« Il n’avait rien dit de son ma­laise »

Fan­ny Ga­me­lin, fille d’un chef d’en­tre­prise qui a mis fin à ses jours

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - Pro­pos re­cueillis par E. M.

Le 23 dé­cembre 2008, quinze jours après le pla­ce­ment en re­dres­se­ment ju­di­ciaire de sa so­cié­té, Joël Ga­me­lin, 55 ans, pa­tron des chan­tiers na­vals du­mê­me­nom à La Ro­chelle ( Cha­rente- Ma­ri­time), s’est sui­ci­dé. « Par­don­nez- moi de ne pas avoir pu sau­ver l’en­tre­prise » , a- til écrit. Après sa mort, Fan­ny, sa fille, 23 ans à l’époque, dé­cide de lan­cer un ap­pel aux dons pour sau­ver les 120 sa­la­riés de l’en­tre­prise fon­dée en 1983. La jeune femme re­vient au­jourd’hui sur ce drame. Aviez- vous conscience de la dé­tresse de votre père ? FAN­NY GA­ME­LIN. Pas du tout. Son sui­cide a été un choc im­mense. C’était un bat­tant, un homme fier de ce qu’il avait bâ­ti. C’est vrai, il était amai­gri et sou­cieux. Il avait des sou­cis avec des contrats mais il n’en avait rien lais­sé pa­raître. Il n’avait rien dit de son ma­laise. Com­ment avez- vous ré­agi ? Le jour même de son décès, mon père m’a avoué qu’il lui man­quait 200 000 €. Ses pro­pos étaient confus. L’après- mi­di, je cher­chais des so­lu­tions pour l’ai­der quand j’ai ap­pris son sui­cide. Je suis res­tée trois jours dans mon lit. Puis ma pe­tite soeur m’a dit que pa­pa ne se­rait pas content de me voir en­fer­mée dans ma chambre. J’ai lan­cé un ap­pel aux dons sur Fa­ce­book. Grâce aux do­na­teurs, on a ré­col­té les 200 000 €. On a pu payer un mois de sa­laire à une cen­taine de sa­la­riés en at­ten­dant que la dé­ci­sion de la cour d’ap­pel va­lide la re­prise des chan­tiers na­vals de La Ro­chelle par leur concur­rent Ocea et le site de Saint- Ma­lo par le chan­tier bou­lon­nais So­ca­re­nam en 2009. En­vi­ron 80 em­plois ont été sau­vés. J’en suis très fière. Com­pre­nez- vous son geste ? Plus ou moins. J’ima­gine que le sui­cide était sa seule so­lu­tion mais mes soeurs et moi n’au­rons ja­mais de ré­ponse. Il nous a lais­sé une lettre di­sant qu’il se­rait tou­jours dans nos pen­sées mais sans ex­pli­quer son geste. A l’époque, j’étais très en co­lère, puis j’ai long­temps été dans le dé­ni et en­fin dans l’ac­cep­ta­tion.

Saintes ( Cha­rente- Ma­ri­time), ven­dre­di. Au sein du tri­bu­nal de com­merce, Marc Bin­nié ( à gauche), gref­fier, et Jean- Luc Douillard ( ci- des­sous), psy­cho­logue, ont mis en place une cel­lule d’aide psy­cho­lo­gique in­édite. Avec pour ob­jec­tif d’épau­ler les chefs d’en­tre­prise en dif­fi­cul­té à sur­mon­ter leur dé­tresse. ( LP/ Phi­lippe de Poul­pî­quet.)

La Ro­chelle ( Cha­ren­teMa­ri­time), hier. Joël Ga­me­lin, le père de Fan­ny, s’est sui­ci­dé fin 2008, quinze jours après le pla­ce­ment en re­dres­se­ment ju­di­ciaire de sa so­cié­té.

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