Cette phar­ma­cie dé­piste les an­gines

Vous avez mal à la gorge ? Votre phar­ma­cien est dé­sor­mais au­to­ri­sé à pra­tique run test qui dé­ter­mine si l’an­gine dont vous souf­frez est d’ori­gine vi­rale ou bac­té­rienne.

Le Parisien (Paris) - - Société - ELÉONORE SOK- HALKOVICH AVEC DA­NIEL PESTEL

« Ou­vrez la bouche et ti­rez la langue. » Comme chez le mé­de­cin, le jeune gar­çon s’exé­cute, mais c’est une phar­ma­cienne qui l’exa­mine. Cette of­fi­cine pa­ri­sienne est l’une des pre­mières à lan­cer ce test de l’an­gine à strep­to­coque A, au­pa­ra­vant ré­ser­vé aux mé­de­cins. Il per­met de dé­ter­mi­ner si votre an­gine est d’ori­gine vi­rale, dans 80 % des cas, ou bac­té­rienne. De­puis un ar­rê­té mi­nis­té­riel de juin der­nier, les phar­ma­ciens sont au­to­ri­sés à l’uti­li­ser, ain­si que les dé­pis­tages du dia­bète et des états grip­paux.

« Quand un client ré­clame des mé­di­ca­ments pour un mal de gorge, nous lui po­sons d’abord quelques ques­tions, ex­plique Béa­trice, la phar­ma­cienne. Si ses symp­tômes durent de­puis plu­sieurs jours, que sa tem­pé­ra­ture n’est pas très éle­vée et que sa gorge est gon­flée, nous sus­pec­tons une an­gine bac­té­rienne et nous lui pro­po­sons le dé­pis­tage. » Ici, c’est gra­tuit, d’autres font payer ce test 4 €. Les mé­de­cins contestent Béa­trice pro­cède à l’exa­men dans un pe­tit es­pace où elle en­tre­pose les boîtes de mé­di­ca­ments. Une table, deux chaises, des gants, un kit de dé­pis­tage et un chro­no­mètre suf­fisent. Elle ef­fec­tue un pré­lè­ve­ment avec un écou­villon ( long co­ton- tige) au ni­veau des amyg­dales. Trois mi­nutes plus tard, la pla­quette ré­vé­la­trice af­fiche ses ré­sul­tats. Un trait : vi­ral, deux traits : bac­té­rien. « Nous avons dé­jà dé­pis­té deux an­gines bac­té­riennes, rap­porte la phar­ma­cienne. Dans ce cas, nous re­com­man­dons im­mé­dia­te­ment aux clients d’al­ler consul­ter un mé­de­cin. » Lorsque l’an­gine est d’ori­gine vi­rale, des sprays an­ti­sep­tique, des sup­po­si­toires et du pa­ra­cé­ta­mol, dé­li­vrés sans or­don­nance, peuvent être re­com­man­dés pour sou­la­ger la dou­leur.

« Ce dé­pis­tage est avant tout un ou­til de pré­ven­tion de san­té pu­blique, af­firme Béa­trice. Il offre une pre­mière ré­ponse à des gens qui n’iraient pas for­cé­ment consul­ter. » Les mé­de­cins contestent. « Ce test peut rendre ser­vice, mais il est in­co­hé­rent sur le plan sa­ni­taire, ob­jecte Claude Lei­cher, pré­sident du syn­di­cat de mé­de­cins gé­né­ra­liste MG France. Il ne diag­nos­tique que le strep­to­coque A, or il existe toute une va­rié­té de bac­té­ries. On a vou­lu éco­no­mi­ser une consul­ta­tion chez le mé­de­cin, mais on peut pas­ser à cô­té du pro­blème. »

Peu de phar­ma­cies pro­posent ce dé­pis­tage au­jourd’hui, mais une cen- taine s’y pré­pa­re­rait en Ile- de- France. « Nous avons com­men­cé par nous for­mer aux en­tre­tiens préa­lables, puis au test, ex­plique Ch­ris­tian, un phar­ma­cien de Gous­sain­ville ( Val- d’Oise). Mais nous de­vons réa­li­ser des tra­vaux d’amé­na­ge­ment du ma­ga­sin avant de nous lan­cer. » Un frein et un casse- tête pour les of­fi­cines, qui doivent en ef­fet dis­po­ser d’un es­pace dé­dié, afin de res­pec­ter le se­cret mé­di­cal.

( LP/ Fré­dé­ric Du­git.)

Pa­ris, hier. Le test pour dé­pis­ter les an­gines peut coû­ter jus­qu’à 4 €. Bien­tôt, une cen­taine de phar­ma­cies en Ile- de- France de­vraient le pro­po­ser.

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