Valls, la crise de crois­sance

Cri­ti­qué dans son camp après la tem­pête pro­vo­quée par le re­port du pro­jet de loi sur la fa­mille, le mi­nistre del’ In­té­rieur— qui res­tele plus po­pu­laire à gauche— tra­verse une passe dif­fi­cile.

Le Parisien (Paris) - - Politique - NA­THA­LIE SCHUCK

Une simple mau­vaise passe ? Après vingt mois d’as­cen­sion ful­gu­rante, voi­là la fu­sée Ma­nuel Valls qui tra­verse un trou d’air dans l’at­mo­sphère. Lun­di, un nou­veau son­dage Har­ris In­ter­ac­tive le don­nait en nette baisse de 9 points, à 48 %, même s’il reste la per­son­na­li­té la plus po­pu­laire à gauche. Mi- jan­vier, il tré­bu­chait dé­jà de 7 points, à 61 % se­lon l’Ifop, et de 6 points, à 53 %, chez Ip­sos. La fin d’un long état de grâce, qui le voit perdre des plumes à gauche, mais sur­tout à droite. De quoi ré­jouir ses dé­trac­teurs, pour qui il n’est qu’une « bau­druche mé­dia­tique et son­da­gière » . Et de quoi rendre le bouillant Ca­ta­lan « un brin ner­veux » , aux dires de cer­tains de ses amis.

Valls paie d’abord cash son duel hy­per­mé­dia­ti­sé avec Dieu­don­né. « Très fier » d’avoir ga­gné sur le plan ju­di­ciaire, il est conscient d’avoir « don­né le sentiment, à tort, qu’on ne s’oc­cu­pait pas des vrais pro­blèmes » . Mais, ces der­nières se­maines, il a aus­si es­suyé quelques coups.

Quel est son ho­ri­zon, Ma­ti­gnon ou… l’Ely­sée 2017 ?”

Un proche de Fran­çois Hol­lande

Un pi­lier du PS ré­sume, sans gants : « Il est un peu grog­gy parce qu’il était à 3 m de Ma­ti­gnon avant Noël et qu’il a re­cu­lé de quelques ki­lo­mètres. Lui et sa femme avaient joué la carte Trier­wei­ler. Il s’est moyen­ne­ment débrouillé sur Dieu­don­né. Et ses chiffres sé­cu­ri­té ne sont pas bons. »

Cou­rir pour ne pas tom­ber ? Face à cette pe­tite alerte, l’homme pres­sé passe la dé­mul­ti­pliée en sa­tu­rant le ter­rain mé­dia­tique : pas un jour sans une in­ter­ven­tion ou une sor­tie élec­to­rale. De­main soir, il se­ra l’in­vi­té ve­dette de l’émis­sion « Des pa­roles et des actes » , sur France 2, face au vi­ce­pré­sident du FN, Flo­rian Phi­lip­pot. Ce se­ra l’oc­ca­sion de ci­se­ler sa nou­velle pos­ture de pre­mier rem­part ré­pu­bli­cain de la gauche face à un cli­mat digne, se­lon lui, des an­nées 1930. « Il a be­soin de gau­chir son image, au cas où les plats re­pas­se­raient après les élec­tions » , ré­sume un élu. Sur­tout si le FN fait un car­ton aux eu­ro­péennes. Hol­lande, qui a be­soin de cette carte maî­tresse et lui sait gré d’avoir été très pré­sent à ses cô­tés dans la crise « Clo­ser » , ob­serve, jauge, hé­site : Valls à Ma­ti­gnon, pour­quoi pas ? Mais avec quelle ma­jo­ri­té pour gou­ver­ner ? « C’est toute la ques­tion » , dé­crypte un vieil ami du pré­sident, qui trouve Valls un peu seul à gauche. Fin stra­tège, l’homme de Beau­vau a noué un gentlemen’s agree­ment avec deux mi­nistres de l’aile gauche, Ar­naud Mon­te­bourg et Be­noît Ha­mon. Las : beau­coup ont mis le pa­ta­quès de lun­di sur la loi fa­mille, ran­gée dans les car­tons, sur son dos. Son crime ? Avoir pro­vo­qué une bron­ca dans la ma­jo­ri­té en in­ter­di­sant tout amen­de­ment PMA ( pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée). « Il veut tou­jours ga­gner les ar­bi­trages, mon­trer que le vrai Pre­mier mi­nistre c’est lui, et il tombe dans le piège : il di­vise son camp et se met en dif­fi­cul­té » , dé­plore un élu.

C’est aus­si là que le bât blesse. Dans la garde rap­pro­chée du pré­sident, Valls in­trigue, voire in­quiète, mal­gré ses as­sauts de loyau­té. « Quel est son ho­ri­zon, Ma­ti­gnon ou… l’Ely­sée 2017 ? » s’in­ter­roge l’un. Sous cou­vert d’ano­ny­mat, les mêmes soufflent qu’il a joué plu­sieurs fois les pom­piers py­ro­manes, au risque de faire par­tir tout le gou­ver­ne­ment en flammes. Et de ci­ter l’af­faire Leo­nar­da, quand il avait me­na­cé de dé­mis­sion­ner, obli­geant Hol­lande à mon­ter en pre­mière ligne. Ou l’af­faire Dieu­don­né, qui au­rait pu faire perdre la face à tout le gou­ver­ne­ment. Bref, à force d’ac­cé­lé­rer, le bo­lide Valls frô­le­rait par­fois l’em­bar­dée.

( LP/ Oli­vier Cor­san.)

As­sem­blée na­tio­nale ( Pa­ris VIIe), hier. Ma­nuel Valls, ici de­vant Do­mi­nique Ber­ti­not­ti, la mi­nistre de la Fa­mille, a pro­vo­qué une bron­ca dans la ma­jo­ri­té en in­ter­di­sant tout amen­de­ment PMA dans la loi sur la fa­mille.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.