« Il faut une loi contre le har­cè­le­ment àl’école »

Les pa­rents de Mat­teo, ce gar­çonde 13 ans qui s’est sui­ci­dé il y au­na­nen Sa­voie­parce qu’il ne sup­por­tait plus d’être harce léau col­lège à cau­sede ses che­veux roux, dé­noncent l’iner­tie del’ en­quête.

Le Parisien (Paris) - - Faits Divers - BOURG- SAINT- MAU­RICE ( SA­VOIE) De notre correspondant Pro­pos recueillis par SERGE PUEYO

Le 8 fé­vrier 2013, les pa­rents de Mat­teo, 13 ans, dé­cou­vraient le corps sans vie de leur en­fant, pen­du dans sa chambre. Ce col­lé­gien de Bourg- Saint- Mau­rice ( Sa­voie) su­bis­sait dans son éta­blis­se­ment un vé­ri­table har­cè­le­ment de la part de cer­tains élèves qui s’en pre­naient à lui parce qu’il était roux. Ses pa­rents af­firment avoir plu­sieurs fois aler­té les res­pon­sables du col­lège. En vain se­lon eux. A la suite du sui­cide de Mat­teo, ils ont por­té plainte pour « non- as­sis­tance à per­sonne en dan­ger » et « ho­mi­cide in­vo­lon­taire » .

Un an après le drame, et alors qu’ils or­ga­ni­se­ront sa­me­di une cé­ré­mo­nie en hom­mage à leur fils en l’église de Bourg- Saint- Mau­rice, Ra­phaël et Vir­gi­nie Bru­no ont dé­ci­dé de sor­tir de leur si­lence. Afin de ré­cla­mer jus­tice pour leur fils. Pour­quoi avez- vous dé­ci­dé de par­ler au­jourd’hui ? RA­PHAËL BRU­NO. Ce­la fait un an que Mat­teo est par­ti, dans une ter­rible mort. Et au­jourd’hui il n’y a tou­jours rien de nou­veau. Nous n’avons pas de nou­velles du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique d’Al­bert­ville. Pour nous, c’est très dur. La jus­tice ne donne pas de ré­ponse à des pa­rents qui ont en­vie de sa­voir, de dé­cou­vrir la vé­ri­té par rap­port à ce qui s’est pas­sé. Nous le vi­vons comme une in­jus­tice. Vous dites que vous ne vou­lez pas que votre en­fant soit mort pour rien… VIR­GI­NIE BRU­NO. Je suis convain­cue qu’en fai­sant ce geste, Mat­teo a vou­lu faire pas­ser un mes­sage. Ce mes­sage, c’est qu’il y a des en­fants qui sont vic­times de har­cè­le­ment dans leur éta­blis­se­ment sco­laire et qu’on ne prend pas en compte la gra­vi­té de la chose. On ne les prend pas au sé­rieux. Or, ce­la peut avoir des consé­quences dra­ma­tiques. Ce mes­sage de Mat­teo, je vou­drais qu’il soit en­ten­du. Ce­la passe par la voie ju­di­ciaire. Il faut que les res­pon­sa­bi­li­tés soient éta­blies. J’at­tends donc une ré­ponse de la jus­tice. Et je souffre de ce si­lence qui de­vient pe­sant. Je ne veux pas que cette his­toire tombe dans l’ou­bli. Quelle est votre ana­lyse de ce drame ? R. B. De nom­breux té­moi­gnages le prouvent, Mat­teo a été har­ce­lé au col­lège parce qu’il était roux. Et la di­rec­tion du col­lège n’a rien fait alors que nous avions ti­ré à de nom­breuses re­prises la son­nette d’alarme. Elle avait juste pro­po­sé à Mat­teo de chan­ger d’éta­blis­se­ment. Alors que ses bourreaux, eux, se­raient res­tés sur place. Le 8 fé­vrier, le jour de la mort de Mat­teo, nous étions en­core dans le bu­reau du pro­vi­seur. Et mon fils était sor­ti très dé­çu de cet en­tre­tien. Nous n’avons pas été écou­tés. Ce drame au­rait pu être évi­té. Vous es­ti­mez qu’il y a des la­cunes au ni­veau des textes de loi… V. B. Oui. Il existe une loi contre le har­cè­le­ment au tra­vail. Mais il n’y a pas de loi contre le har­cè­le­ment à l’école. Il en faut une. Je pense qu’il faut com­bler ce vide. Je­suis­prête à m’in­ves­tir pour ce­la. Après la mort de Mat­teo, j’ai dé­cou­vert, grâce à des té­moi­gnages que j’ai re­çus, qu’il y avait de nom­breux en­fants en souf­france, avec des pa­rents im­puis­sants qui n’ar­ri­vaient pas à se faire en­tendre de la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment. Que pen­sez- vous des jeunes qui ont har­ce­lé Mat­teo ? V. B. Ce n’est pas parce qu’ils sont mi­neurs qu’ils ne doivent pas être sanc­tion­nés. Je ne de­mande pas qu’ils aillent en pri­son. Mais je vou­drais qu’ils aient tout de même une sanc­tion. Que leurs res­pon­sa­bi­li­tés soient re­con­nues afin qu’il y ait une prise de conscience de leur part. Car, si ces en­fants n’ont rien, ils re­com­men­ce­ront.

Ce n’est pas parce qu’ils sont mi­neurs qu’ils ne doivent pas

être sanc­tion­nés”

Vir­gi­nie Bru­no, à pro­pos des ado­les­cents qui ont har­ce­lé son fils

( DR.)

Har­ce­lé par cer­tains élèves, Mat­teo, 13 ans, vi­vait un cal­vaire quo­ti­dien au sein de son col­lège. Se­lon ses pa­rents, la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment n’a pas suf­fi­sa­ment pris la me­sure des faits : « Nous n’avons pas été écou­tés. Ce drame au­rait pu être évi­té. »

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