L’OM a sa grande gueule

Le Parisien (Paris) - - Sports - MAR­SEILLE ( BOUCHES- DU- RHÔNE) De notre correspondant MA­THIEU GRÉ­GOIRE

Quel bon client pour l’émis­sion ? Le 25 oc­tobre der­nier, les pro­gram­ma­teurs du « Grand Jour­nal » , sur Ca­nal +, doivent vite se re­tour­ner. Vincent La­brune, le pré­sident de l’OM, a po­li­ment dé­cli­né l’in­vi­ta­tion pour dis­cu­ter en pla­teau de la taxe à 75 % et de l’éven­tuelle grève des clubs de L 1. Leur choix nu­mé­ro deux sur Mar­seille se­ra le fan­tasque Re­né Mal­le­ville, ra­vi de prendre le TGV pour mon­ter à Pa­ris. A 66 ans, avec ses yeux bleus per­çants, ses che­veux mi- longs d’un blanc cas­sé, sa ca­pa­ci­té à beu­gler sans for­cer, Mal­le­ville se­rait une sorte de Phi­lippe Lu­cas à la re­traite.

Après chaque match de l’OM, il file en­re­gis­trer « la Mi­nute de Re­né » sur le site Le­pho­céen, où il met gé­né­ra­le­ment le ta­rif à tout le club, des joueurs aux di­ri­geants, même après une vic­toire. Sans fi­let. « Je te le jure sur la tête de mes 5 pe­tits- en­fants, quand on fait le test ca­mé­ra, je ne sais pas ce que je vais dire, confie- t- il. Je ne pré­pare rien, c’est comme en po­li­tique, j’ai hor­reur des gens qui lisent leurs dis­cours. »

nUn an­cien syn­di­ca­liste re­dou­té

Ses atouts : son vo­ca­bu­laire pas vrai­ment châ­tié et sa voix grave « am­pli­fiée avec l’al­cool et la clope » . Vé­hé­mente, « la Mi­nute » dure gé­né­ra­le­ment trois ou quatre. La moyenne est d’en­vi­ron 40 000 pages vues par vi­déo, avec un pic de 135 000 après le der­nier cla­si­co le 6 oc­tobre der­nier et la vic­toire de Pa­ris au Vé­lo­drome ( 2- 1). In­ter­ve­nant à toutes les sauces dans les mé­dias pa­ri­siens ou pro­ven­çaux, Mal­le­ville fi­ni­ra par par­ler de la bouilla­baisse sur Cui­si­neTV… « Je suis même ap­pa­ru dans Tha­las­sa. Mais je suis na­ture- pein­ture, tu viens me voir, tu sais com­ment je suis, ex­plique- t- il. Je ne sol­li­cite per­sonne. »

At­ta­blé de­vant son lé­gen­daire ba­by de Bal­lan­tine’s ( 2 cl de whis­ky), il fait moins le malin quand Mar­celle, pa­tronne d’un bar rue Ma­ze­nod, dans le centre his­to­rique de Mar­seille, le ta­quine : « Comme les vieux, il ne parle que de lui. » Son amie en­chaîne : « Re­né, vous dites trop de gros­siè­re­tés, et c’est uti­li­sé contre les Mar­seillais ! »

On ne peut s’em­pê­cher de li­vrer un scoop dé­vas­ta­teur : Re­né vient de Cas­tel­nau­da­ry ( Aude) ! « Mais je suis ar­ri­vé ici à 9 ans, ob­jecte- t- il. Et j’ai tou­jours ha­bi­té dans le quar­tier de Saint- Mitre, près de Châ­teau- Gom­bert. » Après des an­nées comme sou­deur, il entre à la Ré­gie des trans­ports de Mar­seille, où il de­vient un syn­di­ca­liste re­dou­té : « Je trou­vais tout le monde trop mou, même la CGT, alors j’ai créé le Syn­di­cat des rou­lants et tech­niques : on a blo­qué des dé­pôts, on brû­lait des do­cu­ments de tra­vail, on sé­ques­trait le pa­tron. Ceux d’au­jourd’hui n’ont rien in­ven­té ! » Vi­ré en 1989, il monte un bar à la Jo­liette, où les mi­cros viennent cap­ter l’am­biance les soirs de matchs. « Quinze co­pains m’ont don­né 5 000 F cha­cun, souffle- t- il. Ca­deau, sans rien de­man­der en re­tour. » Les Yan­kee, un groupe du vi­rage nord du Vé­lo­drome où il est abon­né, en font leur QG, il de­vien­dra un temps vice- pré­sident de l’as­so­cia­tion. Mal­le­ville lâ­che­ra son bar en 2005, s’en­ga­ge­ra sur la liste PS de Jean- Noël Gué­ri­ni pour les mu­ni­ci- pales de 2008, ob­tien­dra la dé­lé­ga­tion des sports dans la mai­rie d’ar­ron­dis­se­ment du IIe- IIIe et un siège de conseiller com­mu­nau­taire. Il a un pe­tit contrat avec France Bleu Pro­vence, « le Pho­céen » lui paie l’abon­ne­ment en tri­bune Ga­nay. « Je ne suis pas un mar­chand de ta­pis. Si je pre­nais 1 € par pho­to ou au­to­graphe don­nés, je se­rais très riche ! » se marre- t- il.

( DR.)

Après chaque match de l’OM, Re­né Mal­le­ville file en­re­gis­trer « la Mi­nute de Re­né » sur le site Le­pho­céen, où il donne son avis sur la der­nière pres­ta­tion des Olym­piens.

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