Un­mil­liard­pour­la­cy­ber­dé­fense

Le mi­nistre de la Dé­fense, Jean- Yves Le Drian, va dé­voi­ler au­jourd’hui en Bre­tagne les 50me­sures que l’ar­mée­va­prendre pour mieux se dé­fendre contre les at­taques in­for­ma­tiques ve­nues­du­mon­deen­tier.

Le Parisien (Paris) - - Politique - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

L’af­faire Snow­den l’a prou­vé : la NSA, puis­sante cen­trale de ren­sei­gne­ment amé­ri­caine, a pu in­ter­cep­ter des don­nées in­for­ma­tiques aus­si nom­breuses que va­riées, par­tout dans le monde. Jus­qu’à écou­ter le té­lé­phone per­son­nel de la chan­ce­lière al­le­mande An­ge­la Mer­kel, dé­clen­chant un re­ten­tis­sant scan­dale outre- Rhin.

Au mi­nis­tère de la Dé­fense, on as­sure au­jourd’hui que cette ré­vé­la­tion n’a éton­né per­sonne. « Si vous envoyez un mail sur In­ter­net, c’est comme si vous l’af­fi­chiez à votre fe­nêtre » ré­sume un haut gra­dé. Ce que la NSA réa­lise en toute im­pu­ni­té, des pi­rates pri­vés ( ha­ckers), des ré­seaux ter­ro­ristes ou­mê­med’autres ser­vices d’es­pion­nages étran­gers s’y es­sayent presque tous les jours. Ain­si, en 2013, les seuls ser­vices du mi­nis­tère de la Dé­fense ont su­bi 800 at­taques in­for­ma­tiques, dites si­gni­fi­ca­tives — c’est- à- dire d’une in­ten­si­té suf­fi­sante pour at­ti­rer l’at­ten­tion des spé­cia­listes — soit le double par rap­port à 2012 ( et le qua­druple par rap­port à 2011). Rien qui n’ait tou­te­fois pu être « dé­joué » , as­sure- t- on de même source. D’après « le Té­lé­gramme de Brest » , qui avait ré­vé­lé l’af­faire à l’époque, le pro­fil Fa­ce­book d’un conseiller de l’Ely­sée avait été en re­vanche piraté avec suc­cès, peu après l’élec­tion de Fran­çois Hol­lande. Après avoir don­né son mot de passe par er­reur, l’im­pru­dent avait été vic­time d’une sorte de vi­rus et plu­sieurs or­di­na­teurs de la pré­si­dence avaient été in­fec­tés.

nLa guerre du fu­tur

Du cô­té des plus hautes au­to­ri­tés de l’Etat, la mé­fiance est donc de mise. Et mal­gré la di­sette bud­gé­taire, le gou­ver­ne­ment a au­to­ri­sé le dé­blo­cage d’un mil­liard d’eu­ros dans le cadre de la loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire ( LPM) pour ren­for­cer les dé­fenses fran­çaises mais aus­si pré­pa­rer la contre- at­taque. Car une guerre clas­sique pour­ra dé­sor­mais être ac­com­pa­gnée d’une of­fen­sive sur le ter­rain in­for­ma­tique me­née sciem­ment par la France pour dé­sta­bi­li­ser l’en­ne­mi. Un par­ti pris as­su­mé, même si sur ce der­nier point les mi­li­taires ne veulent évi­dem­ment pas trop en dire.

Le plan que Jean- Yves le Drian dé­taille au­jourd’hui à Ces­son- Sé­vi­gné ( Ille- et- Vi­laine) com­porte une sé­rie de me­sures concrètes. A com­men­cer par un ren­for­ce­ment des ef­fec­tifs du centre d’ana­lyse de lutte in­for­ma­tique dé­fen­sive, le Ca­lid, ( qui pas­se­ra de 20 à 120 per­sonnes). Pêle- mêle, une uni­té pro­je­table d’une cen­taine de spé­cia­listes se­ra créée pour as­su­rer la sé­cu­ri­té in­for­ma­tique des for- ces fran­çaises à l’étran­ger, le nombre de cy­be­rex­perts pas­se­ra de 250 à 450 au sein de la DGA ( Di­rec­tion gé­né­rale de l’ar­me­ment) et le bud­get d’études se­ra tri­plé de 10 à 30 M€. Le mi­nis­tère de la Dé­fense veut aus­si mieux sen­si­bi­li­ser tous ses per­son­nels ( 250 000 postes de tra­vail en­vi- ron) et pré­pa­rer l’ave­nir en en­cou­ra­geant les étu­diants à s’in­ves­tir dans le do­maine de la cy­ber­dé­fense. Plu­sieurs chaires uni­ver­si­taires se­ront créées, no­tam­ment à l’Ecole na­vale et à l’Ecole de l’air. Bref, la France ne veut pas lou­per le ren­dez- vous de la guerre du fu­tur.

En 2013, les ser­vices du mi­nis­tère de la Dé­fense ont su­bi 800 at­taques in­for­ma­tiques.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.