Woo­dyal­len dé­chire Hol­ly­wood

Scan­dale. Les ac­cu­sa­tions d’abus sexuels por­tées contre le ci­néaste par sa fille adop­tive Dy­lan sou­lèvent des­dé­bats hou­leux aux Etats- Unis.

Le Parisien (Paris) - - Loisirs Et Spectacles - NEW YORK ( ÉTATS- UNIS) De notre correspondante GÉRALDINE WOESSNER

Woo­dy Al­len a ré­agi pour la pre­mière fois pu­bli­que­ment mar­di soir aux ac­cu­sa­tions d’abus sexuels sur sa fille adop­tive, Dy­lan Far­row. Alors qu’il se pro­dui­sait, comme il en a l’ha­bi­tude une fois par mois, dans un pe­tit club de jazz de Man­hat­tan, l’un des 80 spec­ta­teurs pré­sents lui a lan­cé : « Ac­cro­chez- vous, Mr. Al­len. » « J’en ai bien l’in­ten­tion, mer­ci » , lui a ré­pon­du le ci­néaste, avant d’en­ta­mer son concert à la cla­ri­nette, sans faire d’autre com­men­taire.

Face au trouble sus­ci­té par les dé­cla­ra­tions de Dy­lan Far­row, pro et an­ti- Woo­dy s’ex­priment en re­vanche abon­dam­ment dans les mé­dias. Sur les pla­teaux de té­lé­vi­sion, l’avo­cat de Woo­dy Al­len a beau mar­te­ler in­las­sa­ble­ment son mes­sage : « L’af­faire est ter­mi­née de­puis 1992. Il n’y a pas d’af­faire ! » … Rien à faire. La « confes­sion » le week- end der­nier, sur un blog du « New York Times » , de Dy­lan, dé­cri­vant dans le dé­tail la fa­çon dont Woo­dy Al­len l’au­rait agres­sée sexuel­le­ment quand elle avait 7 ans, dé­chaîne les pas­sions. Dy­lan a li­vré un té­moi­gnage « cou­ra­geux, puis­sant et gé­né­reux » , sa­lue la star de la sé­rie « Girls » , Le­na Dun­ham, quand la jour­na­liste Bar­ba­ra Wal­ters, dans son show très po­pu­laire, « The View » , dé­fend « un père at­ten­tif, tendre et at­ten­tion­né » .

Qui croire ? La lettre, dou­lou­reu­se­ment poi­gnante, a ra­vi­vé la guerre sourde que se livrent de­puis vingt ans les clans Far­row- Al­len. En 1992, lorsque Mia Far­row, com­pagne du réa­li­sa­teur, dé­couvre sa liai­son avec une autre de ses filles adop­tives, Soon- Yi Pre­vin, alors âgée de 20 ans, elle entre dans une rage folle. L’ac­cu­sa­tion d’agres­sion sexuelle sur­vient alors que le couple se dé­chire pour la garde de leurs trois en­fants. Pour sa dé­fense, Woo­dy Al­len sou­tien­dra que Mia Far­row a ma­ni­pu­lé la pe­tite fille pour s’en ser­vir comme ins­tru­ment de ven­geance.

En 1993, une en­quête mé­di­cale conclu­ra à l’ab­sence d’agres­sion, mais les notes ont été per­dues et d’autres té­moi­gnages contri­buent à main­te­nir le doute. Ils évoquent le com­por­te­ment am­bi­gu du réa­li­sa­teur vis- à- vis de Dy­lan, son « ob­ses­sion » pour l’en­fant… Rien de concret, mais « ne se passe- t- il pas des mil­liers de choses ter­ribles der­rière les portes fer­mées ? » , de­mande, l’air en­ten­du, la pré­sen­ta­trice d’un show hol­ly­woo­dien.

nL’Aca­dé­mie

em­bar­ras­sée

des Os­cars

Reste que cette nou­velle bombe sur­vient au pire mo­ment pour Woo­dy Al­len, ré­cem­ment ré­com­pen­sé d’un Gol­den Globe pour l’en­semble de son oeuvre. A la cé­ré­mo­nie des Os­cars, le 2 mars, son der­nier film, « Blue Jas­mine » , se­ra en com­pé­ti­tion dans trois ca­té­go­ries, dont celle de meilleure ac­trice. Dif­fi­cile d’ima­gi­ner que la tem­pête mé­dia­tique n’au­ra au­cun ef­fet sur les membres de l’Aca­dé­mie, qui pour­raient re­chi­gner à as­so­cier leurs voix à l’oeuvre « d’un agres­seur d’en­fants » , re­lève le « Hol­ly­wood Re­por­ter » . Di­rec­te­ment in­ter­pel­lée dans sa lettre par la jeune fille, Cate Blan­chett a ten­té quelques mots d’apai­se­ment : « C’est évi­dem­ment une si­tua­tion dou­lou- reuse pour la fa­mille. J’es­père qu’ils pour­ront un jour la ré­soudre et trou­ver la paix. » Mais, pour l’avo­cat de Woo­dy Al­len, il n’y au­ra ja­mais de paix pos­sible : « L’idée de son agres­sion a été im­plan­tée dans son es­prit par sa mère, sou­tient El­kan Abra­mo­vitz. Se­lon moi, elle ne ment pas, elle croit sin­cè­re­ment que ça s’est pas­sé. » Ses mots de dou­leur ont en tout cas pro­fon­dé­ment ébran­lé Hol­ly- wood. « Les ac­teurs l’en­censent, la té­lé­vi­sion passe ses films […]. Dès que je le vois, je dis­si­mule ma pa­nique et je cherche un en­droit où m’ef­fon­drer. Toutes les sta­tuettes que vous lui don­nez, c’est une ma­nière de me dire : Tais- toi et va- t’en ! » écrit Dy­lan Far­row. Cette lettre ou­verte pè­se­ra- t- elle au mo­ment des votes pour les Os­cars ?

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