Au tri­bu­nal, des psys àl’ é coute

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - SAINTES ( CHA­RENTE- MA­RI­TIME) De nos en­voyés spé­ciaux EL­SA MA­RI

Ven­dre­di, 14 heures. Pas d’au­dience au­jourd’hui. Pour­tant, Marc Bin­nié, 51 ans, gref­fier au tri­bu­nal de com­merce de Saintes, en Cha­rente- Ma­ri­time, est dé­bor­dé. De­puis quatre mois, cet homme éner­gique a mis en place un dis­po­si­tif de pré­ven­tion du sui­cide, une ini­tia­tive bé­né­vole et in­édite en France. De­puis sep­tembre 2013, 21 com­mer­çants et ar­ti­sans en dé­tresse bé­né­fi­cient de cinq séances d’ana­lyse gra­tuite avec l’un des douze psy­cho­logues du pro­gramme.

Ob­jec­tif : désa­mor­cer la crise sui­ci­daire ou, s’il est trop tard, prendre en charge les fa­milles en­deuillées. « Ce pro­blème, dont per­sonne ne parle, prend une am­pleur in­quié­tante avec la crise éco­no­mique » , af­firme Marc, qui se sou­vient de ces au­diences où des chefs d’en­tre­prise s’ef­fondrent. Dé­pôt de bi­lan, li­qui­da­tion ju­di­ciaire, faillite. C’est gé­né­ra­le­ment à ce mo­ment- là que les pe­tits pa­trons confient aux juges consu­laires leur vo­lon­té d’en fi­nir.

Face à la mul­ti­pli­ca­tion des ten­ta­tives de sui­cide, Marc a dé­ci­dé de ré­agir. Avec Jean- Luc Douillard, psy­cho­logue en­ga­gé de 46 ans, ils ont tra­vaillé pen­dant un an et de­mi pour créer cette cel­lule qui a re­çu im­mé­dia­te­ment l’aval du pré­sident du tri­bu­nal, Ro­land Te­vels. « Nous avions seule­ment des ré­ponses ju­ri­diques et un peu de com­pas­sion à leur of­frir, ex­plique ce der­nier, il fal­lait faire quelque chose. »

Les juges des tri­bu­naux de com­merce, élus par leurs pairs, sont d’au­tant plus at­ten­tifs au déses­poir des pa­trons qu’ils sont aus­si chefs d’en­tre­prise. « Ma so­cié­té a connu des mo­ments ex­trê­me­ment dif­fi­ci- les » , re­con­naît le pré­sident Te­vels, an­cien chocolatier à la re­traite.

Com­ment fonc­tionne la fa­meuse cel­lule ? Lorsque les pa­trons, rui­nés, ex­priment leur dé­tresse à la fin des au­diences, les juges, man­da­taires et gref­fiers, qui ont re­çu une for­ma­tion, leur pro­posent de ren­trer dans le dis­po­si­tif. « On leur dit, ça va être dur mais on va vous ai­der ! » as­sure Marc. Une chaîne hu­maine se met alors en place. Le tri­bu­nal pro­pose aux per­sonnes en crise sui­ci­daire d’être ai­dées. Si elles ac­ceptent, les pro­fes­sion­nels ré­digent une fiche alerte qu’ils trans­mettent à l’in­fir­mière, Na­tha­lie De­la­barre. Elle se charge alors de contac­ter l’un des psy­cho­logues pour prendre ren­dez- vous.

Le tra­vail d’ac­com­pa­gne­ment a en­suite lieu dans l’intimité du ca­bi­net mé­di­cal. Contac­tée, la CGPME, qui re­pré­sente les pe­tites et moyennes en­tre­prises, a ré­pon­du « ne pas avoir d’élé­ments suf­fi­sants » pour prendre po­si­tion sur la souf­france psy­cho­lo­gique que doivent af­fron­ter cer­tains pa­trons. Les pro­fes­sion­nels du tri­bu­nal de com­merce de Saintes ont, eux, une idée : conti­nuer de se mo­bi­li­ser. Le psy­cho­logue, Jean- Luc, leur ré­pète d’ailleurs : « Vous êtes des sen­ti­nelles. N’ayez pas peur de par­ler de sui­cide. Au contraire, ça li­bère la pa­role. »

N’ayez pas peur de par­ler du sui­cide, ça li­bère la pa­role”

Jean- Luc Douillard, psy­cho­logue

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