Mon­te­bourg ga­ran­tit 1500 emplois aux ex- Mo­ry Du­cros

De­puis hier, les sa­la­riés de Mo­ry Du­cros sont fixés sur leur sort. Ar­cole In­dus­tries re­prend l’en­tre­prise mais gar­de­ra moins de la moi­tié des em­ployés.

Le Parisien (Paris) - - Economie - Pro­pos recueillis par CA­THE­RINE GASTÉ

Vers 19 heures, hier, l’épi­logue est tom­bé au tri­bu­nal de com­merce de Pon­toise ( Vald’Oise). Le juge a dû exa­mi­ner à la loupe 170 pages avant de dire oui à la re­prise du trans­por­teur de co­lis Mo­ry Du­cros par le groupe Ar­cole In­dus­tries. L’au­dience avait com­men­cé à 17 heures. Clô­tu­rant ain­si plu­sieurs se­maines d’in­tenses né­go­cia­tions et de coups de théâtre qui ont mis les nerfs des 5 000 sa­la­riés à rude épreuve. Il ne reste plus qu’à né­go­cier le mon­tant des in­dem­ni­tés ver­sées aux sa­la­riés li­cen­ciés. Au to­tal, Ar­cole met­tra la main à la poche à hau­teur de 30 M€.

Le feuilleton a du­ré plus de deux mois de­puis le pla­ce­ment en re­dres­se­ment ju­di­ciaire de l’en­tre­prise. C’est l’un des plus im­por­tants dé­pôts de bi­lan en­re­gis­trés en France de­puis la faillite du fa­bri­cant de pe­tit élec­tro­mé­na­ger Mou­li­nex en 2001. A plu­sieurs re­prises, le der­nier re­pre­neur en lice, Ar­cole In­dus­tries, a me­na­cé de re­ti­rer son offre.

Au fi­nal, l’ac­tion­naire pro­pose de re­prendre 2 210 sa­la­riés et 50 agences ( sur 85). Le plan so­cial va lais­ser plus de 2800 per­sonnes sur le car­reau. Mais Ar­naud Mon­te­bourg, le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, an­nonce dans nos co­lonnes com­ment il n’en lais­se­ra tom­ber au­cune. Des ga­ran­ties qui ne suf­fisent pas à cal­mer la co­lère de cer­tains sa­la­riés, comme à Vénissieux ( Rhône). Mo­ry Du­cros, c’est la folle his­toire d’un sau­ve­tage à l’ar­ra­ché. Vous en êtes sa­tis­fait ? AR­NAUD MON­TE­BOURG. Dans ce dos­sier dif­fi­cile nous avons fait l’im­pos­sible. Les né­go­cia­tions noc­turnes ont été mus­clées avec l’ac­tion­naire tant sur le plan du fi­nan­ce­ment du pro­jet in­dus­triel que sur le ter­rain so­cial. Au fi­nal, 2 210 sa­la­riés vont conser­ver leur em­ploi. Mais je pense sur­tout aux 2 800 qui vont perdre leur tra­vail et que nous al­lons ai­der — grâce à un dis­po­si­tif ex­cep­tion­nel — à re­trou­ver un em­ploi. Com­ment al­lez- vous les sou­te­nir ? Face à ce si­nistre so­cial nous avons, avec Mi­chel Sapin et Fré­dé­ric Cu­vil- lier, fait ap­pel à une mo­bi­li­sa­tion na­tio­nale ex­cep­tion­nelle. Nous avons mo­bi­li­sé en­tre­prises pu­bliques et pro­fes­sion­nels du trans­port pour of­frir aux sa­la­riés de Mo­ry Du­cros li­cen­ciés 1 500 emplois au mi­ni­mum et sans dé­lai dans toute la France. Nous met­tons éga­le­ment en place des me­sures d’ac­com­pa­gne­ment, des ac­tions de for­ma­tion et une bourse à l’em­ploi di­ri­geant les offres d’em­ploi du sec­teur vers les an­ciens sa­la­riés de Mo­ry Du­cros. Ils conser­ve­ront pen­dant un an une ré­mu­né­ra­tion qua­si équi­va­lente à leur sa­laire net ac­tuel grâce au contrat de sé­cu­ri­sa­tion pro­fes­sion­nelle. En­fin, il a été confié à Phi­lippe Dole, ins­pec- teur gé­né­ral des af­faires so­ciales, la mis­sion d’or­ga­ni­ser la pré­pa­ra­tion, la mise oeuvre et le sui­vi de ce plan de re­tour à l’em­ploi sur l’en­semble du ter­ri­toire na­tio­nal. Quelles sont les ga­ran­ties don­nées par la pro­fes­sion de re­prendre 1 500 sa­la­riés ? C’est un en­ga­ge­ment mo­ral mais ferme qui cor­res­pond aux be­soins es­ti­més de la pro­fes­sion, la­quelle pour­ra éga­le­ment comp­ter sur les 300 M€ de chiffre d’af­faires re­mis sur le mar­ché par Mo­ry Du­cros. J’ai re­mer­cié la pro­fes­sion pour son en­ga­ge­ment. L’ac­cord laisse un goût amer aux élus de la CFDT op­po­sés à l’ac­cord. Ils se sont vu vo­ler

C’est le re­tour de l’Etat dans l’éco­no­mie, la fin du lais­ser- faire”

la si­gna­ture par leur fé­dé­ra­tion pa­ri­sienne. Vous ap­prou­vez ? Ce sont des choix in­ternes à la CFDT dans les­quels les po­li­tiques n’ont pas à s’im­mis­cer. Nous avions be­soin d’un ac­cord ma­jo­ri­taire pour ne pas perdre 5 000 emplois, 5 000 em­ployés qui se­raient par­tis avec rien! Vous n’avez pas mé­na­gé vos ef­forts dans ce dos­sier. Est- ce le rôle d’un mi­nistre d’ar­ri­ver à 3 heures du ma­tin dans une né­go­cia­tion, ou d’ap­pe­ler les clients de Mo­ry Du­cros ? Bien en­ten­du que c’est mon rôle ! Un mi­nistre ça doit se battre tou­jours et même la nuit pour dé­fendre l’em­ploi, les en­tre­prises et l’ou­til in­dus­triel. Dans ce dos­sier, je ne crois pas que ma place ait été ailleurs qu’à la table des né­go­cia­tions et dans la né­go­cia­tion. Faut- il y voir une nou­velle fa­çon de faire de la po­li­tique, de gou­ver­ner ? C’est le re­tour de l’Etat dans l’éco­no­mie, la fin du lais­ser- faire. Ce n’est pas une nou­velle fa­çon de faire de la po­li­tique, c’est le re­tour de la po­li­tique dans l’éco­no­mie, car la po­li­tique n’est pas im­puis­sante et elle peut beau­coup. Dé­fendre notre base in­dus­trielle, c’est ce à quoi s’em­ploient les 22 com­mis­saires au re­dres­se­ment pro­duc­tif et le Co­mi­té in­ter­mi­nis­té­riel de re­struc­tu­ra­tion in­dus­trielle chaque jour. Vous fe­riez ce­la à d’autres postes mi­nis­té­riels ? Je fais la guerre au chô­mage, c’est une mis­sion qui ne sup­porte pas de re­gar­der ailleurs.

( LP/ Hum­ber­to de Oli­vei­ra.)

Gonesse ( Seine- Saint- De­nis), le 31 jan­vier 2013. Au terme de deux mois de conflit, d’oc­cu­pa­tion de sites et de né­go­cia­tions, la so­cié­té a été re­prise, mais avec 2 800 sa­la­riés de moins.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.