Trop­bons, les­sand­wichs !

Son­sa­lon se tient au­jourd’hui àpa­ris. Mal­gré l’of­fen­sive des bur­gers, le cas­se­croûte à la fran­çaise ré­siste bien. Onen­mange trois fois plus qu’il ya­trei­zeans.

Le Parisien (Paris) - - Société - FLORA GE­NOUX

Ju­lien et Mi­chel re­prennent une bou­chée vo­race de leur dé­jeu­ner : un sand­wich cop­pa- moz­za­rel­la et to­mates sèches ava­lé de­bout, au feu rouge, avant de re­ga­gner au pas de course le tra­vail, dans le centre de Pa­ris. Alors que se tient à Pa­ris le sa­lon Sand­wich & snack show au­jourd’hui, les études montrent l’en­goue­ment tou­jours plus fort des Fran­çais pour ce type d’en- cas, en­core le pré­fé­ré des gour­mets du mi­di, mal­gré le suc­cès du bur­ger ou l’ar­ri­vée des ba­gels.

« Les vo­lumes de vente ont été mul­ti­pliés par trois entre 2000 et 2013, avec une crois­sance de 2 % à 3 % chaque an­née » , note Ber­nard Boutboul, di­rec­teur de Gi­ra Con­seil, ca­bi­net spé­cia­li­sé dans les ha­bi­tudes ali­men­taires. Comme Ju­lien et Mi­chel, cadres dans l’in­for­ma­tique, le gros des man­geurs de sand­wichs sont les « ac­tifs ter­tiaires » , em­ployés ou pa­trons… et for­cé­ment pres­sés ! Dans leur en­semble, les ac­tifs en mangent en moyenne 75 chaque an­née. « Nos pauses- dé­jeu­ner au tra­vail du­raient plus d’une heure il y a dix ans, au­jourd’hui c’est trente et une mi­nutes, le sand­wich cor­res­pond à cette pause ra­pide » , ob­serve Co­rinne Mé­né­gaux, di­rec­trice du sa­lon. « La crise joue aus­si, avec un jam­bon­beurre à 2,71 € en moyenne. »

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grands chefs s’en sont em­pa­rés

Dans une boulangerie du IIe ar­ron­dis­se­ment, Es­telle tend sont titre res­tau­rant de 9 €, qua­si­ment le prix de la for­mule avec bois­son et des­sert. « Je pré­fère prendre une pause- dé­jeu­ner plus courte. Ça me per­met de quit­ter le bu­reau trente mi­nutes plus tôt le soir » , cal­cule cette em­ployée dans l’e- com­merce.

Preuve du suc­cès du sand­wich, la ma­jo­ri­té des res­tau­rants d’en­tre­prise pro­posent dé­sor­mais un jam­bon­beurre aux cô­tés du steak- frites. Et les su­per­mar­chés de ville ont car­ré­ment installé des li­néaires « sna­cking » ( sandw­hichs mais aus­si quiches, sa­lades, pâtes toutes prêtes) en tête de gon­dole. « En cinq ans, les grandes et moyennes sur­faces ont mul­ti­plié par trois leurs mètres de li­néaires, ils savent que le bu­si­ness est énorme » , note Ber­nard Boutboul.

Im­pos­sible alors pour les bou­lan­ge­ries de s’en te­nir au tra­di­tion­nel jam­bon- beurre. « On pro­pose pain de mie, pa­vot, rus­tique, ba­guette, olive, pa­ni­ni… égrène Alexandre, ven­deur dans une en­seigne pa­ri­sienne. Il y a neuf gar­ni­tures dif­fé­rentes en tout. » En dix ans, les bou­lan­ge­ries ont mul­ti­plié par deux leur offre. L’en- cas pré­fé­ré des Fran­çais a mê­me­po­sé ses miettes sur les me­nus des grands chefs, comme Mi­chel Bras, triple étoi­lé au Mi­che­lin, qui a ou­vert un fast- food à Tou­louse. On y trouve des ca­pu­cins, pe­tits sand­wichs en forme de cône. L’épi­nard et truite est à 8,60 €.

Car le sand­wich est, la plu­part du temps, consom­mé comme un vé­ri­table mets. « Dans les grandes villes amé­ri­caines, les tra­vailleurs mangent de­bout, le sand­wich dans une main, le té­lé­phone por­table dans l’autre. Ce n’est pas en­core au­tant le cas en France » , re­lève Alex Miles, so­cio­logue amé­ri­cain de l’ali­men­ta­tion. « En gé­né­ral, on pré­fère s’as­seoir dans un parc avec les col­lègues, c’est un mo­ment d’éva­sion et de convi­via­li­té » , ex­plique Ju­lien, la bouche pleine. Une sorte de for­mule à la fran­çaise ou la ren­contre im­pro­bable entre l’art de vivre et le fast­food.

( LP/ Del­phine Gold­sz­te­jn.)

Pa­ris ( IIe), hier. La hausse de la consom­ma­tion des sand­wichs en France est un ef­fet de la baisse du temps de dé­jeu­ner ( di­vi­sé par deux en dix ans) et de la crise ( 2,71 € le jam­bon- beurre en moyenne).

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