Po­lar In­dri­da­son­nous­me­té­che­cet­mat

Le Parisien (Paris) - - Loisirs Et Spectacles - CA­THE­RINE BALLE

L’Is­lan­dais a en­core frap­pé. Et, une fois de plus, il fait très fort. Dans « Etranges Ri­vages » , l’an der­nier, Ar­nal­dur In­dri­da­son nous plon­geait dans un dé­cor peu­plé de lacs ge­lés et de tem­pêtes de neige. Avec « le Duel » , l’au­teur nous en­traîne dans la ca­pi­tale is­lan­daise pen­dant la guerre froide. In­dri­da­son, qui a une for­ma­tion d’his­to­rien, a si­tué son po­lar pen­dant un évé­ne­ment réel : la fi­nale du Cham­pion­nat du monde d’échecs de 1972, à Reyk­ja­vik, entre l’Amé­ri­cain Bob­by Fi­scher et le Russe Bo­ris Spass­ky. Une ren­contre sur­nom­mée « le match du siècle » parce que, en pleine guerre froide, les Etats- Unis en­ten­daient mettre un terme au règne sans par­tage de l’Union so­vié­tique sur les échecs.

Le ro­man com­mence sur les cha­peaux de roue. Dans une salle de ci­né­ma, on dé­couvre le ca­davre d’un jeune homme sans his­toires de 17 ans, poi­gnar­dé en pleine séance. Le com­mis­saire Ma­rion Briem, men­tor d’Er­len­dur Sveins­son ( le hé­ros fé­tiche d’In­dri­da­son), va vite être convain­cu que le meurtre est lié au match amé­ri­ca­no- russe. Ou au moins à l’agi­ta­tion qui règne dans la ville à cause de la fi­nale… « Le Duel » tourne alors au ro­man d’es­pion­nage. In­dri­da­son sait prendre son lec­teur par la main et le conduire dans une in­trigue riche et pleine de sus­pense mais ja­mais confuse. nUn Outre ce scé­na­rio très bien fi­ce­lé, l’in­té­rêt de ce po­lar ré­side dans le per­son­nage de Ma­rion Briem. Le com­mis­saire était dé­jà ap­pa­ru dans d’autres en­quêtes d’Er­len­dur ( « la Voix » , « Hi­ver arc­tique » , « la Ci­té des

hé­ros très am­bi­gu

jarres » … ) : Ma­rion ve­nait en aide à son pro­té­gé lors­qu’il se trou­vait dans une im­passe.

Cette fois- ci, donc, c’est Briem qui mène le bal. Et, au fil des pages, In­dri­da­son met en scène un per­son­nage bles­sé, mar­qué à vif par une his­toire fa­mi­liale ca­bos­sée et une tu­ber­cu­lose qui l’a contraint, en­fant, à en­chaî­ner les sé­jours en sa­na­to­rium. Un per­son­nage tellement énig­ma­ti- que qu’on ne sait même pas quel est son sexe.

« Dans le texte original, rien n’in­dique si Ma­rion — qui porte un pré­nom mixte en is­lan­dais — est un homme ou une femme, ex­plique Anne- Ma­rie Mé­tai­lié, l’édi­trice d’In­dri­da­son. Je crois que cette am­bi­guï­té amuse l’au­teur. Il avait fait la même chose avec Betty, le per­son­nage cen­tral d’un de ses pré­cé­dents ro­mans. » Les lec­teurs les plus at­ten­tifs ver­ront que le tra­duc­teur a choi­si entre mas­cu­lin et fé­mi­nin, puis­qu’à deux re­prises, seule­ment, l’ac­cord d’un ad­jec­tif lève le doute. « Cer­tains as­pects de l’his­toire nous ont per­mis de tran­cher » , pré­cise Anne- Ma­rie Mé­tai­lié. Les lec­teurs re­trou­ve­ront Ma­rion dans le pro­chain po­lar d’In­dri­da­son, en fé­vrier 2015, in­ti­tu­lé « les Nuits de Reyk­ja­vik » . Il re­la­te­ra les pre­mières en­quêtes d’un cer­tain… Er­len­dur Sveins­son.

( LP/ Ca­rol Amar.)

L’écri­vain is­lan­dais Ar­nal­dur In­dri­da­son signe un nou­veau ro­man au scé­na­rio dia­bo­li­que­ment ef­fi­cace, entre thril­ler et ro­man d’es­pion­nage.

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