« Ce­que­vit­tous­les­jours­vincent Lam­ber­tes­tin­sup­por­table »

Le doc­teur­ka­ri­ger, qui di­rige l’uni­té oùes­thos­pi­ta­li­sé ce té­tra­plé­gique de38ans, nous ra­conte son­com­bat, alors que le Con­seil d’etat exa­mine au­jourd’hui le cas.

Le Parisien (Paris) - - Société -

( pho­to de gauche)

Un homme de 38 ans est de­ve­nu le sym­bole du dé­bat sur la fin de vie. Ce ma­tin, le Con­seil d’Etat exa­mi­ne­ra le cas de Vincent Lam­bert, té­tra­plé­gique en état vé­gé­ta­tif. Son épouse et l’hô­pi­tal de Reims ( Marne) contestent la dé­ci­sion du tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de le main­te­nir en vie. Le doc­teur Eric Ka­ri­ger, qui di­rige l’uni­té de mé­de­cine pal­lia­tive du CHU, nous ex­plique com­ment de­puis des mois lui et son équipe l’ac­com­pagnent au quo­ti­dien. Com­ment avez- vous vé­cu la dé­ci­sion du tri­bu­nal de ne pas vous au­to­ri­ser à lais­ser par­tirVincent Lam­bert ? ÉRIC KA­RI­GER. Ce­la a été très dur. J’ai vrai­ment frô­lé mes li­mites après le ju­ge­ment du 16 jan­vier. Mais j’ai re­pris le des­sus. Car pour moi, le tri­bu­nal s’est trom­pé lors­qu’il a dé­ci­dé à notre place de ce qui était un soin dé­rai­son­nable ou pas. Notre vo­lon­té n’est pas que Vincent Lam­bert meure mais de res­pec­ter sa fin de vie. Au­jourd’hui, ce sont des tech­niques mé­di­cales qui le main­tiennent en vie. Il faut res­pec­ter l’hu­ma­ni­té du « lais­ser- par­tir » de la loi Leo­net­ti qui s’ap­plique dans ce cas. On vous re­proche d’in­ter­pré­ter ce que Vincent au­rait vou­lu. Oui, cer­tains nous ont re­pro­ché de nous être po­sé la ques­tion du sens de la vie de Vincent Lam­bert. Mais ça, nous le fai­sons tous les jours dans notre uni­té. Chaque pa­tient est dif­fé­rent. L’af­faire Vincent Lam­bert n’est pas l’af­faire de tous les pau­ci­re­la­tion­nels ( NDLR : les pa­tients en état de conscience mi­ni­male). Dans quel état se trouve Vincent ? Il est to­ta­le­ment dé­pen­dant et nous ma­ni­feste quo­ti­dien­ne­ment ses souf­frances. Par exemple, quand on cherche à le ra­ser il va tour­ner la tête, lors­qu’on veut le bou­ger, tous ses muscles se contractent, il peut y avoir aus­si comme des gé­mis­se­ments. Ce n’est pas la pre­mière fois que vous êtes confron­té à cette si­tua­tion. Non, mais c’est la pre­mière fois que nous avons été aus­si bous­cu­lés. De- j’avais été moins cou­ra­geux, vu le har­cè­le­ment que nous vi­vons, no­tam­ment de la part des pa­rents, j’au­rais pu me dire : al­lez, on le main­tient en vie. Avec l’équipe, nous n’avons pas pu nous ré­soudre à cette obs­ti­na­tion dé­rai­son­nable. Ce que vit tous les jours Vincent Lam­bert est in­sup­por­table.

Reims ( Marne), le 16 jan­vier et le 26 sep­tembre 2012. Le doc­teur Ka­ri­ger

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