Trois­ton­nesd’ivoi­re­ré­dui­te­sen­pous­sière

Le Parisien (Paris) - - Société - FLORA GE­NOUX

En une de­mi- heure, trois tonnes d’ivoire, ré­sul­tat de vingt an­nées de sai­sies par les doua­niers, se­ront ré­duites à du simple gra­nu­lat. Cette des­truc­tion, qui a lieu au­jourd’hui en fin de ma­ti­née près du Champ- de- Mars, à Pa­ris, re­pré­sente une pre­mière en France et en Eu­rope. « C’est un mes­sage sym­bo­lique en­voyé aux tra­fi­quants » , es­time Phi­lippe Mar­tin, mi­nistre de l’Eco­lo­gie, qui en­tend ain­si lut­ter contre le mas­sacre d’élé­phants et le com­merce illé­gal de l’ivoire.

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élé­phant tué toutes les quinze mi­nutes

« Je suis fier de cette ini­tia­tive » , confie Ni­co­las Hu­lot, en­voyé spé­cial du pré­sident de la Ré­pu­blique pour la pro­tec­tion de la pla­nète, alors que les ONG en­vi­ron­ne­men­tales sa­luent éga­le­ment ce geste. « Dé­truire l’ivoire lui en­lève toute va­leur, ob­serve Cé­line Siss­ler- Bien­ve­nu, di­rec­trice France du Fonds in­ter­na­tio­nal pour la pro­tec­tion des ani­maux ( Ifaw). D’au­tant plus qu’avec le dé­clin des po­pu­la­tions d’élé­phants les tra­fi­quants spé­culent et le prix au mar­ché noir aug­mente. »

Car ce stock, pour la ma­jo­ri­té com­po­sé de dé­fenses brutes, était des­ti­né à la re­vente, un seul ki­lo étant mon­nayé jus­qu’à 2 500 €. Un mar­ché noir qui ta­lonne dé­sor­mais ce­lui de la drogue, des armes et des êtres hu­mains. In­ter­dit de­puis 1989, le com­merce in­ter­na­tio­nal de l’ivoire nour­rit es­sen­tiel­le­ment l’ap­pé­tit des con­som­ma­teurs chi­nois qui raf- folent de bi­joux et sculp­tures taillés dans les dé­fenses.

« Beau­coup d’ache­teurs consi­dèrent que cet ivoire pro­vient de la mort na­tu­relle des élé­phants » , re­lève Ni­co­las Hu­lot. Mais, der­rière ces pen­den­tifs ou sta­tuettes, se cache la sombre réa­li­té du bra­con­nage.

En Afrique, un élé­phant est tué toutes les quinze mi­nutes en moyenne et cer­taines es­pèces frôlent l’ex­tinc­tion. La po­pu­la­tion de pa­chy­dermes y a d’ailleurs été di­vi­sée par deux de­puis les an­nées 1980. « Les ré­seaux cri­mi­nels et ter­ro­ristes se sont dé­sor­mais po­si­tion­nés sur ce tra­fic » , pour­suit Cé­line Siss­ler- Bien­ve­nu, alors que cer­tains conflits ar­més d’Afrique cen­trale sont en par­tie abreu­vés par ce tra­fic. L’en­jeu ? « Que la Chine l’in­ter­dise sur son mar­ché do­mes­tique » , in­siste- t- elle.

La France a pour sa part an­non­cé dur­cir les sanc­tions fi­nan­cières à l’égard des tra­fi­quants. Et dé­trui­ra main­te­nant toutes les sai­sies d’ivoire, y com­pris des pe­tites pièces comme les bi­joux. Quant aux gra­nu­lats ob­te­nus au­jourd’hui, ils pour­raient ser­vir de… ma­té­riel de construc­tion.

( AFP/ Fran­çois Guillot.)

Aé­ro­port Charles- de- Gaulle ( Val- d’Oise), le 2 dé­cembre 1999. Un seul ki­lo d’ivoire se mon­naye au­jourd’hui jus­qu’à 2 500 €.

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