L’af­faire du Lu­cen­tis met le monde mé­di­cal en ébul­li­tion

Le Lu­cen­tis, mé­di­ca­ment­con­tre­la­per­te­de­vi­sion­liéàl’âge, coû­teu­ne­for­tu­neà­laSé­cu. Mais­le­dé­cre­tau­to­ri­san­tun­mé­di­ca­men­té­qui­va­len­tet­tren­te­fois­moin­scher­tar­deà­sor­tir.

Le Parisien (Paris) - - Economie - DA­NIEL ROSENWEG

L’af­faire du Lu­cen­tis est un scan­dale à près de 400 M€ contre le­quel plu­sieurs per­son­na­li­tés du monde mé­di­cal et po­li­tique ont dé­ci­dé de mon­ter au cré­neau. Le Lu­cen­tis est un mé­di­ca­ment uti­li­sé contre la perte de vi­sion due à la DMLA ( NDLR : dé­gé­né­res­cence ma­cu­laire liée à l’âge), il cible la forme hu­mide de cette ma­la­die, la plus grave et la plus cou­rante. Fa­bri­qué par le suisse Roche, le Lu­cen­tis est com­mer­cia­li­sé en Eu­rope par un autre la­bo­ra­toire suisse, No­var­tis, son ac­tion­naire à 30 %. En cinq ans, il est de­ve­nu le mé­di­ca­ment qui coûte le plus cher à la Sé­cu­ri­té so­ciale.

Le pro­blème vient du fait que ce mé­di­ca­ment ven­du 895 € l’in­jec­tion a un équi­valent : l’Avas­tin, pro­duit par le la­bo­ra­toire Roche, qui coûte moins de 30 €, soit 30 fois moins cher. Or, l’Avas­tin, conçu comme un an­ti­can­cé­reux, n’est pas au­to­ri­sé dans le trai­te­ment de la DMLA, et son pro­prié­taire, Roche, re­fuse de de­man­der une ex­ten­sion d’au­to­ri­sa­tion.

Of­fi­ciel­le­ment, les deux la­bo­ra­toires mar­tèlent que les deux mé­di­ca­ments ne sont pas équi­va­lents. Mais plu­sieurs évé­ne­ments sont ve­nus battre en brèche cet ar­gu­ment. nUne équi­va­lence prou­vée. Pas moins de six études in­ter­na­tio­nales, dont une fran­çaise, ont été réa­li­sées pour vé­ri­fier l’équi­va­lence des deux pro­duits. Toutes convergent : mêmes bé­né­fices, à de sub­tiles nuances près, et ef­fets in­dé­si­rables com­pa­rables. « Je ne vois pas de dif­fé­rences entre Lu­cen­tis et Avas­tin » , ex­plique Gilles Bou­ve­not, ex- pré­sident de la Com­mis­sion de la trans­pa­rence à la Haute Au­to­ri­té de san­té. nUn ar­rêt de la Cour eu­ro­péenne. No­var­tis a pour­sui­vi pour concur­rence dé­loyale de­vant la Cour eu­ro­péenne un la­bo­ra­toire al­le­mand, Apo­zyt, qui re­con­di­tion­nait en se­ringues les fla­cons d’Avas­tin. Or, No­var­tis a été dé­bou­té en avril 2013 : la Cour eu­ro­péenne au­to­rise le re­con­di­tion­ne­ment de l’Avas­tin pour la DMLA.

Pour le pro­fes­seur Fran­çois Chast, pa­tron de la phar­ma­cie de l’hô­pi­tal Co­chin- Hô­tel- Dieu, à Pa­ris, « la ju­ris­pru­dence eu­ro­péenne s’ap­pli­quant à chaque Etat membre, il faut vite nous au­to­ri­ser à uti­li­ser de nou­veau l’Avas­tin. Ce que je ne com­prends pas, c’est qu’un gou­ver­ne­ment de gauche fasse le jeu des in­dus­triels » , lâche le phar­ma­cien ex­pert.

La So­cié­té fran­çaise d’oph­tal­mo­lo­gie, elle, n’est pas prompte à ba­tailler. « On res­pec­te­ra les textes » , se li­mite cu­rieu­se­ment à dé­cla­rer son pré­sident. nUn dé­cret qui se fait at­tendre. En dé­cembre 2012, spé­ci­fique- ment pour ré­gler le pro­blème Lu­cen­tis, la dé­pu­tée PS Ca­the­rine Le­mor­ton a fait vo­ter un texte créant les RTU ( re­com­man­da­tion tem­po­raire d’uti­li­sa­tion). Mais, pour être ap­pli­qué, ce texte a be­soin d’un dé­cret qui ne vient pas. In­ter­ro­gé, le mi­nis­tère de la San­té ex­plique que « le dé­cret est en pré­pa­ra­tion » . « Les choses sont de­ve­nues d’au­tant plus ur­gentes que l’enjeu fi­nan­cier est cru­cial » , lâche le dé­pu­té so­cia­liste Gé­rard Bapt ( lire ci- des­sous). nDes la­bos sur la ré­serve. In­ter­ro­gés, No­var­tis et Roche ren­voient, eux, « à leur res­pon­sa­bi­li­té » ceux « qui uti­li­se­raient l’Avas­tin sans au­to­ri­sa­tion » . Mais quand on leur de­mande s’ils sont prêts à at­ta­quer la France si elle de­vait dé­gai­ner sa RTU, No­var­tis reste pru­dent : « Nous res­pec­te­rons la ré­gle­men­ta­tion. » De son cô­té, Roche laisse en­tendre qu’il n’ira sans doute pas sur le ter­rain ju­di­ciaire…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.