La droite crie au « scan­dale d’etat »

Le Parisien (Paris) - - Politique - MAR­TINE CHE­VA­LET

Apeine apai­sés les re­mous au­tour de la loi sur la fa­mille, l’op­po­si­tion a en­four­ché hier avec gour­man­dise un nou­veau che­val de ba­taille contre le gou­ver­ne­ment : ce­lui de l’in­dé­pen­dance de la jus­tice. En lui pro­po­sant une mu­ta­tion, le ca­bi­net de Ch­ris­tiane Tau­bi­ra a- t- il vou­lu « faire la peau » de Fran­çois Falletti, pro­cu­reur gé­né­ral de Pa­ris, pour des rai­sons po­li­tiques ? La garde des Sceaux a dû s’en ex­pli­quer hier de­vant les dé­pu­tés.

Hier, la pre­mière des ques­tions d’ac­tua­li­té au gou­ver­ne­ment a donc pris la forme d’un ré­qui­si­toire à charge, sou­te­nu par le dé­pu­té UMP Georges Fe­nech de­man­dant à Tau­bi­ra de s’ex­pli­quer sur la convo­ca­tion du pro­cu­reur Falletti. Aga­cée par ce pro- cès d’in­ten­tion, la garde des Sceaux a re­la­ti­vi­sé : « C’était un en­tre­tien tout à fait clas­sique ! » s’agis­sant d’un ma­gis­trat proche de la re­traite. Pour elle, nulle in­ten­tion de « le li­mo­ger ou de le contraindre à dé­mis­sion­ner » … contrai­re­ment à ce que l’in­té­res­sé a pour­tant ressenti, puisque dans une lettre au Con­seil su­pé­rieur de la ma­gis­tra­ture ( CSM), il a dé­non­cé une « ten­ta­tive d’évic­tion » .

La ma­jo­ri­té fait bloc der­rière la mi­nistre

« Ce­la me rap­pelle les oxy­mores de Fran­çois Hol­lande en cam­pagne… Moi, pré­sident, il n’y au­ra plus de pres­sions sur la jus­tice ! Hé­las, un quin­quen­nat, c’est long et chaque jour, comme les feuilles à l’au­tomne, ses pro­messes de cam­pagne tombent les unes après les autres » , iro­nise le dé­pu­té UMP de Pa­ris, Pierre Lel­louche. Avec lui, c’est toute l’UMP qui s’en est don­né à coeur joie. JeanF­ran­çois Co­pé, le pré­sident du par­ti, a crié au « scan­dale d’Etat » .

Ch­ris­tian Ja­cob, pré­sident du groupe UMP, lui a em­boî­té le pas en ap­pe­lant à sa dé­mis­sion : « Si tout ce­la est confir­mé, im­pos­sible que le pré­sident et le Pre­mier mi­nistre puissent gar­der la mi­nistre de la Jus­tice au gou­ver­ne­ment » . D’or­di­naire peu di­sert, l’UMP Olivier Mar­leix s’est dit ou­tré par la dé­sin­vol­ture avec la­quelle Mme Tau­bi­ra s’est jus­ti­fiée de­vant les dé­pu­tés… « Elle a une ca­pa­ci­té tout à fait in­croyable à ré­pondre à toutes les ques­tions avec mé­pris, y com­pris les plus graves comme celle- ci » , es­time le dé­pu­té d’Eure- et- Loir.

La gauche, qui a fait bloc der­rière sa mi­nistre, l’une des plus po­pu­laires du gou­ver­ne­ment, a pré­fé­ré dé­non­cer l' « op­por­tu­nisme po­li­tique » d’une op­po­si­tion à l’af­fût de la moindre po­lé­mique : « C’est tout à fait nor­mal que la garde des Sceaux se pose la ques­tion de l’ave­nir de ses pro­cu­reurs proches de la re­traite » , a ar­gu­men­té Pas­cal Cher­ki. « Quand vous êtes fonc­tion­naire, vous n’êtes pas ti­tu­laire à vie de votre charge, si­non ce­la veut dire qu’une caste di­rige contre les re­pré­sen­tants du peuple ! » es­time le dé­pu­té PS de Pa­ris.

Ch­ris­tian Ja­cob, pré­sident du groupe UMP à l’As­sem­blée, a ap­pe­lé à la dé­mis­sion de Ch­ris­tiane Tau­bi­ra hier.

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