« Tout re­dé­marre à Ban­gui »

Deux­mois après le dé­but de l’opé­ra­tion mi­li­taire en Cen­tra­frique, l’am­bas­sa­deur de France en dresse un pre­mier bi­lan as­sez­po­si­tif, mal­gré la pour suite des exac­tions.

Le Parisien (Paris) - - Politique - Pro­pos re­cueillis par AVA DJAMSHIDI ET FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

Al’aé­ro­port de Ban­gui, le camp de ré­fu­giés ne désem­plit pas ( entre 50 000 et 100 000 per­sonnes), tan­dis que les po­pu­la­tions mu­sul­manes conti­nuent d’être tra­quées par la ma­jo­ri­té chré­tienne. L’ONU a an­non­cé, hier, le lan­ce­ment d’un pont aé­rien sur la ca­pi­tale, face au manque de nour­ri­ture dans le pays pour les cen­taines de mil­liers de dé­pla­cés des vio­lences in­ter­re­li­gieuses. A Pa­ris, l’As­sem­blée na­tio­nale se pro­non­ce­ra par un vote le 26 fé­vrier sur une pro­lon­ga­tion de l’in­ter­ven­tion mi­li­taire San­ga­ris, lan­cée le 5 dé­cembre. Ar­ri­vé en même temps que les sol­dats ( qui sont ac­tuel­le­ment 1 600), l’am­bas­sa­deur de France, Charles Ma­li­nas, es­time tou­te­fois que le pays est sur la bonne voie. En deux mois, qu’est ce qui a chan­gé en Cen­tra­frique ? CHARLES MA­LI­NAS. La si­tua­tion sé­cu­ri­taire. Lorsque je suis ar­ri­vé, nous ve­nions de vivre trois jours de vio­lences in­tenses qui ont en­traî­né la mort de cen­taines de per­sonnes. L’opé­ra­tion San­ga­ris et la Mis­ca ( NDLR : la force afri­caine de l’ONU) ont per­mis de ré­ta­blir à Ban­gui un cli­mat de plus en plus apai­sé. Il y a en­core des exac­tions, mais la vie a re­pris son cours dans la ca­pi­tale et ce­la se voit au quo­ti­dien. Dé­but dé­cembre, il n’y avait pas un ma­ga­sin ouvert, pas de taxi, au­cun trans­port, au­cune mar­chan­dise en cir­cu­la­tion. Au­jourd’hui, tout re­dé­marre à Ban­gui. La France n’a- t- elle pas sous- es­ti­mé la haine entre les com­mu­nau­tés ? Non, je ne crois pas. On sa­vait que la si­tua­tion était ex­trê­me­ment grave, rai­son pour la­quelle nous avons dé­ci­dé le dé­ploie­ment d’une force mi­li­taire pour em­pê­cher les mas­sacres à grande échelle. Mais, c’est vrai, il y a au­jourd’hui un phé­no­mène in­quié­tant avec des po­pu­la­tions mu­sul­manes qui craignent les re­pré­sailles et se dé­placent. Notre mis­sion est de les pro­té­ger, no­tam­ment dans l’ouest du pays où elles sont mi­no­ri­taires. Deux forces agissent de ma­nière dif­fé­rente. Les Sé­lé­ka ( NDLR : ex- re­belles mu­sul­mans), des combattants qui dis­posent d’un ar­me­ment as­sez so­phis­ti­qué ( fu­sils- mi­trailleurs, mi­trailleuses lourdes, lance- ro­quettes). Et les an­ti­ba­la­kas ( mi­lices chré­tiennes), da­van­tage dis­sé­mi­nés, qui pos­sèdent des armes blanches et des armes à feu ru­di­men­taires. Et dé­sor­mais, nous avons aus­si af­faire à des groupes de pillards, des ban­dits qui pro­fitent de la si­tua­tion.

Le risque d’af­fron­te­ment

entre les com­mu­nau­tés existe tou­jours” Charles Ma­li­nas, am­bas­sa­deur

de France en Cen­tra­frique

Tous les jours il y a en­core des di­zaines de morts… ABan­gui, l’ac­ti­vi­té re­part. Les pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique vont être lan­cés dans les se­maines qui viennent. Les vio­lences sont de plus en plus li­mi­tées et cir­cons­crites à quelques ar­ron­dis­se­ments. Le risque de gé­no­cide est- il écar­té ? Le risque d’af­fron­te­ment entre les com­mu­nau­tés existe tou­jours. Mais, nous fai­sons tout pour le faire re­cu­ler. La France a- t- elle dé­fi­ni­ti­ve­ment re­non­cé à en­voyer des ren­forts mi­li­taires sur place ? Comme l’a dit Laurent Fa­bius, l’en­voi de ren­forts n’est pas pré­vu. Mais la France mi­lite pour une opé­ra­tion de main­tien de la paix ( NDLR : OMP, sous l’égide de l’ONU) qui vien­dra cha­peau­ter les opé­ra­tions en cours et per­met­tra aus­si le dé­ploie­ment de po­li­ciers. Mais il n’y a pas que le vo­let mi­li­taire. Nous al­lons ai­der la nou­velle pré­si­dente Ca­the­rine Sam­baPan­za à re­faire fonc­tion­ner l’Etat, dans dif­fé­rents do­maines, que ce soit l’agri­cul­ture, la san­té, l’édu­ca­tion, car la moi­tié des en­fants ne vont plus à l’école de­puis deux ans. Très concrè­te­ment, quelle forme pren­dra cette aide ? Nous al­lons faire ve­nir à Ban­gui des as­sis­tants tech­niques, une ving­taine pour la France, et beau­coup plus avec les par­te­naires de l’Union eu­ro­péenne et des Na­tions unies. Ils épau­le­ront les mi­nistres et conseille­ront les au­to­ri­tés dans la mise en oeuvre de leurs pro­grammes. Il y au­ra aus­si une aide fi­nan­cière. Qui dé­tient les mines dia­man­ti­fères, et quand l’Etat cen­tra­fri­cain pour­ra- t- il bé­né­fi­cier de cette res­source ? Les dia­mants cen­tra­fri­cains, qui se trouvent dans le Nord- Est et dans le Sud- Ouest, sont ac­tuel­le­ment ex­ploi­tés de ma­nière clan­des­tine et ex­por­tés illé­ga­le­ment au pro­fit des ex- sé­lé­ka. Avec deux consé­quences : ce­la ali­mente le tra­fic in­ter­na­tio­nal des dia­mants, et l’Etat cen­tra­fri­cain n’a au­cune re­cette fis­cale liée à cette ex­ploi­ta­tion. Il s’agit de re­mettre sur pied un sys­tème d’ex­ploi­ta­tion du dia­mant avec des so­cié­tés agréées. Ca­the­rine Sam­ba- Pan­za a nom­mé un spé­cia­liste de la ques­tion au mi­nis­tère des Mines. La fi­lière mi­nière qui concerne le dia­mant, mais aus­si l’or, pour­ra alors re­trou­ver une exis­tence éco­no­mique et lé­gale nor­male.

Bos­san­goa ( Ré­pu­blique centrafricaine), le 16 jan­vier. L’am­bas­sa­deur de France Charles Ma­li­nas es­time que « le cli­mat est de plus en plus apai­sé » et que la France doit main­te­nant ai­der la nou­velle pré­si­dente à « re­faire fonc­tion­ner l’Etat » .

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