Les is­la­mistes partent mais­ne­re­non­cent­pas

Le Parisien (Paris) - - Politique - TU­NIS A. D.

Re­non­cer au pou­voir, dans l’at­tente de len­de­mains qui chantent. Tel est le pa­ri de Ra­ched Ghan­nou­chi, l’is­la­miste le plus in­fluent de Tu­ni­sie. Fon­da­teur du par­ti En­nah­da, cet homme a pous­sé les siens à re­mettre les clés de l’exé­cu­tif à un gou­ver­ne­ment apo­li­tique il y a un mois. Ob­jec­tif : sor­tir la Tu­ni­sie de la longue crise dans la­quelle elle se trou­vait em­pê­trée. Un pa­ri ris­qué, mais qui, à terme, pour­rait rap­por­ter gros. A l’is­sue de la ré­vo­lu­tion, le par­ti is­la­miste rem­porte en 2011 les élec­tions à l’As­sem­blée consti­tuante, char­gée de ré­di­ger la loi fon­da­men­tale. En­nah­da ( 89 élus sur 217) de­vient la pre­mière force po­li­tique du pays. Mais l’exer­cice du pou­voir est plus com­plexe que pré­vu. Les dif­fi­cul­tés — éco­no­miques et sé­cu­ri­taires — s’ac­cu­mulent. Et les Tu­ni­siens des­cendent dans la rue pour pro­tes­ter. Le di­vorce avec la po­pu­la­tion est consom­mé lorsque, il y a un an, une fi­gure de l’op­po­si­tion, Cho­kri Be­laïd, est as­sas­si­née. Trois balles ti­rées à bout por­tant qui plongent le pays dans une grave crise. Et qui jettent l’op­probre sur En­nah­da, ac­cu­sé d’avoir com­man­di­té ce crime. Dès lors, une par­tie de la rue ré­clame la dé­mis­sion du par­ti is­la­miste. Dans le même temps, les tra­vaux sur la Cons­ti­tu­tion pié­tinent. Le scé­na­rio égyp­tien, avec un pré­sident is­la­miste in­ca­pable de ré­con­ci­lier les deux par­ties de la po­pu­la­tion et dé­po­sé par un coup d’Etat mi­li­taire, ef­fraie les Tu­ni­siens.

nCal­cul po­li­tique

D’abord ré­ti­cents à l’idée d’aban­don­ner ce pou­voir conquis dans les urnes, les is­la­mistes fi­nissent par par­tir. Non sans avoir ob­te­nu l’as­su­rance qu’il n’y au­ra pas de chasse aux sor­cières. Ils cèdent aus­si du ter­rain sur la Cons­ti­tu­tion, qui a été adop­tée le 26 jan­vier. « On l’a fait pour la sta­bi­li­té de la Tu­ni­sie, pour son in­té­rêt ma­jeur » , clame Souad Ab­der­ra­him, dé­pu­tée d’En­nah­da. Sans doute aus­si par cal­cul po­li­tique. Car les is­la­mistes ap­pa­raissent dé­sor­mais comme ceux qui ont per­mis au pays de sor­tir de la crise. « Si En­nah­da n’avait pas eu la ma­tu­ri­té de se sa­cri­fier, la Tu­ni­sie au­rait som­bré dans le chaos, comme en Egypte ou en Li­bye » , as­sure Mo­ha­med Am­mar, un de leurs sym­pa­thi­sants. Dé­char­gé du pou­voir, le par­ti ne se­ra pas non plus ren­du res­pon­sables des maux frap­pant la Tu­ni­sie, lors des élec­tions pré­vues d’ici à la fin de l’an­née. Car En­nah­da ne se dé­tourne pas de la po­li­tique. Dé­jà en cam­pagne, les prin­ci­paux di­ri­geants du par­ti ef­fec­tuent une tour­née de mee­tings en pro­vince. De l’art de par­tir pour mieux re­ve­nir.

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