­vi par le tri­bu­nal, mal­gré les mises en garde contre « une jus­tice sous pres­sion mé­dia­tique » de l’avo­cate de Fa­rid Ghi­las, Me So­phie Sa­vaïdes.

« C’est une pre­mière et une grande sa­tis­fac­tion ! Il fal­lait cette peine pour mar­quer le coup » , se ré­jouis­sait après l’au­dience An­dy Sal­via­no, pré­si­dente de la SPA Mar­seille- Pro­vence : « Des ani­maux mal­trai­tés ou mar­ty­ri­sés, on en re­çoit en per­ma­nence, j’es­père que ça va faire ré­flé­chir. »

Le chat Os­car, en conva­les­cence dans un re­fuge mar­seillais, doit être opé­ré de ses frac­tures dans les pro­chains jours avant de ren­trer chez ses maîtres.

Son tor­tion­naire, lui, dé­sor­mais in­ter­dit de pos­sé­der un ani­mal, a re­joint le four­gon cel­lu­laire par une porte dé­ro­bée pour échap­per à la foule qui a pris à par­tie ses proches. Sor­tie du tri­bu­nal sous les huées et les in­sultes, Fa­ti­ma, une amie de la mère de Fa­rid, se dé­so­lait de la si­tua­tion. « Toute sa fa­mille sait que ce n’est pas bien ce qu’il a fait, sa mère, qui l’a éle­vé seule, et sa soeur sont très mal­heu­reuses » , ex­plique- t- elle. « Il était saoul ce jour- là. Il n’est pas mé­chant, mais il a tou­jours eu des pro­blèmes psy­cho­lo­giques. »

Mar­seille ( Bouches- du- Rhône), hier.

De­vant le tri­bu­nal, des dé­fen­seurs des droits des ani­maux ré­cla­maient qu’une peine ferme soit pro­non­cée à l’en­contre de Fa­rid Ghi­las.

( PhotoPQR/ « la Pro­vence » / Va­lé­rie Vrei et DR.)

( AP/ Claude Pa­ris.)

Mar­seille, Hier. Os­car, le cha­ton mal­trai­té, doit être opé­ré de ses frac­tures dans les jours qui viennent.

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