Le­droi­tàl’ou­bli des­gué­ris­du­can­cer

Bien­tôt fi­ni les ques­tion­naires de san­té in­qui­si­teurs, mê­me­quan­do­na sur­mon­té la ma­la­die. C’est une dis­po­si­tion du3e planCan­cer an­non­cé hier par Fran­çois Hol­lande.

Le Parisien (Paris) - - Société - CH­RIS­TINE MATEUS

Gué­ri par les mé­de­cins mais tou­jours ma­lade aux yeux des ban­quiers et des as­su­rances. C’est l’un des pa­ra­doxes au­quel s’at­taque le troi­sième plan Cancer qui a été dé­voi­lé hier par le pré­sident de la Ré­pu­blique à Pa­ris. Cette feuille de route, qui met no­tam­ment l’ac­cent contre les in­éga­li­tés face à la ma­la­die, mo­bi­li­se­ra 1,45 Md€ sur cinq ans.

A la mai­son de la Mu­tua­li­té, lors des ren­contres de l’Ins­ti­tut na­tio­nal du cancer, Fran­çois Hol­lande a ins­crit un « droit à l’ou­bli » pour les an­ciens ma­lades. « Il y a la vie après le cancer. La ma­jo­ri­té des ma­lades sont gué­ris mais de­viennent sus­pects, le jour où le sou­ve­nir de leur cancer les rat­trape et leur barre l’ac­cès à un cré­dit : ils ont vain­cu la ma­la­die, mais ils ne peuvent pas ac­cé­der à la pro­prié­té, ou alors à des taux exor­bi­tants » , ex­pli­quait le pré­sident de la Ré­pu­blique. Mal­gré la con­ven­tion Ae­ras ( s’as­su­rer et em­prun­ter avec un risque ag­gra­vé de san­té), si­gnée en juillet 2006 entre l’Etat, les as­su­reurs et les as­so­cia­tions de ma­lades, lors­qu’une per­sonne sou­haite ob­te­nir un cré­dit im­mo­bi­lier, un ques­tion­naire lui de­mande de pré­ci­ser ses an­té­cé­dents mé­di­caux et en par­ti­cu­lier s’il a souf­fert d’un cancer. Qu’il soit gué­ri n’y change rien. Du coup, cer­tains se voient re­fu­ser un prêt, ou doivent s’ac­quit­ter d’une sur­prime, si l’as­su­reur es­time que le risque d’in­va­li­di­té ou de décès est trop éle­vé.

« La con­ven­tion Areas […] a amé­lio­ré le re­cours au cré­dit des per­sonnes gra­ve­ment ma­lades ou qui l’ont été. Ce dis­po­si­tif a per­mis de réelles avan­cées, mais il n’a pas évo­lué, alors que pour beau­coup d’an­ciens ma­lades, les chiffres d’es­pé­rance de vie après la gué­ri­son ont dé­sor­mais re­joint ceux de la po­pu­la­tion gé­né­rale. Le temps est donc ve­nu d’ins­ti­tuer un vé­ri­table droit à l’ou­bli. Il s’ap­pli­que­ra à tous ceux qui, en­fants ou ado­les­cents, ont vain­cu le cancer, ain­si qu’à tous les an­ciens ma­lades dont les don­nées de la science nous disent qu’ils sont gué­ris » , an­nonce Fran­çois Hol­lande. Plus be­soin donc d’in­di­quer dans la con­ven­tion Ae­ras si le cancer a fait par­tie de sa vie. Ce se­ra en tout cas l’ob­jet d’une re­né­go­cia­tion de la con­ven­tion dont la nou­velle mou­ture est pré­vue dans dix­huit mois. Et si les dis­cus­sions pour

Avec cette me­sure, je vais re­de­ve­nir une per­sonne sans pro­blème de san­té”

Agnès Rous­seau, qui se pré­sente comme une « an­cienne ma­lade » ar­ri­ver à cette fin échouent entre les pou­voirs pu­blics, les banques, les as­su­rances et les as­so­cia­tions de ma­lades, le gou­ver­ne­ment l’im­po­se­ra « par la loi » , pré­vient le pré­sident. « Avec cette me­sure, je vais re­de­ve­nir une per­sonne sans pro­blème de san­té. C’est bien plus qu’un sym­bole » , se ré­jouit Agnès Rous­seau, qui se pré­sente comme une « an­cienne ma­lade » et mi­lite dé­sor­mais au co­mi­té du Val- d’Oise de la Ligue contre le cancer. Lorsque j’ai fait ma de­mande de cré­dit pour ache­ter une mai­son en 2011, ce­la fai­sait dix ans que j’étais sans trai­te­ment après un cancer du sein. Mal­gré la con­ven­tion Areas, ce­la a été un vrai par­cours du com­bat­tant. On doit se tour­ner vers une as­su­rance spé­ci­fique qui m’a de­man­dé un compte ren­du dé­taillé de mon par­cours de san­té, plu­sieurs cer­ti­fi­cats mé­di­caux où il était pour­tant spé­ci­fié que j’étais gué­rie… Heu­reu­se­ment, je n’ai pas eu de sur­prime, mais j’ai dû pa­tien­ter un mois et de­mi pour ob­te­nir une as­su­rance. En at­ten­dant, vous de­vez aus­si faire pa­tien­ter l’agence im­mo­bi­lière. Ce droit à l’ou­bli per­met­tra de ne plus ré­pondre à ces ques­tions. » La res­pon­sable pointe tou­te­fois le cas de ces ma­lades qui ont peu ou pas de pos­si­bi­li­té de gué­ri­son mais dont les trai­te­ments per­mettent de conte­nir la ma­la­die « et qui veulent aus­si conti­nuer à vivre » .

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