La jus­tice face àl’ émo­tion du Net

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - ADRIEN CADOREL

La jus­tice est- elle prise au piège de la Toile ? Au- de­là de l’émo­tion sus­ci­tée par l’agres­sion de Yoan et la mal­trai­tance en­vers le chat Os­car, la dif­fu­sion mas­sive des vi­déos sur Internet et le tor­rent de com­men­taires ap­pe­lant à une condam­na­tion sé­vère des agres­seurs in­ter­rogent sur l’in­fluence réelle ou sup­po­sée de la vin­dicte po­pu­laire sur les dé­ci­sions de jus­tice. Les ma­gis­trats sont- ils in­fluen­cés par la mo­bi­li­sa­tion conta­gieuse de ci­toyens- in­ter­nautes sou­cieux de peines exem­plaires ?

« Les pres­sions sur la jus­tice ne datent pas d’au­jourd’hui » , nuance Vir­gi­nie Du­val, vice- pré­si­dente de l’Union syn­di­cale des ma­gis­trats ( USM). « Il y a quelques an­nées, avant les ré­seaux so­ciaux, on as­sis­tait à des ma­ni­fes­ta­tions de­vant les tri­bu­naux. La jus­tice doit dé­pas­sion­ner les dé­bats et ap­por­ter une ré­ponse pé­nale et pro­por­tion­née à des faits et à la per­son­na­li­té de l’au­teur pré­su­mé. Donc, de ne pas cé­der à l’émo­tion. » A Mar­seille après la vi­déo du chat, le choix d’une com­pa­ru­tion im­mé­diate — au­dience me­née dans la fou­lée des faits, mais qui au­rait pu être ren­voyée à une date ul­té­rieure, a pu sus­ci­ter un cer­tain éton­ne­ment.

nUne au­dience em­preinte d’émo­tion

« En temps nor­mal, on cri­tique la jus­tice pour sa len­teur, et au­jourd’hui on la pointe du doigt pour sa cé­lé­ri­té » , s’amuse, sous cou­vert d’ano­ny­mat, le pro­cu­reur d’une grande ag­glo­mé­ra­tion qui pour­suit : « Dans le cas de ces af­faires, l’in- fluence sup­po­sée des ré­seaux so­ciaux sur la jus­tice peut se me­su­rer aux mo­da­li­tés de pour­suites. Peu­têtre au­rait- on pu ren­voyer l’af­faire pour la ju­ger dans un cli­mat apai­sé. »

Pour Fran­çoise Martres, du Syn­di­cat de la ma­gis­tra­ture, « ce­la pose la ques­tion de l’in­dé­pen­dance du par­quet par rap­port aux po­li­tiques, et de la pro­cé­dure de com­pa­ru­tion im­mé­diate qui pro­voque une au­dience em­preinte d’émo­tion. Il faut prendre du re­cul et le temps de ju­ger » .

La mê­me­mo­bi­li­sa­tion in­flue- t- elle sur les peines pro­non­cées ? « Il n’y a pas de rai­son » , tranche un haut ma­gis­trat mar­seillais. « Si l’agres­seur d’Os­car a été condam­né à un an de pri­son, c’est parce qu’il avait dé­jà un pas­sé ju­di­ciaire consé­quent de huit condam­na­tions. »

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