Le FN à l’as­saut des tours du XVe

Cet ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien àl ’image bour­geoise compte aus­si un élec­to­rat po­pu­laire, qui voit se­dé­gra der ses condi­tions devie dans les barres HLM etest ten­té par le vote FN.

Le Parisien (Paris) - - Municipales - ( LP/ Phi­lippe La­vieille.) VALÉRIE HACOT * Les pré­noms ont été chan­gés.

Les ra­fales de vent gla­cial s’en­gouffrent entre les tours sans âme des an­nées 1970, où une di­zaine d’ado­les­cents, ca­goule vis­sée sur la tête, squattent le hall d’en­trée du bâ­ti­ment 15. Un amon­cel­le­ment de meubles, je­tés né­gli­gem­ment d’une fe­nêtre, pour­rit tran­quille­ment à quelques mètres des pou­belles… Ni­chée entre le bou­le­vard Lefebvre et la rue Bran­cion, coin­cée entre le tram­way et la pe­tite cein­ture, l’im­po­sante barre des Pé­ri­chaux, aux confins du XVe, a de faux airs de ban­lieues dif­fi­ciles, très loin de l’image pro­prette et bour­geoise de cet ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien.

Au fil des ans, la ré­si­dence HLM s’est pe­tit à pe­tit trans­for­mée en ci­té avec ses in­ci­vi­li­tés au quo­ti­dien, son tra­fic de shit et un cer­tain sen­ti­ment d’aban­don pour nombre de ses 2 500 ha­bi­tants… Une terre de pré­di­lec­tion pour le Front na­tio­nal qui es­père réa­li­ser une per­cée dans cet ar­ron­dis­se­ment clé, le plus peu­plé de la ca­pi­tale. Ha­bi­tué aux scores lilli­pu­tiens dans le XVe — à peine 2,8 % aux mu­ni­ci­pales en 2008 — le FN y est au­jourd’hui cré­di­té dans les son­dages de près de 8 % des in­ten­tions de vote. Ses cibles de choix : les élec­teurs « bour­geois » tra­di­tion­nels dé­rou­tés par le dis­cours « bo­bo » de Na­tha­lie Kos­cius­ko- Mo­ri­zet, mais aus­si, et sur­tout, les ha­bi­tants des quar­tiers po­pu­laires. « Nous leur ap­por­tons une at­ten­tion par­ti­cu­lière. Notre dis­cours sur la sé­cu­ri­té est bien per­çu » , as­sure la tête de liste Wal­le­rand de Saint- Just, qui vise aus­si la mai­rie de Pa­ris.

Pas de quoi af­fo­ler le maire UMP sor­tant, Phi­lippe Gou­jon, an­cien co­lo­nel de gen­dar­me­rie : les fron­tistes ? « On ne les voit pas faire cam­pagne, je ne crois pas qu’ils fe­ront un score spec­ta­cu­laire. D’au­tant que nous met­tons l’ac­cent sur la sé­cu­ri­té. » Le PS, de son cô­té, est moins se­rein : « Cer­taines per­sonnes dans ces quar­tiers ren­contrent de réelles dif­fi­cul­tés qui peuvent les conduire à s’éga­rer et à vo­ter FN. A nous de les convaincre » , ex­plique Claude Dargent, nu­mé­ro deux sur la liste d’Anne Hi­dal­go, cham­pionne du PS à Pa­ris, qui se pré­sente dans cet ar­ron­dis­se­ment. « Mais l’hy­po­thèse d’une tri­an­gu­laire UMP- PS- FN existe. »

Le dis­cours de cer­tains lo­ca­taires s’est dur­ci” Le gar­dien de la ré­si­dence des Pé­ri­chaux

Aux Pé­ri­chaux en tout cas, vo­ter FN, ce n’est ef­fec­ti­ve­ment plus un ta­bou. « Je pour­rais me lais­ser ten­ter, c’est un par­ti comme un autre » , lâche Sandrine, la cin­quan­taine. Quelques bâ­ti­ments plus loin, Na­tha­lie*, 63 ans, est plus ca­té­go­rique : « Aux mu­ni­ci­pales, je vais vo­ter UMP, parce que je veux que l’ar­ron­dis­se­ment reste à droite, mais aux eu­ro­péennes, je vote FN » , confie- t- elle… bais­sant la voix dès qu’un voi­sin s’ap­proche. « On en fait trop pour cer­taines per­sonnes et pas as­sez pour les Fran­çais. On doit payer plus cher pour notre san­té, alors qu’eux, ils viennent d’ar­ri­ver et ils ont les soins gra­tuits. Quand un ap­par­te­ment se li­bère ici, il est au­to­ma­ti­que­ment at­tri­bué à une per­sonne de cou­leur. Nous, les Fran­çais, c’est tout juste si on ne nous dit pas de par­tir pour lais­ser la place. » Cette re­trai­tée, ins­tal­lée aux Pé­ri­chaux de­puis les an­nées 1980, n’ose plus sor­tir de chez elle pas­sé 19 heures. « J’ai peur » , lâ­chet- elle. Même sen­ti­ment pour Ch­ris­tine* 60 ans, em­ployée de mai­son : « Je suis ar­ri­vé ici il y a qua­rante ans. A l’époque c’était agréable, je lais­sais mes en­fants jouer seuls dans la ré­si­dence. Au­jourd’hui, j’in­ter­dis à ma pe­tite- fille de sor­tir sans moi. » Elle vo­te­ra comme à chaque fois pour la gauche, « mais c’est vrai qu’on en­tend beau­coup de lo­ca­taires par­ler du FN de­puis quelque temps. C’est lo­gique, y a tellement de gens qui se com­portent mal » , dit- elle en dé­si­gnant du men­ton « la tri­bu » : les jeunes dans sa cage d’es­ca­lier.

Mo­nique, elle, n’in­vite plus per­sonne chez elle : « J’ai tellement honte. Ça pue l’urine dans l’as­cen­seur. Le pro­blème, c’est qu’on nous a mé­lan­gés avec des gens qui veulent conti­nuer à vivre comme s’ils étaient en­core chez eux. » Des pro­pos qui ne sur­prennent même plus le gar­dien : « Le dis­cours de cer­tains lo­ca­taires s’est dur­ci. Il y a beau­coup de per­sonnes âgées, et cer­tains ont du mal avec les jeunes, le dé­ca­lage est trop grand. »

De quoi désar­çon­ner Annabelle, une mère de fa­mille de 48 ans : « Faut pas exa­gé­rer, c’est vi­vable les Pé­ri­chaux. J’ai ha­bi­té quinze ans dans la ci­té du Luth à Gen­ne­vil­liers ( NDLR : Hauts- de- Seine), ça, c’est un quar­tier dif­fi­cile, je n’y re­tour­ne­rai pour rien au monde. Ici, on est quand même à Pa­ris. »

Ré­si­dence des Pé­ri­chaux, bou­le­vard Lefebvre, Pa­ris ( XVe), lun­di. De nom­breux ha­bi­tants de cette im­po­sante barre se disent ten­tés par le vote FN.

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