Ilé­tai­tu­ne­fois… Mor­ri­cone

Concert. Le­maes­tro­de­la­mu­si­que­de­films, qui­si­gna­no­tam­mentles chefs- d'oeu­vre­deSer­gioLeo­ne­se­ra­ce­soiràBer­cy. Tou­jour­saus­siexi­geant.

Le Parisien (Paris) - - Loisirsetspectacles - ERIC BU­REAU

On ne l’ap­pelle pas « maes­tro » par ha­sard. C’est En­nio Mor­ri­cone qui mène la danse, à la ba­guette. Alors qu’il pour­rait cou­ler des jours tran­quilles à Rome, en feuille­tant le livre d’or de ses 550 oeuvres, dont 450 mu­siques de films, le plus cé­lèbre com­po­si­teur et chef d’or­chestre contem­po­rain pré­fère em­bar­quer dans une der­nière tour­née mon­diale et fê­ter son 85e an­ni­ver­saire sur scène, avec choeurs et grand or­chestre. Dans l’arène de Ber­cy, ce soir, comme dans celles de Nîmes, le 5 juillet, ces évé­ne­ments pro­mettent d’être in­ou­bliables. Comme son der­nier concert pa­ri­sien, il y a onze ans.

Pour plaire à ses afi­cio­na­dos, En­nio Mor­ri­cone joue­ra les thèmes qui ont ren­du my­thique son duo avec le pape du « wes­tern spa­ghet­ti » et ami d’en­fance, Ser­gio Leone. Mais il est fa­ti­gué qu’on ré­sume son oeuvre à leurs six films, alors qu’il a écrit tant d’autres in­con­tour­nables et ex­pé­ri­men­té tant de sons. D’ailleurs quand on lui montre, hier soir à Pa­ris, la com­pi­la­tion réa­li­sée par Uni­ver­sal pour son an­ni­ver­saire — pour l’in­té­grale, on re­pas­se­ra —, il est d’abord sur ses gardes.

Si je fai­sais tou­jours la même chose, je me ti­re­rais

une balle”

« Amo­na­vis, ce n’est que du ba­var­dage. Dites- moi ce qu’il y a des­sus. » On lui cite « Mis­sion » , « Peur sur la ville » , « les In­cor­rup­tibles » , « Cinema Pa­ra­di­so » , mais aus­si « Here’s to You » chan­té par Joan Baez, Gé­rard De­par­dieu in­ter­pré­tant le thème de « Ri­cor­dare » — « Pas un grand chan­teur, mais un grand co­mé­dien qui chante juste » , com­mente « Il maes­tro » , pour qui la voix « est le plus bel ins­tru­ment, le plus concret et vrai » .

« C’est un bon disque » , tranche Mor­ri­cone, grand sei­gneur, es­ti­mant qu’il montre la di­ver­si­té des genres pour les­quels il a écrit, de la scien­ce­fic­tion à la co­mé­die, de la fresque épi- que à la sé­rie ro­man­tique pour la té­lé. « Si je fai­sais tou­jours la même chose, je me ti­re­rais une balle, sou­rit- il en fai­sant le geste. Je ne suis pas un spé­cia­liste du wes­tern. Ma spé­cia­li­té, c’est écrire de la mu­sique. Et j’ai ai­mé tra­vailler avec tous ces réa­li­sa­teurs, sur­tout Tor­na­tore, Mon­tal­do et Leone. Car plus on fait de films, plus on est amis, plus on s’amé­liore. » Dans la plu­part des cas, il a écrit les thèmes sans voir les images. « C’est la meilleure for­mule, car il faut du temps à un met­teur en scène pour qu’il com­prenne la mu­sique. Je leur laisse beau­coup de li­ber­té, mais si j’at­tends la fin du tour­nage, ils ont dé­jà une mé­lo­die en tête. Et fi­nie la li­ber­té. »

Un jé­suite m'a de­man­dé si je pou­vais écrire

une messe”

In­sa­tiable tra­vailleur, il tient à son hy­giène de vie, se lève à 4 heures tous les ma­tins pour faire de la gym. Il vient d’ache­ver une messe, sa pre­mière. « Ma femme me le ré­cla­mait de­puis des an­nées, avoue- t- il. Et un jour, alors que je me pro­me­nais à Rome, un jé­suite m’a de­man­dé si je pou­vais écrire une messe pour le 200e an­ni­ver­saire de la re­com­po­si­tion de la Com­pa­gnie de Jé­sus. L’his­toire des jé­suites, dis­per­sés par le Va­ti­can, coïn­cide in­croya­ble­ment avec celle des In­diens ra­con­tée dans Mis­sion. J’es­père qu’elle se­ra jouée cette an­née. »

Au­tant dire que les mul­tiples hom­mages que lui rendent les groupes de mu­sique pro­fane, voire dia­bo­lique, tel Me­tal­li­ca en­trant in­va­ria­ble­ment sur scène sur la mu­sique du « Bon, la Brute et le Truand » le laissent un peu de marbre. « Ils sont gra­cieux, mi­gnons. Ce­la ne me dé­plaît pas du tout. » De là à col­la­bo­rer avec eux… « Je tra­vaille pour moi- même, pas pour d’autres. » « L’Es­sen­tiel de En­nio Mor­ri­cone » , Uni­ver­sal, 2 CD, 17,99 €; en concert ce soir à Pa­ris- Ber­cy ( com­plet), le 5 juillet aux Arènes de Nîmes.

( LP/ Phi­lippe La­vieille.)

Hô­tel Scribe ( Pa­ris IXe), hier. En­nio Mor­ri­cone va fê­ter son 85e an­ni­ver­saire sur scène, avec choeurs et grand or­chestre ce soir à Pa­ris- Ber­cy.

( Lu­ca Bia­monte.)

« Cinema Pa­ra­di­so » avec Phi­lippe Noi­ret.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.