Le­sou­la­ge­ment des­femmes

Le Parisien (Paris) - - Politique - TU­NIS AVA DJAMSHIDI

Une Tu­ni­sienne est- elle l’égale d’un Tu­ni­sien ? Dans les rues de la ca­pi­tale, la ré­ponse des prin­ci­pales in­té­res­sées cingle du tac au tac. « Evi­dem­ment ! s’en­flamme Gho­frane Hai­ni, 23 ans. Je suis l’équi­valent d’un homme. Nous avons tous les mêmes droits. » Et c’est dé­sor­mais of­fi­ciel. Le des­tour ( Cons­ti­tu­tion en arabe), la nou­velle loi fon­da­men­tale du pays, adop­tée le 26 jan­vier, l’énonce clai­re­ment. « Les ci­toyens et les cit oyennes sont égaux en droits et en de­voirs. Ils sont égaux de­vant la loi sans dis­cri­mi­na­tion » , pro­clame l’ar­ticle 21.

Cette phrase, les femmes du pays n’en sont pas peu fières. « On est les pre­mières du monde arabe à ob­te­nir l’éga­li­té des sexes, s’en­or­gueillit Ga­zia Ben Amar. Nous nous sommes bat­tues pour ce­la. Mais nous étions dé­jà très avan­cées par rap­port aux autres femmes de la ré­gion. » Grâce au Code du sta­tut per­son­nel no­tam­ment, en­tré en vi­gueur en 1956, sous l’im­pul­sion de ce­lui qui al­lait de­ve­nir le pre­mier pré­sident de la Tu­ni­sie, Ha­bib Bour­gui­ba. Ce texte a, entre autres, abo­li la po­ly­ga­mie et au­to­ri­sé le di­vorce. Mais ja­mais un tel prin­cipe d’éga­li­té n’avait été for­mu­lé de la sorte.

Et à les en­tendre, à l’is­sue de la ré­vo­lu­tion, elles l’ont « échap­pé bel- le » , comme le sou­ligne Bou­thei­na Layed. « On re­vient de très loin, alors on sa­voure » , s’en­thou­siasme cette en­sei­gnante de 42 ans. Sous l’im­pul­sion du par­ti is­la­miste En­nah­da, pre­mière force po­li­tique sor­tie des urnes de­puis la chute du ré­gime de Zine Ben Ali, pré­sident du pays jus­qu’en jan­vier 2011, elles sont nom­breuses à avoir craint pour leurs droits. Comme lors­qu’en 2012, les Nah­daouis — par­ti­sans d’En­nah­da — ont cher­ché à in­tro­duire comme prin­cipe consti­tu­tion­nel que « la femme est com­plém e n t a i r e d e l’homme » . « J’ai eu très très peur, je me suis dit qu’ils al­laient es­sayer d’is­la­mi­ser notre so­cié­té, et mi­no­rer notre rôle » , ajoute Ga­zia Ben Amar. « Leur es­sor a tout de même eu une in­fluence sur les es­prits » , peste cette fonc­tion­naire qui a dé­tes­té en­tendre ses col­lègues mul­ti­plier les bou­tades sur le rôle des « femmes à la mai­son » . « A cause des is­la­mistes, cer­tains hommes se sont sen­tis plus libres de faire des in­si­nua­tions sur notre sta­tut » , ra­conte- t- elle.

Alors, les Tu­ni­siennes veillent au grain, même si elles ont pous­sé un ouf de sou­la­ge­ment avec cette Cons­ti­tu­tion. « Si les is­la­mistes re­viennent au pou­voir, ils pour­ront tou­jours l’amen­der » , re­doute Zei­neb Bou­ki. « Nous de­vons res­ter vi­gi­lantes et mo­bi­li­sées » , in­siste Wiem Souis­si, 28 ans, en se pro­me­nant bras des­sus, bras des­sous avec Ol­fa, son amie d’en­fance. Celle- ci, in­ter­prète, s’en­thou­siasme. « On a fait un grand pas. Et dé­sor­mais, on se sent vrai­ment libre, no­tam­ment par rap­port à la religion, glisse la jeune femme. On peut por­ter le voile li­bre­ment. » Wiem l’in­ter­rompt : « Main­te­nant il va fal­loir s’as­su­rer que ces lois se tra­duisent en ac­tions. »

Car les ha­bi­tudes, elles, res­tent pro­fon­dé­ment an­crées. Femmes et hommes, vrai­ment égaux ? Les hommes n’en sont pas tous convain­cus. « On res­pecte la femme, c’est un être hu­main. Mais il y a cer­taines choses dans la religion is­la­mique, c’est pas pa­reil… » sou­rit le ven­deur de ta­pis Ab­del­krim, d’un air en­ten­du. Les Tu­ni­siennes sont au dé­but d’un long che­min. Mais dé­sor­mais, elles ont le droit pour elles.

On est les pre­mières du monde

arabe à ob­te­nir l’éga­li­té des sexes”

Ga­zia Ben Amar, une Tu­ni­sienne

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