« C’estl’un­desHimm­ler­deKi­ga­li »

Da­fro­za Gau­thier, qui a tra­qué les res­pon­sa­bles­des­mas­sacres de 1994 auR­wan­da, a re­trou­vé l’ex- mi­li­taire, ju­gé de­puis hier àPa­ris pour com­pli­ci­téde gé­no­cide.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - NI­CO­LAS JAC­QUARD

Son es­prit est aus­si agile que son corps ap­pa­raît en­gour­di. Pour que Pas­cal Sim­bi­kang­wa s’ins­talle dans le box des as­sises de Pa­ris, il lui faut l’aide de trois gen­darmes. En re­vanche, à la moindre ques­tion sur sa bio­gra­phie, ce Rwan­dais de 54 ans, pa­ra­plé­gique à la suite d’un ac­ci­dent, ré­pond sans se faire prier, vo­lu­bile et af­fable.

Le verbe est haut en cou­leur, le vo­ca­bu­laire plus que sou­te­nu. « J’étais bon élève » , concède cet amateur de La Fon­taine et de Jules Verne. A l’en­tendre égre­ner son en­fance au pays des Mille Col­lines, on en ou­blie­rait presque le pour­quoi de sa pré­sence sur le banc des ac­cu­sés. Pas­cal Sim­bi­kang­wa est pour­tant ju­gé pen­dant six se­maines pour le pire des crimes, ce­lui de « com­pli­ci­té de gé­no­cide » . Vingt ans après les faits, cet ex- di­rec­teur des ser­vices de ren­sei­gne­ment nie les faits. nFour­nis­seur Pour l’as­so­cia­tion qui a re­trou­vé sa trace en 2008, alors qu’il se ca­chait en clan­des­tin sur l’île de Mayotte, l’in­té­res­sé est « un des pla­ni­fi­ca­teurs du gé­no­cide rwan­dais » qui fit 800 000 morts, ma­jo­ri­tai­re­ment tut­sis, d’avril à juillet 1994. « C’est l’un des Himmler de Ki­ga­li qu’on juge au­jourd’hui » , mar­tèle Da­fro­za Gau­thier, fon­da­trice avec son ma­ri,

d’armes

( à droite) Alain, du Col­lec­tif des par­ties ci­viles pour le Rwan­da ( CPCR). Avec leurs propres moyens, ce sont eux qui ont confon­du une ving­taine des bour­reaux dont les dos­siers sont ac­tuel­le­ment à l’ins­truc­tion au pôle gé­no­cide du par­quet de Pa­ris.

Comme tous les tut­sis du Rwan­da, Da­fro­za Gau­thier a vu sa fa­mille être em­por­tée par le gé­no­cide. Alors, quand elle en­tend les avo­cats de Sim­bi­kang­wa mettre en avant l’ab­sence de vic­times aux au­diences et ten­ter sans suc­cès d’ob­te­nir la nul­li­té de la pro­cé­dure en in­vo­quant « l’in­éga­li­té des armes » ren­dant ce pro­cès « in­équi­table » , elle peine à ré­pri­mer sa co­lère. « On nous dit que les vic­times ne sont pas pré­sentes, mais elles ne pour­ront ja­mais l’être… lâche- t- elle. C’est pour elles que nous sommes là. Pour faire de ce mo­ment un temps d’ex­pli­ca­tion. Pour com­prendre qu’au Rwan­da, en 1994, on a fer­mé les fron­tières et on a tué. Et que, pen­dant trois mois, ce fut la prin­ci­pale oc­cu­pa­tion de presque toute la po­pu­la­tion… »

Un peu plus tôt dans la jour­née d’hier, au terme d’un cours ma­gis­tral né­ces­saire sur l’his­toire ré­cente de ce pe­tit pays de l’Afrique des Grands Lacs, le pré­sident Oli­vier Leurent avait ré­su­mé l’acte d’ac­cu­sa­tion. Si Pas­cal Sim­bi­kang­wa a ob­te­nu un non- lieu pour cer­taines charges, no­tam­ment plu­sieurs as­sas­si­nats, c’est comme pour mieux être ac­ca­blé par de très nom­breux té­moins qui ra­content com­ment il four­nis­sait en armes les bar­rières de Kiyo­vu, le quar­tier pré­si­den­tiel. « Des filtres de mort » , sou­ligne le pré­sident. On y tuait au fu­sil et à la ma­chette en fonc­tion de la men­tion « tut­si » sur une carte d’iden­ti­té ou de traits phy­siques ju­gés sus­pects. L’ac­cu­sé, soup­çon­né d’en être l’un des fer­vents or­ga­ni­sa­teurs, en­court la ré­clu­sion à per­pé­tui­té.

( Reu­ters/ Charles Platiau.)

Pa­lais de jus­tice de Pa­ris ( Ier), hier. Da­fro­za Gau­thier, fon­da­trice avec son ma­ri

du Col­lec­tif des par­ties ci­viles pour le Rwan­da, a te­nu à être pré­sente au pro­cès pour re­pré­sen­ter toutes les vic­times du gé­no­cide.

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