La re­crue qui ve­nait du froid

Le Parisien (Paris) - - Sports Ile- De- France - LAURENT PRUNETA

De Tar­tu, ville de 100 000 ha­bi­tants si­tuée au sud de la ca­pi­tale es­to­nienne Tal­linn, à Saint-Phil­bert- sur- Risle, pe­tit vil­lage de 800 ha­bi­tants dans l’Eure où il ré­side dé­sor­mais, le che­min d’Alo Ja­kin a été par­se­mé de dé­cou­vertes et d’em­bûches. Mais la nou­velle re­crue de BigMat- Au­ber 93 ( 27 ans), contraint à l’aban­don di­manche lors du GP La Mar­seillaise après avoir chu­té, es­time que « c’était le prix à payer » . « J’ai long­temps joué au foot jus­qu’à 16 ans mais j’ai dé­cou­vert le vé­lo grâce à un ami, ça m’a tout de suite plu, même si ce n’est pas un sport très dé­ve­lop­pé chez nous. Pour un Es­to­nien qui veut faire car­rière, ve­nir en France est un peu un pas­sage obli­gé » , re­con­naît ce­lui qui passe neuf mois de l’an­née en France et trois mois en Es­to­nie, non loin de la Fin­lande, où il aime pê­cher et faire de longues ba­lades dans la na­ture.

Sa fian­cée, la jo­lie Kärt, étu­diante en phar­ma­cie, vit tou­jours à Tar­tu. « C’est dif­fi­cile d’être sé­pa­rés mais on n’a pas le choix » , sou­pire- t- il dans un fran­çais très cor­rect. Dis­cret, sou­vent en re­trait Alo dit pour­tant « s’être bien in­té­gré dans l’équipe » et est dé­sor­mais ha­bi­tué aux blagues sur son pré­nom…

« C’est quel­qu’un de tou­jours sou­riant mais comme beau­coup de Baltes, il n’est pas très ex­pan­sif, re­con­naît le ma­na­geur de BigMat, Sté­phane Ja­va­let. Il ne se plaint ja­mais, ce que j’en­tends le plus chez lui c’est ça va. » Comme Jaan Kir­si­puu, l’an­cien Maillot jaune et vain­queur d’étapes sur le Tour de France, qui l’a conseillé au dé­but de sa car­rière, Kan­gert, Man­dri ou Taa­ramäe avant lui, Alo Ja­kin a donc ba­taillé pour ten­ter de se faire un nom dans les courses ama­teurs fran­çaises. Il a dû pa­tien­ter six ans, pas­sés dans trois équipes de trois ré­gions dif­fé­rentes ( Char­vieu-Cha­va­gnieux Isère, Ville­neuve St Ger­main Sois­sons Aisne, Rouen VC 76) pour en­fin ob­te­nir un contrat pro­fes­sion­nel. « A mon âge, si­gner chez BigMat était un peu ma der­niè-

J’aime cette vie” Alo Ja­kin, cou­reur es­to­nien de l’équipe BigMat Au­ber 93

re chance » , avoue ce­lui qui est en­traî­né par son com­pa­triote An­drus Aug, l’an­cien sprin­teur de la Fas­sa Bor­to­lo. Avec six suc­cès dont une étape à la Ronde de l’Oise ( avec les pros) et une manche de la Coupe de France de DN 1, il avait fait le né­ces­saire pour mar­quer les es­prits

. « Quand on s’est pen­ché sur les ré­sul­tats ama­teurs, on a re­mar­qué sa grande ré­gu­la­ri­té, ex­plique Ja­va­let. C’est un bel ath­lète, un vrai rou­leur, chez lui pas grand- chose ne bouge quand il pé­dale. On s’est ren­sei­gné, no­tam­ment au­près de Re­né ( Man­dri) et on a vu que ce n’était pas un tor­du ( sic). »

Les res­pon­sables de la fé­dé­ra­tion es­to­nienne misent beau­coup d’es­poirs sur Alo. En sep­tembre, ils l’avaient ain­si re­te­nu, mal­gré son sta­tut d’amateur, pour l’épreuve pro­fes­sion­nelle des Cham­pion­nats du monde à Flo­rence ( Ita­lie) au cô­té de Ta­nel Kan­gert ( Astana). « C’était ex­tra­or­di­naire de me re­trou­ver au mi- lieu des stars du pe­lo­ton, re­con­naî­til. Mal­heu­reu­se­ment, j’ai chu­té et dû aban­don­ner. Mais je me suis ren­du compte que j’avais par­cou­ru un jo­li che­min de­puis 2008 quand j’ai dé­bar­qué en France. Pas­ser pro était un ob­jec­tif, mais ce n’est qu’une pre­mière étape. Je peux être en­core meilleur. J’aime cette vie et j’es­père là conti­nuer le plus long­temps pos­sible. » Même loin de Tar­tu.

( Cé­dric Le­cocq.)

Au­ber­vil­liers, mar­di L’Es­to­nien Alo Ja­kin vient de la loin­taine Eu­rope du Nord pour se faire un nom sur les courses fran­çaises avec sa nou­velle équipe BigMat- Au­ber 93.

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