La­fol­le­jour­née­desMo­ryDu­cros

Après 24heures de re­bon­dis­se­ments, la CFDTa fi­na­le­ment ac­cep­té hier de si­gner in ex­tre­mis l’ac­cord de re­prise par Ar­cole In­dus­tries du­trans­por­teurMo­ryDu­cros.

Le Parisien (Paris) - - Economie - CA­THE­RINE GASTÉ

De coup de théâtre en coup de théâtre… Les nerfs des 5 000 sa­la­riés du tran­por­teur Mo­ry Du­cros sont dé­ci­dem­ment mis à rude épreuve. Hier, le tri­bu­nal de com­merce de Pon­toise ( Val- d’Oise) qui de­vait prendre sa dé­ci­sion, dans l’après- mi­di, sur la re­prise par Ar­cole In­dus­tries ou la li­qui­da­tion pure et simple, a dé­ci­dé in ex­tre­mis de la re­por­ter à jeu­di pro­chain. La deuxième fois en quelques jours… Un nou­veau re­bon­dis­se­ment de der­nière mi­nute qui a clos une folle jour­née.

Tout a com­men­cé le ma­tin. Mal­gré une « lettre d’in­ten­tion » de la fé­dé­ra­tion CFDT des Trans­ports in­di­quant ven­dre­di que les dé­lé­gués si­gne­raient le pro­to­cole d’ac­cord du 30 jan­vier — une condi­tion po­sée par le re­pre­neur —, le syn­di­cat fait fi­na­le­ment volte- face à quelques heures de l’au­dience. De­puis plu­sieurs jours, le torchon brûle entre les di­ri­geants fé­dé­raux sou­cieux de sau­ver une par­tie des em­plois ( 2 210) et une base tou­jours très re­mon­tée contre les 3 000 li­cen­cie­ments pro­gram­més.

Nous sommes en train d’abou­tir

à une re­prise de Mo­ry Du­cros”

Ar­naud Mon­te­bourg

Prin­ci­pal point d’achop­pe­ment : le « choix des cri­tères de li­cen­cie­ment » im­po­sé par Ar­cole qui risquent de pé­na­li­ser les an­ciens, aux sa­laires plus éle­vés, et les po­si­tionne comme les pre­miers sur la liste. Le com­mu­ni­qué an­non­çant fi­na­le­ment le re­fus de la CFDT et de­man­dant à Ar­cole de dé­po­ser son offre sans condi­tions tombe en fin de ma­ti­née. « Ce n’est pas un choix na­tio­nal de la CFDT. La base a pris le des­sus. Il y a de telles ten­sions lo­cales, 80 sites per­dus dans la pam­pa, qu’on ne sait pas ce qui peut se pas­ser » , in­dique alors un proche du dos­sier. De quoi se­mer la pa­nique au tri­bu­nal de com­merce de Pon­toise, où les juges com­men­çaient en dé­but d’après- mi­di l’exa­men du dos­sier sans savoir com­ment tout ce­la al­lait fi­nir. A peine ins­tal­lés, ils ap­prennent que le re­pre­neur po­ten­tiel est prêt à je­ter le gant et lance un ultimatum à la CFDT pour ten­ter de la ra­me­ner « à la rai­son » . « Il reste quelques heures, faute de quoi, il ap­par­tien­dra au tri­bu­nal de com­merce de se pro­non­cer sur une li­qui­da­tion ju­di­ciaire qui en­traî­ne­rait la sup­pres­sion de 5 000 em­plois » , me­nace Ar­cole dans un com­mu­ni­qué. L’au­dience est sus­pen­due peu après 14 h 30, fai- sant mon­ter la ten­sion d’un cran. Li­qui­da­tion ou re­prise ? Le sus­pense va du­rer en­core une bonne par­tie de l’après- mi­di. Pen­dant ce temps- là, les échanges té­lé­pho­niques se mul­ti­plient entre tous les ac­teurs pour d’ul­times né­go­cia­tions en cou­lisse : l’Ely­sée, le ca­bi­net du mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, Ar­naud Mon­te­bourg, en pre­mière ligne sur le dos­sier, les ser­vices du mi­nistre de l’Em­ploi, Mi­chel Sa­pin, les élus CFDT, le groupe Ar­cole… tout le monde s’y met.

Fi­na­le­ment, l’au­dience re­prend. Et vers 17 heures, la CFDT dit fi­na­le­ment oui à la si­gna­ture. Le ju­ge­ment se­ra ren­du jeu­di à 17 heures, an­non- ce alors André Le­brun, pré­sident du di­rec­toire d’Ar­cole In­dus­tries. « Nous sommes en train d’abou­tir à une re­prise de Mo­ry Du­cros » , lance alors de son cô­té le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, Ar­naud Mon­te­bourg, de­vant la presse à Pa­ris. Et de re­con­naître : « Il s’agis­sait d’un ac­cord dif­fi­cile car vous avez quand même2 850 sa­la­riés qui perdent leur tra­vail, des sa­la­riés qu’il va fal­loir sou­te­nir, épau­ler. » Se­lon son ca­bi­net, la pro­fes­sion s’est en­ga­gée à re­prendre un mil­lier de sa­la­riés sur ces 2 850, dont 500 à La Poste et à la RATP, mais, sou­ligne- t- il, rien n’est si­gné.

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