Zé­ro poin­té pour la té­lé­réa­li­té

Etude. Deux­pé­da­gogues ont dé­mon­tré une cor­ré­la­tion entre tropde té­lé­réa­li­té et­de­mau­vaises notes au col­lège. Les jeux vi­déo, eux, n’au­raient pas d’in­fluence sur la qua­li­té des co­pies.

Le Parisien (Paris) - - Télévision Etmédias - AY­ME­RIC RE­NOU

On se dou­tait que suivre les aven­tures des « Ch’tis à Ibi­za » ou s’in­quié­ter de l’ave­nir des can­di­dats de « Se­cret Sto­ry » n’était pas de na­ture à mus­cler les neu­rones. Mais de là à avoir une in­fluence di­rec­te­ment né­faste sur les ré­sul­tats sco­laires des plus jeunes… C’est pour­tant l’une des conclu­sions d’une étude consa­crée à l’im­pact des loisirs des ados sur leurs per­for­mances sco­laires. Pu­bliés il y a quelques jours sur le site Internet des « Ca­hiers pé­da­go­giques » , les tra­vaux d’Alain Lieu­ry, pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie cog­ni­tive à l’uni­ver­si­té de Rennes, et de So­nia Lo­rant, spé­cia­liste en science de l’édu­ca­tion à l’uni­ver­si­té de Stras­bourg, ré­vèlent de fa­çon scien­ti­fique que les ac­cros aux émis­sions de té­lé­réa­li­té réus­sissent moins bien à l’école que les autres.

« Le vi­sion­nage très fré­quent de pro­grammes de té­lé­réa­li­té, mais aus­si ce­lui des sé­ries ro­man­tiques ap­pré­ciées par les filles, a l’im­pact le plus né­ga­tif sur les per­for­mances cog­ni­tives et sco­laires, de - 11 % pour les maths à - 16 % pour les connais­sances » , ex­plique Alain Lieu­ry, scien­ti­fique re­nom­mé pour ses re­cherches sur la mé­moire.

Une grande dif­fé­rence de ri­chesse de vo­ca­bu­laire

S’ap­puyant sur les sta­tis­tiques d’une en­quête du mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale qui a fait pas­ser des tests à un échan­tillon re­pré­sen­ta­tif de 27 000 élèves en classe de 3e, l’étude donne à l’in­verse un sa­tis­fe­cit aux amou­reux des livres.

« La lec­ture est la plus bé­né­fique des ac­ti­vi­tés, pour­suit le cher­cheur, puis­qu’une pratique fré­quente per­met d’aug­men­ter de 10 % les ré­sul­tats aux tests de com­pré­hen­sion et de 20 % ceux sur les connais­sances. Si l’on tra­duit ces ré­sul­tats en no­ta­tion sco­laire, ce­la re­vient à dire qu’un élève moyen li­sant beau­coup au­rait une note boos­tée à 14/ 20 par rap­port à la moyenne de 10, et qu’un autre ac­cro aux pro­grammes de té­lé- réa­li­té des­cen­drait à seule­ment 7/ 20. » L’étude per­met éga­le­ment de battre en brèche une idée re­çue. La pratique des jeux vi­déo, y com­pris ceux d’ac­tion, n’ont pas de leur cô­té d’in­fluence po­si­tive ou né­ga­tive fla­grante sur les ré­sul­tats sco­laires.

« Ils per­mettent la dé­tente et, par­fois, viennent ren­for­cer la ra­pi­di­té d’exé­cu­tion ou l’at­ten­tion vi­suelle » , ana­lyse Alain Lieu­ry.

Pour ex­pli­quer leurs ré­sul­tats, les deux cher­cheurs avancent deux hy­po­thèses. La pre­mière vient de la dif­fé­rence de ri­chesse de vo­ca­bu­laire pro­po­sée par ces ac­ti­vi­tés de loisirs. « On trou­ve­ra 1 000 mots dif­fé­rents dans un livre, 4 000 dans une re­vue scien­ti­fique et jus­qu’à plus de 20 000 dans un ma­nuel d’his­toire de classe de 3e. Même le vo­ca­bu­laire des bandes des­si­nées ( 867 mots en moyenne) est plus riche que ce­lui des émis­sions po­pu­laires, ex­trê­me­ment pauvre, avec moins de 600 mots dif­fé­rents. » L’autre piste est celle du « coût temporel » . « Jouer de fa­çon ex­ces­sive aux jeux vi­déo cor­res­pond à deux heures quo­ti­diennes alors que la moyenne pas­sée de­vant la té­lé­vi­sion peut fa­ci­le­ment dé­pas­ser les quatre ou cinq heures par jour, ex­plique Alain Lieu­ry. Au­tant de temps que ces jeunes ne passent pas à faire leurs de­voirs ou… à lire. »

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