« C’est la Cons­ti­tu­tion de tous et de toutes »

Mus­ta­pha Ben Jaa­far, pré­sident de l’As­sem­blée consti­tuante tu­ni­sienne

Le Parisien (Paris) - - Politique - Pro­pos recueillis par A. D.

L“ e pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale consti­tuante se dit fier et « très sou­la­gé » . A 73 ans, Mus­ta­pha Ben Jaa­far, se­cré­taire gé­né­ral d’Et­ta­ka­tol, un par­ti so­cial- dé­mo­crate, a joué un rôle char­nière dans l’adop­tion de la Cons­ti­tu­tion. Trois ans après la ré­vo­lu­tion, com­ment se porte la Tu­ni­sie ? MUS­TA­PHA BEN JAA­FAR. Plu­tôt bien ! La tran­si­tion post­ré­vo­lu­tion­naire est une étape ex­cep­tion­nelle, très dé­li­cate. La nôtre a été pa­ci­fique. La Tu­ni­sie reste un exemple de mo­dé­ra­tion, j’es­père que ce­la conti­nue­ra. La nou­velle Cons­ti­tu­tion

a en par­tie été adop­tée grâce aux conces­sions d’En­nah­da. Que pen­sez- vous de ses com­pro­mis ? Il n’est pas or­di­naire qu’un par­ti dis­po­sant d’une ma­jo­ri­té confor­table cède le pou­voir à une autre équipe non par­ti­sane ! Leur at­ti­tude nous a per­mis de sor­tir de la crise sans qu’il y ait ni ga­gnant ni per­dant. Nous sommes ar­ri­vés à les convaincre que pour le cré­dit du mo­dèle tu­ni­sien, il fal­lait que les élec­tions soient à l’abri du moindre doute et gé­rées par un gou­ver­ne­ment sans éti­quette par­ti­sane. Tout le monde y trouve son compte. Et nous sommes par­ve­nus à faire la Cons­ti­tu­tion de tous et de toutes.

La so­cié­té reste conser­va­trice”

Ce texte consacre l’éga­li­té entre hommes et femmes. Ce­la se­ra- t- il fa­cile à mettre en ap­pli­ca­tion ? Les in­ten­tions, c’est une chose. La pra­tique, c’est tou­jours dif­fé­rent ! La so­cié­té reste conser­va­trice, très liée à la religion, qui fait par­tie du pa­tri­moine et de la vie quo­ti­dienne. Sa pré­sence est très forte. Il fau­dra com­po­ser avec, mais, heu­reu­se­ment, l’is­lam est une religion d’ou­ver­ture. Ça nous per­met de gar­der nos ra­cines et notre identité ara­bo- mu­sul­mane tout en étant ou­verts sur les va­leurs uni­ver­selles. La religion a- t- elle sa place en po­li­tique ? Non. Beau­coup de mu­sul­mans pensent que l’is­lam est une religion uni­ver­selle qui touche tous les do­maines, de la vie quo­ti­dienne à la po­li­tique. Mais l’idée de sé­pa­ra­tion entre le pou­voir et la religion fait son che­min. Quelle peut être la place d’un par­ti is­la­miste comme En­nah­da ?

Il y avait un froid entre les dé­mo­crates et l’an­cienne équipe au pou­voir en France”

Il doit s’adap­ter aux règles de la vie po­li­tique. Il se com­porte de plus en plus comme un par­ti qui a des in­té­rêts, qui cherche à les sau­ve­gar­der et fait la part des choses, sans re­lé­guer la religion en de­hors du dé­cor, mais en l’adap­tant aux réa­li­tés du pays et à son en­vi­ron­ne­ment, ré­gio­nal et in­ter­na­tio­nal. Vous al­lez ren­con­trer Fran­çois Hol­lande. Que comp­tez- vous lui dire ? Je vais le re­mer­cier pour le sou­tien dont nous avons bé­né­fi­cié de­puis son ar­ri­vée au pou­voir. Il y avait un froid entre les dé­mo­crates et l’an­cienne équipe au pou­voir en France, qui a plu­tôt sou­te­nu la dic­ta­ture de Ben Ali. Les quelques nuages dans notre re­la­tion se dis­sipent très vite compte te­nu du lien his­to­rique entre nos deux pays. Pour­riez- vous être can­di­dat à la pré­si­den­tielle ? Je n’y pense pas en me ra­sant le ma­tin ! Ce n’est pas à écar­ter, c’est une éven­tua­li­té à en­vi­sa­ger. Ce­la se dé­ci­de­ra au ni­veau de mon par­ti.

Tu­nis, hier. « L’idée de sé­pa­ra­tion entre le pou­voir et la religion fait son che­min » , confie Mus­ta­pha Ben Jaa­far, pré­sident de l’as­sem­blée consti­tuante.

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