« Un sentiment pro­fond d’échec et de honte »

Oli­vier Torres, créa­teur del’ Ob­ser­va­toire de las an­té des di­ri­geants de PME

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - Pro­pos re­cueillis par E. M.

Fon­da­teur de la chaire de san­té des di­ri­geants d’en­tre­prise à l’uni­ver­si­té Mont­pel­lier- I, Oli­vier Torres a di­ri­gé un ou­vrage col­lec­tif sur le su­jet*. Se­lon vous, un à deux pe­tits pa­trons se sui­cident chaque jour. Com­ment ob­te­nez- vous ce chiffre ? OLI­VIER TORRES. Il n’existe pas de chiffres of­fi­ciels sur les sui­cides au tra­vail. Il est dif­fi­cile d’éta­blir si une per­sonne a mis fin à ses jours pour des rai­sons fa­mi­liales, amou­reuses ou pro­fes­sion­nelles. J’ai fait un cal­cul par rap­port aux taux de sui­cides au Ja­pon com­pa­rable à ce­lui de la France : 30 000 morts par an sur une po­pu­la­tion de 130 mil­lions au Ja­pon contre 10 000 à 12 000 en France sur 60 mil­lions. Quand on sait que huit pa­trons se sui­cident par jour au pays du So­leil le­vant, j’ai es­ti­mé, en com­pa­rai­son, qu’ils étaient un à deux en France au lieu de quatre, car il y a un peu moins de PME sous- trai­tantes dans notre pays. Ce su­jet est- il ta­bou chez les pe­tits pa­trons ? Ef­fec­ti­ve­ment, on parle peu de la souf­france pa­tro­nale. Les chefs d’en­tre­prise eux- mêmes n’évoquent pas leurs dif­fi­cul­tés. Ils se per­çoivent comme des lea­ders. Le jour où ils perdent le contrôle, ils dé­ve­loppent un sentiment pro­fond d’échec et de honte. Au tri­bu­nal de com­merce, ils se sentent ju­gés comme des hors- la- loi. Com­ment re­pé­rer les chefs d’en­tre­prise en dé­tresse ? Il faut être at­ten­tif aux pa­trons qui perdent l’es­time d’eux- mêmes. Quand ils com­mencent à dire qu’ils n’ont pas de va­leur, qu’ils se sentent seuls, fa­ti­gués et sur­tout usés par la sur­charge de tra­vail. Y a- t- il des ca­té­go­ries de mé­tiers plus tou­chées que d’autres ? Je n’ai pas de ré­ponse. Je sais qu’il y a beau­coup de sui­cides chez les avo­cats et les mé­de­cins. Pour­quoi des pa­trons passent- ils à l’acte et pas d’autres ? Cer­tains sur­montent la si­tua­tion, re- bon­dissent, trouvent du ré­con­fort au­près de leur en­tou­rage. D’autres s’isolent, se murent dans le si­lence. Un autre fac­teur entre en jeu, ce­lui du li­cen­cie­ment des sa­la­riés. Pour les chefs d’en­tre­prise, c’est l’une des dé­ci­sions les plus trau­ma­tiques à prendre. Ils se sentent cou­pables de ne pas avoir sau­vé leurs em­ployés. Ce­la les rend fou.

Ils se sentent cou­pables de ne pas avoir sau­vé leurs em­ployés”

( DR.)

Oli­vier Torres.

* « La San­té du di­ri­geant : de la souf­france pa­tro­nale à l’en­tre­pre­neu­riat

sa­lu­taire » , sous la di­rec­tion

d’Oli­vier Torres, 224 pages, juin 2012,

21 €

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.