« LES­RAYU­RES­DU­ZÈBRE »

Le Parisien (Paris) - - Les Sortiesaucinéma -

THO­MAS CLEMENCEAU. Que ra­content « les Rayures du zèbre » ? BE­NOÎT POEL­VOORDE. Il montre un as­pect du sys­tème éco­no­mique du foot­ball. Un re­cru­teur va cher­cher des joueurs en Cote d’Ivoire, et quand il dé­niche une perle sur le ter­rain, il es­saie de le vendre en Eu­rope. Mais le foot est une toile de fond. Le film parle sur­tout des re­la­tions entre les Blancs et les Noirs. C’est une sorte de tra­gi­co­mé­die à l’ita­lienne. Un peu dans le style « Af­freux, sales et mé­chants » . C’est dur, ça fait rire, et en même temps il y a un re­gard bien­veillant. Ce n’est pas du tout un film mo­ra­li­sa­teur. Mais parce que tout le monde y trouve son compte. En Afrique, le foot­ball est un el­do­ra­do, une sorte de « Star Aca­de­my » . Le jeune foot­bal­leur va nour­rir tout son vil­lage. On n’est pas là pour don­ner des le­çons. Cer­tains di­ront que c’est un film an­ti- Black, d’autres an­ti- Blanc… A un mo­ment dans le film, la fille dit : « Tu crois que je reste avec toi pour ta gueule ? Non, c’est pour ton po­gnon. » Ou en­core : « L’éthique c’est bien quand ton as­siette est pleine, si­non l’éthique, on s’en fout. » Ce sont des phrases as­sez vio­lentes, on pour­rait nous ac­cu­ser de ra­cisme. Mais on a pro­je­té le film à Abid­jan, et à au­cun mo­ment, les spec­ta­teurs ne se sont sen­tis of­fus­qués. KARENNE VALTEAU. Votre per­son­nage d’agent de joueurs est- il un sale type ou un mec bien ? Les deux, comme tous les êtres hu­mains. Je ne connais pas quel­qu’un qui soit to­ta­le­ment mau­vais. Qui ?... Ah, votre beau- père !!! ( Rires.) C’est ce qui fait la ri­chesse d’un per­son­nage. Au dé­but, on se dit : « Qu’est- ce que c’est que ce ra­ciste ? ! » Mais il n’est pas ra­ciste, cha­cun a sa place. C’est la rai­son pour la­quelle, je dis qu’il n’est ni tout blanc ni tout noir. Le réa­li­sa­teur Be­noît Ma­riage vient du do­cu- men­taire. Le per­son­nage que j’in­ter­prète est ins­pi­ré d’un vé­ri­table re­cru­teur belge, Serge Trim­pont. C’est qua­si son his­toire, en de­hors du fait qu’il ne s’est ja­mais at­ta­ché à un joueur. Il est ve­nu en conseiller tech­nique. PA­TRICK BU­RET. Pour quelle rai­son avez- vous ac­cep­té ce rôle ? Parce que c’est Be­noît Ma­riage. Pour lui, je se­rais prêt à te­nir une chan­delle ! On se connaît de­puis très long- temps, on ha­bite l’un à cô­té de chez l’autre à Namur en Bel­gique. Je sa­vais que ce­la al­lait être dur parce qu’on n’avait pas d’ar­gent, et que le su­jet n’était pas fa­cile, mais j’ai une confiance ab­so­lue dans son ta­lent. Au dé­part, ce n’était pas moi qui de­vais le faire, c’était Fran­çois Da­miens. Mais en fait, il était trop jeune pour rendre le rap­port père- fils plau­sible. Be­noît vou­lait « une gueule qui ait vé­cu » .

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