Les cli­niques entrent en ré­sis­tance

En ré­tor­sion de­me­sures mi­nis­té­rielles, les cli­niques ont dé­ci­dé de ne plus ac­cueillir ni em­bau­cher les in­fir­miers sta­giaires.

Le Parisien (Paris) - - Economie - DA­NIEL ROSENWEG

Après la main ten­due, les me­naces. Les hô­pi­taux pri­vés, dont la si­tua­tion éco­no­mique est très ten­due, avec 25 % d’éta­blis­se­ments en dé­fi­cit, ont dé­ci­dé de pas­ser à l’of­fen­sive et vont « en­trer en ré­sis­tance » . D’abord, ex­plique Jean- Loup Du­rous­set, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion de l’hos­pi­ta­li­sa­tion pri­vée ( FHP), qui re­groupe 1 100 éta­blis­se­ments, « sus­pen­sion du plan d’em­bauche de 3 000 per­sonnes pré­vu pour 2014 » .

La se­conde ac­tion est pré­vue, qui sus­cite dé­jà une po­lé­mique : « A comp­ter du 1er mars, les cli­niques n’ac­cueille­ront plus les in­fir­miers sta­giaires. » L’ac­tion est moins ano­dine qu’il n’y pa­raît puisque le sec­teur pri­vé ac­cueille un tiers des 90 000 étu­diants en for­ma­tion. Or, le stage, obli­ga­toire, condi­tionne l’ob­ten­tion du di­plôme. C’est dire l’im­pact de la me­sure. Pour­quoi ces ac­tions ? « Parce que le sec­teur pri­vé, par­ti­cipe, no­tam­ment à tra­vers l’ac­cueil des sta­giaires, aux mis­sions de ser­vice pu­blic. Mais en re­tour, il ne re­çoit ja­mais rien : les ta­rifs de rem­bour­se­ment dif­fé­rents entre pu­blic et pri­vé avan­tagent de 7 Mds€ les hô­pi­taux pu­blics. Pour­quoi ? On ne peut plus tra­vailler comme ça ! » s’agace le pré­sident de la FHP.

Di­dier Bor­niche, pré­sident de l’Ordre na­tio­nal des in­fir­miers, a ré­agi le pre­mier, ap­pe­lant « au res­pect des étu­diants in­fir­miers, otages de désac­cords qui les dé­passent » . Mais il ap­pelle aus­si les pou­voirs pu­blics au dia­logue. Car sur le fond, l’ordre sou­tient la FHP : « Nous re­gret­tons les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par­fois par cer­tains ac­teurs de la san­té dans leur dia­logue avec la mi­nistre, pré­cise Di­dier Bor­niche, d’au­tant que les ser­vices ren­dus par ces ins­ti­tu­tions sont es­sen­tiels au sys­tème de soins. »

nLes ten­sions pu­blic- pri­vé ra­vi­vées

En re­vanche, la ré­ac­tion de son confrère de la Fé­dé­ra­tion hos­pi­ta­lière de France ( FHF, sec­teur pu­blic, est très vive et sur­pre­nante : « Les hô­pi­taux pu­blics, écrit Gé­rard Vincent, dé­lé­gué gé­né­ral de la FHF dans un com­mu­ni­qué, sup­plée­ront […] les ca­rences du sec­teur pri­vé com­mer­cial » ! Un sec­teur qua­li­fié au pas­sage d’ir­res­pon­sable. Et voi­là les ten­sions pu­blic- pri­vé ra­vi­vées alors que les deux sec­teurs connaissent de gros pro­blèmes fi­nan­ciers.

« Nous sommes convain­cus que la mi­nistre de la San­té ne nous consi­dère pas comme un par­te­naire » , ex­plique Jean- Loup Du­rous­set. « Nous sommes de­ve­nus des va­riables d’ajus­te­ment. Quand un hô­pi­tal pu­blic ne marche pas, on fait fer­mer la cli­nique voi­sine qui tour­nait bien, comme à Pa­ray- le- Mo­nial » , ajoute La­mine Gar­bit, pré­sident de la sec­tion mé­de­cine- chi­rur­gie obs­té­trique de la FHP.

Les cli­niques sont fu­rieuses car elles ont été pri­vées du bé­né­fice du cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi ( CICE) et parce le mi­nis­tère a an­non­cé qu’il al­lait ins­tau­rer un ta­rif de rem­bour­se­ment dé­gres­sif pour les actes pra­ti­qués dans le sec­teur pri­vé. La FHP, qui a dé­jà contes­té la me­sure sur le CICE de­vant le Con­seil d’Etat, vient d’an­non­cer qu’elle de­vrait pro­chai­ne­ment sai­sir l’Au­to­ri­té de la concur­rence pour abus de po­si­tion do­mi­nante du sec­teur pu­blic. La hache de guerre est loin d’être en­ter­rée…

( LP/ Maxime Fieschi.)

Les éta­blis­se­ments pri­vés ac­cueillent un tiers des 90000 in­fir­miers sta­giaires.

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