« La­vio­len­ce­con­ju­ga­le­peut tou­cher­tout­le­monde »

Soi­rée spé­ciale. Ma­rie Guillard in­ter­prète une femme bat­tue dans « C’est pasde l’amour » ( France 2, 20 h 45). Un­té­lé­film qui se­ra sui­vi d’un­dé­bat.

Le Parisien (Paris) - - Télévision Etmédias - Pro­pos re­cueillis par CARLOTTA HAKIKI

Ce ré­cit poi­gnant a va­lu à Ma­rie Guillard le prix d’in­ter­pré­ta­tion fé­mi­nine au Fes­ti­val de La Ro­chelle. Sou­vent can­ton­née aux se­conds rôles au ci­né­ma, l’ac­trice de 41 ans s’im­pose au pre­mier plan dans la fic­tion de France 2 « C’est pas de l’amour » . Elle y in­carne une femme har­ce­lée phy­si­que­ment et psy­cho­lo­gi­que­ment par son ma­ri, Ni­co­las ( Pa­trick Ca­ta­li­fo), dans un té­lé­film qui marque par sa pu­deur.

Ma­rie Guillard, concer­née per­son­nel­le­ment par ce drame sou­vent in­vi­sible, par­ti­ci­pe­ra en­suite au dé­bat ani­mé par Be­noît Du­quesne, avec no­tam­ment Na­jat Val­laud- Bel­ka­cem, mi­nistre des Droits des femmes, des mé­de­cins et un avo­cat. Qu’est- ce que vous re­dou­tiez le plus en ac­cep­tant ce rôle ? MA­RIE GUILLARD. De ne pas trou­ver et res­ti­tuer la jus­tesse des émo­tions. Le scé­na­rio était épa­tant. L’his­toire d’une femme qui s’écroule sous les coups et les hu­mi­lia­tions de son ma­ri concerne tel­le­ment de femmes dans notre pays qu’on ne peut pas se per­mettre de ne pas té­moi­gner avec fi­dé­li­té de la réa­li­té de leur quo­ti­dien. Quand on sait que tous les deux jours et de­mi une femme meurt sous les coups de son com­pa­gnon, la fic­tion se doit d’être réa­liste. Avez- vous ren­con­tré des femmes bat­tues pour ap­pro­cher cette jus­tesse ? Non. J’y ai vo­lon­tai­re­ment re­non­cé. Chaque cas est différent. Je ne vou­lais pas être in­fluen­cée par le vé­cu d’au­trui. J’ai pui­sé dans mon ex­pé­rience per­son­nelle. Avant d’ar­ri­ver aux coups, les femmes disent avoir été iso­lées de leurs proches. Elles de­viennent psy­cho­lo­gi­que­ment dé­pen­dantes de leur bourreau : une per­sonne do­mi­nante en écrase une plus faible. J’ai connu per­son­nel­le­ment cet en­gre­nage, sans en ar­ri­ver à la vio­lence phy­sique. Aimer tel­le­ment quel­qu’un jus­qu’à s’an­nu­ler soi- même. J’ai aus­si pen­sé à une amie proche qui a su­bi des vio­lences. Le plus dur était d’en­tendre les autres dire : « Si elle reste, c’est qu’elle aime bien ça » . Ça me fai­sait vo­mir. Le film montre bien cette es­ca­lade de la vio­lence : de l’iso­le­ment,

Je ne vou­lais pas être in­fluen­cée par le vé­cu d’au­trui. J’ai pui­sé dans mon ex­pé­rience

per­son­nelle”

aux hu­mi­lia­tions, puis les ec­chy­moses et frac­tures… Hé­lène a honte de ce qui lui ar­rive, mais elle est tel­le­ment sous l’em­prise de Marc qu’elle lui par­donne tout et en ar­rive à pen­ser que c’est mé­ri­té. Le su­jet est trai­té sans cli­chés. Elle est une femme in­tel­li­gente qui a fait des études, tout comme son ma­ri, un médecin res­pec­té. Ils sont is­sus d’un mi­lieu bour­geois, loin des sté­réo­types des hommes vio­lents chô­meurs et al­coo­liques. Preuve s’il en fal­lait une que la vio­lence conju­gale peut tou­cher tout le monde.

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